Le Canada suspend son traité d’extradition avec Hong Kong

Les manifestations contre la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin se multiplient à Hong Kong.
Photo: Vinvent Yu Associated Press Les manifestations contre la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin se multiplient à Hong Kong.

Le Canada suspend son traité d’extradition avec Hong Kong, dans le cadre d’un ensemble de mesures visant à répondre à la nouvelle loi sur la sécurité imposée par la Chine, a déclaré vendredi Justin Trudeau.

Le Canada traitera également les « biens sensibles » exportés à Hong Kong comme s’ils étaient expédiés en Chine continentale. « À partir de maintenant, le Canada ne permettra pas l’exportation d’articles militaires sensibles à Hong Kong », a déclaré le premier ministre lors de sa conférence de presse quotidienne.

La Chine a imposé cette semaine à Hong Kong de nouveaux contrôles stricts, destinés à donner à Pékin plus de pouvoirs pour contrôler les manifestations antigouvernementales et d’autres activités qu’elle considère comme l’œuvre de « puissances étrangères hostiles ». M. Trudeau a soutenu vendredi que la nouvelle loi chinoise menaçait le principe « un pays, deux systèmes », qui devait durer 50 ans après la rétrocession par la Grande-Bretagne de Hong Kong à la Chine en 1997.

Les relations du Canada avec Hong Kong, y compris le commerce et les voyages plus libres que ceux autorisés entre le Canada et la Chine continentale, dépendent de ce principe « un pays, deux systèmes », a rappelé de son côté le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, dans un communiqué. « Le rôle de Hong Kong en tant que plaque tournante mondiale s’est construit sur cette base, a-t-il plaidé. En son absence, le Canada est contraint de réévaluer les dispositions existantes. »

Le premier ministre a par ailleurs assuré qu’Ottawa continuera « d’appuyer les nombreux liens entre le Canada et Hong Kong, tout en défendant ses citoyens ».

Les États-Unis et le Royaume-Uni

Les mesures prises par Ottawa suivent celles prises par Washington, plus tôt cette semaine, pour resserrer les échanges avec Hong Kong et cesser de lui vendre du matériel militaire.

La Grande-Bretagne a annoncé de son côté que jusqu’à 2,6 millions d’habitants de Hong Kong pourraient s’installer au Royaume-Uni pendant une période pouvant aller jusqu’à cinq ans et demander éventuellement la citoyenneté. Il s’agit de détenteurs de passeports britanniques spéciaux à l’étranger qui avaient jusqu’ici des droits beaucoup plus limités au Royaume-Uni.

M. Trudeau a laissé entendre vendredi que le Canada songeait lui aussi à de tels accommodements. « Dans les jours et les semaines à venir, nous envisageons également des mesures supplémentaires, notamment en matière d’immigration », a-t-il déclaré.

Les relations entre le Canada et la Chine demeurent extrêmement tendues. La Chine détient deux Canadiens, Michael Kovrig et Michael Spavor, accusés d’atteinte à la sécurité nationale. Le Canada et plusieurs alliés occidentaux considèrent qu’il s’agit de représailles pour l’arrestation à Vancouver, en 2018, de Meng Wanzhou, dirigeante de Huawei, en vertu d’un mandat d’extradition américain.

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