Ottawa et Québec divergent sur la solution à l’abandon des vols régionaux

Tant Justin Trudeau que François Legault souhaitent que le transport aérien en région soit maintenu. Mais les deux premiers ministres ne semblent pas du même avis quant à la solution à privilégier. M. Trudeau espère encore qu’Air Canada reprenne les liaisons suspendues, tandis que M. Legault mise plutôt sur une aide aux compagnies régionales concurrentes afin qu’elles prennent le relais.

Les premiers ministres fédéral et québécois commentaient pour la première fois vendredi la décision d’Air Canada de suspendre indéfiniment son service dans quelques régions du Québec.

« Nous sommes évidemment déçus », a réagi M. Trudeau, trois jours après l’annonce du transporteur aérien. « On sait qu’Air Canada profite des liens les plus profitables au pays, mais on s’attend aussi à ce qu’ils desservent des personnes qui vivent dans des régions plus éloignées. »

Or, s’il estime comme les élus québécois et comme ses propres députés fédéraux que le service aérien en région est un service indispensable, M. Trudeau semble être prêt à laisser encore du temps à Air Canada pour revenir sur sa décision. « On espère donc qu’ils vont pouvoir se remettre à desservir ces régions-là au fur et à mesure que l’économie commence à reprendre », a-t-il affirmé, sans préciser ce que le fédéral entend faire pour convaincre Air Canada de faire marche arrière. Le transporteur prévoit que le trafic aérien ne reprendra pleinement que dans trois ans.

Du côté du gouvernement québécois, François Legault est plus pressé et disposé à sortir son chéquier pour rétablir le transport aérien en région rapidement, en finançant les plus petites compagnies régionales qui desservent déjà la Gaspésie, la Côte-Nord et l’Abitibi.

« Ce qu’il faut être capable de négocier […], c’est de mettre en compétition les différentes compagnies aériennes et leur demander une fréquence et un tarif raisonnable pour certaines régions », a fait valoir l’ancien homme d’affaires et cofondateur d’Air Transat. « Et on est ouverts à donner une subvention à l’une des compagnies aériennes, parce que pour moi c’est un service essentiel d’avoir du transport dans toutes les régions du Québec. »

À voir en vidéo

Le ministre québécois des Transports, François Bonnardel, consultera ces compagnies régionales la semaine prochaine, de même qu’Air Canada. Le gouvernement fédéral est aussi en contact avec Air Canada. M. Bonnardel et son homologue fédéral Marc Garneau ont en outre entrepris des pourparlers vendredi.

Le ministre Bonnardel avait évoqué jeudi la possibilité d’aider les compagnies aériennes régionales à combler la perte de service, ou même que Québec créé sa propre entreprise aérienne. Le premier ministre Legault a affirmé vendredi que son gouvernement n’est pas fermé à cette seconde idée, si un regroupement choisit de lancer une nouvelle entreprise aérienne.

Justin Trudeau a refusé de se prononcer sur l’une ou l’autre de ces deux possibilités.

Larguer Air Canada

L’idée d’abandonner Air Canada pour se tourner vers des transporteurs régionaux est cependant partagée par l’un de ses députés directement touché par la suspension de services en régions.

Sean Casey est député de Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard, et président du caucus libéral des provinces Maritimes. Déçu de la décision d’Air Canada — qui a notamment suspendu son unique vol entre Charlottetown et une autre province atlantique, à Halifax —, M. Casey n’en est pas surpris. Car l’industrie aérienne a encaissé un dur coup avec la pandémie. Mais le service dans sa province n’était pas idéal de toute façon, remarque le député.

« Je vois cela comme un verre à moitié plein : maintenant qu’Air Canada s’est retiré, il y a un vide qui laisse la place pour Porter Airlines ou Provincial Airlines, ou pour une entreprise qui veut réellement faire croître ses affaires et qui ne voit pas ce service régional comme un service accessoire à leur activité principale auquel il n’y a pas besoin de consacrer tous ses efforts », a fait valoir M. Casey en entrevue au Devoir. Provincial Airlines est basée à Terre-Neuve, mais dessert aussi quelques villes québécoises comme Sept-Îles, Natashquan, Mont-Joli, Bagotville et Blanc-Sablon.

M. Casey compte discuter de l’abandon de 14 liaisons d’Air Canada dans les Maritimes avec ses collègues du caucus atlantique la semaine prochaine. Il estime qu’il n’y a pas d’urgence à trouver une solution, puisque les Canadiens ne prennent pas l’avion en ce moment, mais il s’attend à ce que ses commettants s’impatientent lorsque l’économie reprendra.

La ministre du Revenu national et députée de Gaspésie-les-Îles-de-la-Madeleine, Diane Lebouthillier, est plus pressée. Elle a rapidement contacté son collègue Marc Garneau pour s’assurer que le service reprenne rapidement dans toutes les régions.

Le Conseil du patronat du Québec, la Fédération des Chambres de commerce du Québec, l’Union des municipalités du Québec, entre autres, ont également sommé les gouvernements de trouver une solution.