Le Manitoba a du mal à contrer la PCU

Le premier ministre du Manitoba, Brian Pallister 
Photo: John Woods La Presse canadienne Le premier ministre du Manitoba, Brian Pallister 

Le premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, en avait tant contre la Prestation canadienne d’urgence du fédéral (PCU) qu’il a proposé à ses travailleurs de leur payer lui-même les 2000 $ équivalents pour qu’ils y renoncent et reprennent le boulot. Mais moins de 4500 Manitobains ont fait appel à l’offre de la province, dont les citoyens ont d’ailleurs été les moins nombreux à se prévaloir de la PCU.

Le premier ministre Pallister a maintes fois critiqué la prestation fédérale depuis sa création au mois de mars, en déplorant, comme François Legault, qu’elle représente un « désincitatif » au travail. Quatre jours après que Justin Trudeau a annoncé qu’il prolongeait la PCU, en juin, M. Pallister a dévoilé son propre programme pour y répliquer : le Manitoba offrirait une prime de 2000 $ aux travailleurs qui abandonnent la PCU, et ce, peu importe le salaire qu’ils puissent toucher. La PCU, elle, cesse d’être versée à un prestataire lorsqu’il gagne plus de 1000 $ de revenus par mois.

Le gouvernement manitobain a cependant révélé, cette semaine, que seulement 4459 personnes ont déclaré se prévaloir de ce programme de redémarrage de l’emploi. Ce qui devrait coûter un peu plus de 8,9 millions de dollars à la province. Pour s’en prévaloir, les Manitobains devaient déclarer, entre le 26 juin et le 31 juillet, délaisser la PCU pour retourner travailler au moins 30 heures par semaine pendant deux mois. Un premier versement de 500 $ leur était alors versé, suivi de trois autres versements équivalents toutes les deux semaines lorsque les prestataires certifiaient répondre encore aux critères.

Le programme a trouvé peu de preneurs. Pourtant, près de 259 000 Manitobains ont réclamé la PCU depuis le printemps, sur une population de 1,38 million de personnes, selon les données du gouvernement fédéral.
 

Le président des chambres de commerce du Manitoba, Chuck Davidson, note que ce chiffre de 259 000 rassemble toutes les demandes de PCU placées depuis cinq mois. Il croit qu’une bonne partie de ses concitoyens ont probablement déjà cessé de toucher la prestation fédérale, puisque le Manitoba a été parmi les premières provinces à relancer son économie, le 1er mai. Outre les trois territoires et les provinces de l’Atlantique, c’est au Manitoba qu’il y a eu le moins de cas de COVID-19 — 444 au total, dont seulement 8 décès.

Plus de 80 % des entreprises de la province ont donc déjà rouvert leurs portes et rappelé une partie de leurs employés. Mais un grand nombre d’entre elles roulent encore à effectifs réduits. Résultat, plusieurs Manitobains ont repris le travail tandis que les autres n’ont pas d’emploi pour le moment. « Vous pouvez souhaiter délaisser la PCU autant que vous voulez, mais il n’y a peut-être rien qui vous attend en ce moment », observe M. Davidson.

Il rapporte en outre que les entreprises manitobaines n’ont pas dénoncé, comme M. Pallister, que la PCU décourage les Manitobains de revenir travailler. M. Davidson parle de cas « anecdotiques », mais pas d’un « défi accablant ».

Le chef de l’opposition officielle néo-démocrate de la province, Wab Kinew, partage sa lecture. « Il y a encore beaucoup de gens qui ont besoin de la PCU parce que leur emploi n’est tout simplement pas de nouveau disponible », a-t-il déploré, en accusant le premier ministre progressiste-conservateur d’avoir « humilié » les Manitobains qui ont perdu leur travail en raison de la pandémie.

Brian Pallister a fait valoir le 23 juin, en annonçant son programme pour contrer la PCU, qu’il était devenu évident que la prestation fédérale est un « désincitatif » au travail et qu’elle « empêche en fait certains Canadiens de retourner travailler à temps plein ».

Or, c’est au Manitoba que la proportion de demandeurs de PCU est la moins élevée par rapport à la taille de la population — soit 18,8 %.

Près de 2 millions au Québec

Le gouvernement fédéral a récemment détaillé sur son site Web la ventilation du nombre de demandes uniques de PCU par province. On y apprend que 1,9 million de Québécois ont déclaré se prévaloir de la prestation, en date du 26 juillet, ce qui représente 22,5 % de la population.

L’Ontario compte le plus grand nombre de demandeurs en chiffres absolus — 3,37 millions —, mais figure tout juste devant le Québec en pourcentage de sa population — 22,9 %.

C’est aux Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut que l’on recense la plus importante part de demandeurs par rapport à la population — 24,7 % et 23,4 % —, bien que le nombre de demandes soit minime — 11 100 et 9250, respectivement.

L’Alberta arrive en début de peloton tant en nombre de demandes qu'en proportion de la population, avec 1 million de demandes, soit 23 % de sa population.

Justin Trudeau a confirmé la semaine dernière que la Prestation canadienne d’urgence ne sera plus prolongée. Le programme prendra fin le 29 août pour ceux qui s’en sont prévalus dès le début, à la mi-mars, et le 3 octobre pour les autres. Le fédéral dévoilera bientôt une nouvelle prestation d’assurance-emploi qui prendra la relève afin d’aider les chômeurs résiduels de la pandémie.

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