Les frères Kielburger défendent leur intégrité

Les cofondateurs de l’organisme de charité UNIS, Craig et Marc Kielburger, ont soutenu mardi avoir reçu très peu de contrats d’Ottawa depuis que Justin Trudeau est premier ministre.
Photo: Jessy Grant Agence France-Presse Les cofondateurs de l’organisme de charité UNIS, Craig et Marc Kielburger, ont soutenu mardi avoir reçu très peu de contrats d’Ottawa depuis que Justin Trudeau est premier ministre.

Pris dans une tempête politique sans précédent, menaçant l’existence même de leur bébé, les deux frères fondateurs d’UNIS soutiennent que leur organisme n’aurait pas tiré un sou de bénéfice du contrat de 912 millions de dollars avec Ottawa, aujourd’hui annulé. Les Kielburger ont nié qu’ils étaient en situation financière difficile et que ce contrat visait à les tirer d’affaire. Ils ont surtout nié être trop près des libéraux, soutenant qu’ils avaient obtenu davantage de contrats fédéraux… pendant le règne de Stephen Harper.

« UNIS se serait seulement fait rembourser les frais engagés pour mettre en place et administrer le programme, a soutenu Craig Kielburger. L’organisme de bienfaisance n’avait aucun bénéfice financier [à tirer]. » UNIS, a-t-il ajouté, n’a « pas été choisie par les fonctionnaires à cause de notre relation avec les politiciens », mais à cause « de nos 25 ans d’expérience » en programmation destinée aux étudiants.

Craig et Marc Kielburger comparaissaient en comité parlementaire mardi et ils ont répondu pendant quatre heures aux questions des députés. Leur comparution a été à l’occasion acrimonieuse, les députés de l’opposition, en particulier le conservateur Pierre Poilievre et le néodémocrate Charlie Angus, interrompant sans arrêt les témoins et se privant parfois d’éléments d’information.

D’ailleurs, quand Craig Kielburger a plaidé le fait qu’UNIS ne tirerait aucun bénéfice, M. Poilievre l’a interrompu pour soutenir que cela ne prouvait rien puisque « quand ils se payent des dépenses à eux-mêmes, cela sera remboursé en vertu de ce contrat ». Le témoin a tenté à plusieurs reprises de réfuter cette affirmation, mais chaque fois, M. Poilievre l’en a empêché. La tension a tellement monté que le président du comité a dû littéralement hurler qu’il mettrait fin à la réunion si M. Poilievre ne se taisait pas.

Certains ont soutenu qu’UNIS avait une situation financière désastreuse avant l’octroi de ce contrat et que cela a motivé nos actions. Ce n’est tout simplement pas vrai.

 

Allégations de conflit d’intérêts

Les audiences visent à faire la lumière sur le contrat accordé le 23 juin à UNIS pour construire et administrer le programme, aujourd’hui compromis, de Bourses canadiennes pour le bénévolat étudiant. L’opposition allègue que le premier ministre Justin Trudeau et son ministre des Finances, Bill Morneau, se sont placés en conflit d’intérêts en ne se récusant pas des discussions au cabinet à propos de l’octroi du contrat à UNIS, dont leurs familles respectives sont proches.

À l’origine, le gouvernement avait dit que le programme coûterait 912 millions de dollars. Il devait encourager les étudiants à faire du bénévolat en lien avec la COVID-19, moyennant une compensation de 1000 $ pour 100 heures données jusqu’à un maximum de 5000 $. Mais le contrat rendu public cette semaine parle plutôt de 500 millions de dollars, soit 5000 $ pour chacun des 100 000 stages envisagés. Un porte-parole du ministère de l’Emploi a expliqué que la différence de 412 millions de dollars avait été budgétée au cas où le programme serait plus populaire que prévu.

En comité, les frères Kielburger ont soutenu que le programme aurait probablement coûté encore moins, entre 200 et 300 millions de dollars, parce que peu de jeunes auraient été susceptibles d’effectuer le maximum de 500 heures. UNIS aurait touché au plus 43,5 millions de dollars pour son travail, selon les dépenses engendrées.

