L’application de recherche de contacts fédérale peu populaire

L'application Alerte COVID permet de retracer les interactions des 14 derniers jours d’une personne nouvellement atteinte du coronavirus.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L'application Alerte COVID permet de retracer les interactions des 14 derniers jours d’une personne nouvellement atteinte du coronavirus.

Alors que le Québec réfléchit encore à la pertinence de se doter d’une application de recherche de contacts pour lutter contre la pandémie de COVID-19, le reste du Canada se montre tiède face à celle lancée par Ottawa. Ce qui pourrait en menacer l’efficacité, puisque ce genre d’outil technologique n’est réellement utile que lorsque le taux d’adhésion est très élevé.

Une recension pancanadienne effectuée par Le Devoir révèle que seules quatre provinces — en plus de l’Ontario — semblent disposées à adopter l’application fédérale pour l’instant, tandis qu’un nombre équivalent n’a pas encore pris de décision.

Justin Trudeau et le premier ministre ontarien, Doug Ford, ont lancé le 31 juillet l’application Alerte COVID, qui permettra de recenser tous les contacts qu’auront eus des gens atteints de la COVID-19 dans les deux semaines précédant leur diagnostic. À l’heure actuelle, ce travail se fait manuellement, par des téléphonistes qui interrogent les malades sur leurs interactions. Ottawa espère que le reste du pays y adhérera, afin qu’une seule application soit offerte partout au Canada.

Or, la majorité des provinces ne s’engage pas encore en ce sens.

Ainsi, la Colombie-Britannique, Terre-Neuve et le Nouveau-Brunswick ont
indiqué au Devoir qu’elles avaient l’intention d’adopter l’application. L’Alberta s’est ajoutée au lot en fin de semaine. La province de Jason Kenney avait lancé sa propre application le 1er mai — ABTraceTogether, déjà téléchargée par 234 000 Albertains — et espérait travailler avec Ottawa pour la rendre compatible avec Alerte COVID. Devant l’impossibilité de le faire, le bureau de M. Kenney a indiqué en fin de semaine qu’il dirigera les personnes déjà inscrites vers l’application fédérale.

Le Manitoba et la Saskatchewan ne prennent quant à eux aucun engagement. Le Manitoba a indiqué être en train d’étudier l’application nationale, mais a dit n’avoir « aucun autre détail à offrir pour l’instant ». La Saskatchewan a servi une réponse succincte, en rapportant être en pourparlers avec le fédéral afin d’évaluer « la meilleure façon de répondre aux besoins » de ses citoyens.

Et bien que le gouvernement fédéral ait dit avoir bon espoir de s’entendre d’ici peu avec toutes les provinces de l’Est, pour l’instant, l’Île-du-Prince-Édouard n’a pas répondu aux questions répétées du Devoir et la Nouvelle-Écosse s’est contentée d’affirmer avoir « hâte d’avoir des nouvelles du projet-pilote de l’Ontario ».

Le gouvernement québécois est pour sa part en pleine consultation et n’a pas établi si, dans l’éventualité où il déciderait d’autoriser une application de recherche de contacts sur son territoire, il adoptera celle mise de l’avant par Ottawa ou s’il en privilégiera une autre.

Peu de preneurs

L’application Alerte COVID a été mise en ligne il y a 10 jours en Ontario. En date de vendredi, 1,6 million de Canadiens l’avaient téléchargée. Le gouvernement ne sait pas localiser ces utilisateurs et, même si l’outil n’est fonctionnel qu’en Ontario pour l’instant, des citoyens d’autres provinces pourraient l’avoir installée sur leur téléphone portable. Même en présumant que ces téléchargements ont été faits uniquement en Ontario, cela signifie que seulement 10 % de la population a adopté l’application. Et avec ses 234 000 abonnés, l’Alberta a atteint, elle, un taux de pénétration de 5 %.

Lorsqu’il en a annoncé la mise en service, Justin Trudeau a dit espérer qu’au moins 50 % des citoyens s’en prévalent. Des chercheurs britanniques ont établi que ce genre d’outil n’est efficace que si le taux d’adhésion atteint 60 % de la population ou plus.

