L’unilinguisme de Santé Canada est dénoncé

Les produits d'entretien, les gels et les mousses antiseptiques de même que les lingettes désinfectantes provenant des États-Unis n'ont dorénavant plus l'obligation de fournir une étiquette dans les deux langues officielles.
Photo: iStock Les produits d'entretien, les gels et les mousses antiseptiques de même que les lingettes désinfectantes provenant des États-Unis n'ont dorénavant plus l'obligation de fournir une étiquette dans les deux langues officielles.

Justin Trudeau reconnaît qu’il n’est pas idéal que Santé Canada suspende l’obligation d’étiquetage bilingue au pays, mais le premier ministre plaide qu’en temps de pandémie, il faut s’ajuster pour permettre la vente de produits essentiels. Les défenseurs des droits des francophones, par contre, s’insurgent.

Le ministère de la Santé a annoncé, lundi, que les produits d’entretien provenant des États-Unis et vendus au Canada pourront afficher une étiquette seulement en anglais, le temps de traverser la pandémie de COVID-19. À la mi-mars, Santé Canada avait accordé la même exemption pour les gels et les mousses antiseptiques de même que les lingettes désinfectantes.

« Devant la demande sans précédent et le besoin urgent pour des produits qui favorisent la lutte contre la COVID-19, comme les produits d’entretien ménager, savons pour les mains et savons corporels, Santé Canada facilite l’accès à des produits qui pourraient ne pas être entièrement conformes aux exigences réglementaires actuelles, à titre de mesure provisoire », a expliqué le ministère par courriel.

Le premier ministre a dû défendre cette décision, qui a suscité de multiples critiques. « On comprend que c’est loin d’être idéal », a consenti M. Trudeau mardi. Mais il a fait valoir que le contexte exceptionnel justifie néanmoins des étiquettes unilingues anglaises au Canada, car « la main-d’œuvre et la capacité logistique ne sont pas toujours présentes dans nos compagnies pour nos importations ».

« Il a fallu prendre des décisions qui seraient absolument inacceptables dans d’autres moments », a plaidé le premier ministre. « Dans une situation extrême comme celle dans laquelle on est, on reconnaît qu’il faut équilibrer différentes vulnérabilités et dans certaines situations on est prêt à permettre un affichage un étiquetage unilingue. Mais on s’attend à ce que les compagnies travaillent très fort pour essayer de rectifier cette situation. Ce n’est pas quelque chose qui devrait être accepté au Canada. »

Manque de respect

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) a cependant déploré une décision « intolérable » de Santé Canada et un « manque flagrant de respect » pour les plus de 7 millions de francophones au Canada.

Son président, Jean Johnson, a rejeté l’explication du gouvernement, à l’effet que cette mesure n’est que temporaire. « On se doit de dire haut et fort que ce genre de mesure ne passera pas. Parce que si on l’accepte, on ouvre la porte à ce qu’une fois la crise passée, les autorités nous disent que finalement l’étiquetage bilingue n’est pas si nécessaire que ça. La crise de la COVID-19 ne doit pas servir d’excuse pour jeter nos valeurs aux oubliettes », a-t-il argué par voie de communiqué.

M. Johnson s’insurge et demande à savoir si les francophones sont des citoyens de seconde classe « moins méritants de protection en temps de crise que nos concitoyens de langue anglaise ? On parle ici d’une question de santé et de sécurité, et le message que lance Santé Canada est troublant », a-t-il dénoncé.

La directive de Santé Canada d’élargir l’exemption d’étiquetage bilingue aux produits nettoyants ménagers survient une semaine après que le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, se soit inquiété lui aussi de la protection du bilinguisme au pays en temps de pandémie.

« Les Canadiens doivent être en mesure de comprendre les messages qui leur sont adressés par l’ensemble des institutions fédérales, en particulier dans le contexte actuel. Au-delà de la Loi sur les langues officielles, il s’agit d’une question de respect et de sécurité pour tous les Canadiens », soutenait M. Théberge dans un communiqué diffusé le 23 avril.

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