« Certains ont soutenu qu’UNIS avait une situation financière désastreuse avant l’octroi de ce contrat et que cela a motivé nos actions. Ce n’est tout simplement pas vrai », a dit Craig Kielburger. UNIS est un organisme bien implanté au Canada, surtout hors Québec. Très présent dans les écoles, il incite les jeunes à s’impliquer dans leur communauté. Même le député Angus a révélé que ses deux filles avaient été transformées par leur expérience. Mais depuis que la controverse a éclaté, de nombreux donateurs ont lâché le groupe : Telus, RBC, KPMG, Virgin Atlantic Airways, Loblaw et même le Globe and Mail. « Les gens pensent que des centaines de millions de dollars sont allées dans les coffres d’un organisme de charité, une patente immobilière. Cela a eu un impact absolument dévastateur », a confessé Craig Kielburger.

Il s’en est pris à un député conservateur qui persistait à répéter de telles allégations. « Monsieur, vous le savez. On ne devient pas député sans comprendre ce que nous avons expliqué au cours des dernières heures. Et en continuant d’afficher ce flagrant mépris pour les faits et de faire des commentaires sur de quelconques mouvements d’argent inappropriés, vous nuisez à un organisme de charité, et nuisez aux jeunes par la même occasion. »

Margaret et Laureen aussi

L’opposition crie au conflit d’intérêts parce que la mère et le frère de Justin Trudeau ont touché près de 300 000 $ pour livrer des discours à des événements d’UNIS. Les discours de Margaret Trudeau portaient sur la santé mentale. Le bloquiste Rhéal Fortin a demandé si elle n’avait pas été invitée seulement parce qu’elle est l’ex-épouse d’un premier ministre et la mère d’un autre. « Qu’est-ce qui la qualifie sur le plan académique pour être une conférencière en santé mentale ? » Mme Trudeau, qui souffre de bipolarité, a été hospitalisée à trois reprises dans une institution psychiatrique. Elle a écrit un livre et a même monté un spectacle d’humour sur le sujet.

Elle a prononcé 28 discours au cours des cinq dernières années pour UNIS. « Margaret était dans la fourchette inférieure de ce que nous avons payé [aux divers conférenciers] », a dit Marc. Les deux frères ont soutenu que beaucoup d’autres personnalités ont été rémunérées par UNIS, pas seulement des Trudeau. Ils fourniront des noms après avoir obtenu l’autorisation de chacun. Mais ils ont pris la peine de révéler que le député conservateur Mike Lake a aussi donné plusieurs discours pour eux et que l’épouse de Stephen Harper, Laureen, a organisé pour eux une réception au 24 Sussex. Les Kielburger ont évité de dire si ces participations avaient été rémunérées.

Les deux frères ont soutenu avoir reçu très peu de contrats d’Ottawa depuis que Justin Trudeau est premier ministre. « C’est intéressant de noter que, sous le précédent gouvernement, sous Harper, le pourcentage de notre budget total provenant du gouvernement fédéral était plus élevé que l’an dernier, sous le gouvernement Trudeau », a relaté Craig.

Les deux frères ont confirmé le témoignage de hauts fonctionnaires, à savoir que c’est la fonction publique qui a demandé à UNIS de proposer le programme de bourses et non l’inverse.

Ils ont expliqué ne pas s’être inscrits au registre des lobbyistes parce que, jusqu’à avril dernier, l’organisme ne consacrait pas assez d’heures aux relations gouvernementales. « En avril, a dit Craig, le temps passé à cela a augmenté et nous sommes ouverts à regarder avec notre équipe si cela aurait dû nous amener à s’inscrire. Honnêtement, nous ne pensions pas que nous devions faire quelque chose, car c’est la fonction publique qui nous appelait. »

À voir en vidéo

 
1 commentaire
  • Bernard LEIFFET - Abonné 29 juillet 2020 07 h 31

    Il faut tout dire car ce n'est pas une situation à demi-mot!

    Le texte est trop incohérent et l'auteure à garder des opportunités ouvertes pour avoir un soupçon de réalité et de bon sens. Même Radio-Canada avec Sébastien Bovet et deux partisanes des libéraux (dont Madelaine Blais-Morin) n'ont pu balayer les zones grises concernant l'approche de Justin Trudeau avec le groupe Unis. De pointer les conservateurs pour protéger l'actuel PM est de bonne guerre, cependant nous avons une preuve évidente que ce soit l'un ou l'autre de ces deux partis au pouvoir, la Fédération du Dominion ne repose que sur deux partis extrêmes, les rendant aussi vils l'un comme l'autre et que ce sont les citoyens qui passent pour des demeurés pendant qu'on sable le champagne chez les dirigeants!