D’ex-employées de Don Meredith estiment le processus de dédommagement injuste

Don Meredith a démissionné du Sénat en 2017. Il n’a fait face à aucune accusation criminelle.
Photo: Colin Perkel La Presse canadienne Don Meredith a démissionné du Sénat en 2017. Il n’a fait face à aucune accusation criminelle.

Deux femmes qui travaillaient pour l’ancien sénateur Don Meredith affirment que le processus indépendant établi par le Sénat pour déterminer l’indemnisation des victimes du harcèlement de M. Meredith est « totalement inacceptable » et les victimise à nouveau.

Les deux femmes se sont entretenues avec La Presse canadienne sous le couvert de l’anonymat en compagnie de leur avocat, Brian Mitchell.

Elles ont déclaré qu’elles se sentent trop intimidées par le Sénat pour participer à un processus d’indemnisation qu’elles jugent injuste et opaque.

« C’est honteux pour le Sénat. Ils continuent de se qualifier de membres honorables, mais, pour moi, tout ce processus n’est rien d’autre que déshonorant », a déclaré une des femmes. « Je ne m’engagerai dans un processus où je peux me faire plus de mal que cette institution m’en a fait. »

La deuxième ancienne employée de Meredith a dit être d’accord, affirmant qu’elle avait accepté un emploi avec le Sénat parce qu’elle croyait en l’importance du travail qui y est entrepris. « Cette institution, que je tenais en estime, semble davantage vouloir se protéger elle-même qu’à faire ce qui est juste. »

L’ancienne juge de la Cour d’appel du Québec Louise Otis a été embauchée comme évaluatrice indépendante et a été chargée de discuter avec d’anciens employés du bureau du sénateur Meredith et d’examiner les documents de deux enquêtes précédentes sur sa conduite, dont une terminée il y a un an par le conseiller sénatorial en éthique.

Comment peuvent-ils se représenter eux-mêmes alors qu’ils ne jouent pas à armes égales ?

 

Cette longue enquête a révélé que l’ex-sénateur Don Meredith avait harcelé à de nombreuses reprises et harcelé sexuellement plusieurs employées, notamment par de l’intimidation, des baisers et des attouchements.

Don Meredith a démissionné du Sénat en 2017. Il n’a fait face à aucune accusation criminelle.

Ceux qui participent à l’évaluation de la juge Otis ne sont pas autorisés à recourir à des avocats, leurs frais juridiques ne seront pas couverts et le Sénat ne sera pas obligé de se plier aux décisions finales de la juge en matière d’indemnisation — des conditions que les deux femmes contestant le processus jugent inacceptables et à cause desquelles elles refusent d’y participer.

Toutefois, s’ils ont des questions ou des préoccupations, les employés sont encouragés à contacter le conseiller juridique du Sénat. Le scénario, comparable à « David contre Goliath », est totalement injuste, estime leur avocat.

« Comment peuvent-ils se défendre, comment peuvent-ils témoigner et comment peuvent-ils se représenter eux-mêmes alors qu’ils ne jouent pas à armes égales ? » a déclaré Mitchell.

Elles craignent également que, lors de l’évaluation du dédommagement auquel chacune a droit, la juge Otis ne soit pas invitée à tenir compte du devoir de diligence du Sénat de les protéger en tant qu’employées, ce qui, selon elles, devrait être une cnsidération majeure.

Dans une déclaration de regret présentée le mois dernier à la Chambre haute, le sénateur Sabi Marwah, président du Comité permanent de la régie interne, des budgets et de l’administration, a affirmé que les actions de M. Meredith méritaient « sans équivoque une sévère condamnation de la part du Sénat et de l’ensemble des sénateurs ». Le sénateur a décliné les demandes d’entrevue.

Dans un communiqué, la porte-parole du Sénat, Alison Korn, a expliqué que le comité avait décidé à l’unanimité du processus « impartial, indépendant et crédible » qui considérera les faits contenus dans le rapport du responsable de l’éthique comme véridiques.

« Le comité a établi son processus après avoir consulté les anciens employés touchés », a expliqué Korn dans le communiqué. « Puisque le processus est conçu pour être accessible, aucun participant n’est tenu d’avoir un avocat pour participer. »

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