La directrice de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, a reconnu la semaine dernière que ces applications ne sont qu’un « outil de plus » qui ne remplacera pas la recherche de contacts manuelle menée par les services de santé publique.

L’application Alerte COVID a rapidement fait l’objet de critiques, car elle ne peut être téléchargée que sur des téléphones qui ont moins de cinq ans. Les systèmes d’exploitation de vieux appareils ne peuvent pas la soutenir. Un syndicat de travailleurs de la construction a en outre déploré qu’elle soit inutile pour ses membres puisqu’ils ne peuvent pas conserver leur téléphone sur eux pendant qu’ils travaillent. Le fédéral s’est depuis montré ouvert à étudier une version « portative » qui puisse être synchronisée avec un bracelet électronique ou insérée dans un portefeuille.

Alerte COVID permet de retracer les interactions des 14 derniers jours d’une personne nouvellement atteinte du coronavirus, grâce à la technologie Bluetooth de son téléphone et à l’aide d’un code anonyme fourni aux utilisateurs. L’application ne se sert pas de la géolocalisation et n’utilise aucune information nominative.

Réflexion en cours à Québec

Le gouvernement de François Legault est en train de sonder l’appétit des Québécois pour une telle application, car il reconnaît qu’elle n’est utile que si les gens l’utilisent. « Si personne ne la télécharge, en quoi c’est utile ? » avait demandé le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire, le mois dernier.

Le ministre Caire avait donné l’exemple de l’Allemagne où, trois jours après son lancement, l’application StopCovid avait été téléchargée 9,6 millions de fois, et celui de la France, où seulement 1,5 million de personnes avaient téléchargé une application semblable. « L’Allemagne, c’est intéressant, mais la France, à 2 % de participation, ça ne donne rien. » Le ministre veut donc savoir ce qu’en pensent les Québécois avant de décider d’aller de l’avant avec un tel projet. « Si les Québécois disent non, c’est voué à l’échec. »

Québec a d’abord sondé les citoyens grâce à une consultation en ligne ayant pris fin dimanche dernier. L’équipe de M. Caire n’a toutefois pas été en mesure de fournir au Devoir de données sur le taux de participation ou le profil des participants. Dans un deuxième temps, la Commission des institutions à l’Assemblée nationale entamera une consultation publique ce mercredi. Les citoyens ou groupes intéressés ont jusqu’au 14 août pour faire parvenir leur mémoire.

Le document de consultation préparé pour l’occasion note que 77 % des Québécois possédaient un téléphone intelligent en 2019. Par ailleurs, en ce qui concerne le taux de 60 % mentionné plus haut, le document souligne que « les expériences vécues par d’autres pays […] ne permettent pas encore de connaître le taux d’adhésion minimal de la population permettant d’obtenir des résultats tangibles ».

Enfin, le document de Québec mentionne que la consultation doit servir notamment à définir « des balises claires » pour réduire au minimum le potentiel d’atteinte à la vie privée.

Le ministre Caire avait indiqué lors du lancement des consultations que, si les Québécois disent « oui », Québec serait en mesure de lancer une application en quatre à six semaines, soit vers la mi-septembre. Il avait indiqué qu’il préconiserait une application existante.

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1 commentaire
  • Bernard LEIFFET - Abonné 10 août 2020 17 h 35

    Encore un cadeau empoisonné organisé par les gens du ROC!

    Ce matin j'ai reçu une lettre comme ancien enseignant indiquant que mes données comme celles de beaucoup d'autres enseignants ont été piratées : Numéro d'assurance sociale , nom, prénom et une donnée non négligeable la date de naissance! Dans un tel contexte, le piratage des données étant monnaie courante la logique doit prendre le dessus de l'organisation politique des gens du ROC qui n'attendent plus que notre PM François Legault se range de leur côté puisqu'il est un fédéraliste convaincu!
    La fiabilité du système et son utilité même laissent songeur et nos moutons les plus dociles adopteront ce nouveau piège pendant qu'il y a tellement d'autres choses à régler, comme celles du Ministère de l'Éducation qui ne sait pas sur quel pied danser! Mais apres tout, profitons des vacances pendant que l'on va s'en faire passer une autre petite vite!