Bill Morneau démissionne

Dans les derniers jours, plusieurs médias avaient rapporté de profonds différends entre Justin Trudeau et Bill Morneau.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Dans les derniers jours, plusieurs médias avaient rapporté de profonds différends entre Justin Trudeau et Bill Morneau.

En pleine pandémie de COVID-19, Bill Morneau abandonne le navire. Le ministre fédéral des Finances a annoncé lundi qu’il quittait la vie politique, refusant de lier son départ précipité à l’affaire UNIS, qui l’a plongé dans la controverse.

« Je n’avais pas l’intention de me présenter aux prochaines élections », a-t-il soutenu lors d’une conférence de presse surprise en soirée, depuis Ottawa. Celui qui était le grand argentier du premier ministre Justin Trudeau depuis cinq ans lui a remis sa démission en matinée. Le Libéral a également renoncé à son siège comme député de Toronto-Centre.

Pour justifier sa décision, Bill Morneau a fait valoir que le gouvernement avait besoin d’un nouveau ministre des Finances pour orchestrer la relance à long terme de l’économie canadienne, plombée par la pandémie. Pour « ce processus [qui] prendra plusieurs années », il n’était pas l’homme de la situation, a-t-il dit. Les répercussions de la crise sanitaire ont déjà creusé un déficit de 343 milliards.

M. Morneau a par ailleurs indiqué qu’il présenterait sa candidature pour devenir le prochain secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ce nouveau rôle serait pour lui l’occasion, selon ses mots, de continuer de servir les Canadiens « de l’extérieur » et d’accroître le « leadership » du pays à l’international.

Sur la sellette

Depuis plusieurs semaines, les conservateurs et les bloquistes réclament la tête de Bill Morneau et de Justin Trudeau dans la foulée de l’affaire UNIS. Le Bloc québécois a même signalé qu’il était prêt à faire tomber le gouvernement et à précipiter des élections si les deux hommes faisaient la sourde oreille.

Lundi soir, M. Morneau n’a pas lui-même évoqué le scandale. Le sujet a été avancé par les journalistes, qui l’ont interrogé plus d'une fois, lui demandant notamment si l’affaire avait pesé dans la balance de sa décision. Le principal intéressé s’est contenté de répéter que le moment était venu de laisser place à un successeur.

À l’origine de l’affaire UNIS se trouve un programme fédéral de 912 millions de dollars pour encourager les étudiants à faire du bénévolat en lien avec la pandémie, moyennant une compensation pouvant atteindre 5000 $.

Sélectionné par Ottawa pour gérer le programme, l’organisme de charité UNIS (We Charity en anglais) allait recevoir 43,5 millions. Or, il a été révélé que la mère, l'épouse et le frère de M. Trudeau ont empoché plus de 300 000 $ de l'organisation, tandis que la fille de M. Morneau y a travaillé.

La famille de l’ex-ministre a également séjourné gratuitement dans les installations du groupe au Kenya et en Équateur. Ce dernier a versé plus de 41 000 $ à UNIS pour rembourser ces frais, tout juste avant sa comparution devant le comité des finances consacré au scandale.

Le commissaire fédéral à l’éthique, Mario Dion, a ouvert une enquête pour vérifier si Justin Trudeau et Bill Morneau ont contrevenu à la loi.

Réactions

Lundi, les partis d’opposition n’ont pas tardé à réagir à la démission du ministre des Finances. « Prendre Morneau comme bouc émissaire ne règle rien. Tant que Trudeau sera premier ministre, la corruption continuera », a gazouillé le chef conservateur Andrew Scheer.

« Il reste à monsieur Trudeau à faire la même chose et à laisser son siège le temps de l’enquête du commissaire à l’éthique et des quatre comités qui enquêtent sur We Charity », a renchéri le bloquiste Rhéal Fortin en entrevue à La Presse canadienne.

« Ce gouvernement perd son ministre des Finances alors qu’il s’apprête à laisser des millions de Canadiennes et de Canadiens sur la PCU sans savoir comment [ils vont] payer leurs factures en août. Les gens méritent mieux », a déploré de son côté le chef du NPD, Jagmeet Singh.

Dans les derniers jours, plusieurs médias avaient rapporté de profonds différends entre Justin Trudeau et Bill Morneau. La nouvelle selon laquelle l’ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angeterre Mark Carney aidait M. Trudeau dans la transition post-COVID-19 a nourri les rumeurs sur le remplacement prochain de M. Morneau. Dans la foulée, M. Trudeau avait réitéré sa pleine confiance envers son ministre.

Il reste à monsieur Trudeau à faire la même chose et à laisser son siège le temps de l’enquête du commissaire à l’éthique et des quatre comités qui enquêtent sur We Charity

 

Lundi, Bill Morneau a nié être en froid avec le premier ministre et que ce dernier lui aurait montré la porte.

Peu de temps après l'allocution de son ministre démissionnaire, Justin Trudeau a assuré que le Canada appuierait « fortement » sa candidature à la tête de l’OCDE, tout en lui rendant hommage. « J’ai compté sur son leadership, ses conseils et son amitié au fil des ans et j’ai confiance que cela se poursuivra dans le futur », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Les rumeurs vont bon train quant à l’identité de celui ou celle qui succédera à Bill Morneau. Les noms de Chrystia Freeland (vice-première ministre), de Jean-Yves Duclos (Conseil du Trésor) et de François-Philippe Champagne (Affaires étrangères) circulent déjà en coulisses.

Avec La Presse canadienne

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4 commentaires
  • Jacques Bordeleau - Abonné 18 août 2020 06 h 00

    NPD

    Et si le NPD veut survivre à la prochaine élection, plutôt que d'être emporté comme Morneau et Trudeau, Jagmeet Singh doit aussi s'en aller pour s'être trop compromis avec les libéraux. Et pour avoir traité de raciste un député québécois sans raison valable et sans excuses par la suite. En agissant ainsi, c'est une majorité de Québécois qu'il a insultés. Le NPD est fini au Québec. On a compris à quelle enseigne il loge.

    Jacques Bordeleau

    • Gilles Théberge - Abonné 18 août 2020 08 h 23

      Et c'est pourquoi c'est Boulerice, et lui seul, qui parle au nom du NDP présentement.

      Comme ils sont en chute libre tant au niveau des intentions de vote que du financement, ils ont tout intérêt à se coller à Trudeau, en quelque sorte être là bouée de sauvetage du parti libéral fédéral...

      C'est là qu'on voit une fois de plus, qu'on serait bien mieux d'être indépendant, et débarassé des gabegies d'un gouvernement étranger.

  • Yvon Pesant - Abonné 18 août 2020 06 h 32

    Sans compter

    Bill Morneau nous avertit maintenant qu'il peut devenir dangereux de dépenser sans compter.

    Il parle en connaissance de cause. Dans l'affaire UNIS, il dépensait sans compter pour voyager avec les siens. C'était sans compter sur l'examen des comptes à rendre.

    Il semble bien que dépenser sans compter est la nouvelle forme de trudeaumanie chez Justin, également. Que ne ferait-il pas pour assurer le bien-être familial, d'une part, et de s'assurer des votes, par ailleurs.

  • Michel Lebel - Abonné 18 août 2020 10 h 05

    Cousue de fil blanc!

    Disons simplement que cette démission est cousue de fil blanc! Soyons sérieux: on ne quitte pas un navire en pleine tempête, en tentant sa chance pour obtenir un poste de fonctionnaire international! M.Morneau est tout simplement le bouc-émissaire de l'affaire UNIS, dont il est un protagoniste, et de l'incompétence de Justin Trudeau. Faut-il aussi rappeler que l'ancien ministre des Finances et son ancien patron semblent ignorer l'existence même de la notion d'éthique! En temps normal, tous les deux devraient démissionner. Mais, pandémie oblige, nous ne sommes pas en temps normal! Mieux vaut alors garder en place l'équipe libérale, dont plusieurs membres sont compétents.

    M.L.