Au Bloc de craindre l’effet pervers de l’aide d’Ottawa

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet

C’est au tour du Bloc québécois de trouver que l’aide fédérale promise aux étudiants est peut-être si généreuse qu’elle risque d’engendrer des pénuries de main-d’œuvre cet été. Il propose donc que les jeunes puissent garder une part accrue de leur salaire avant d’être pénalisés.

La Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants (PCUE) offrira 1250 $ par mois pour les quatre prochains mois à tout étudiant de niveau post-secondaire qui aura été incapable de décrocher un emploi à cause de la pandémie ou qui n’aura pas obtenu assez d’heures de travail. Un étudiant pourra empocher la PCUE pour autant qu’il gagne moins de 1000 $ par mois. Les gouvernements du Québec et du Nouveau-Brunswick, l’Union des producteurs agricoles ainsi que d’autres intervenants ont fait valoir que cette mesure pourrait avoir un effet pervers en décourageant les jeunes à aller travailler, notamment dans les champs.

Le Bloc québécois s’est fait le relais de ces craintes mardi. « Québec a soulevé des craintes, les Chambres de commerce ont soulevé des craintes, les agriculteurs et les municipalités ont soulevé des craintes. Des craintes que la mesure soit un “désincitatif” à l’emploi », a lancé le chef Yves-François Blanchet.

Le Bloc propose donc qu’un étudiant ne perde que 0,50 $ de PCUE pour chaque dollar qu’il aura gagné en revenu d’emploi au-delà des 1000 $ déjà permis. Ainsi, un étudiant pourrait gagner jusqu’à 3500 $ par mois avant de perdre totalement sa PCUE alors que ce plafond est de 1001 $ en ce moment.

« Ça vient avec un autre avantage en ceci que nous avons tous une préoccupation pour les finances publiques, a ajouté M. Blanchet. À un moment donné, il va falloir payer le bill. Et la mesure que nous proposons pourrait faire économiser des dizaines de millions de dollars. » Ottawa a calculé que la PCUE coûterait 5,3 milliards de dollars.

Le Parti conservateur a déjà indiqué qu’il réclamera que le gouvernement fédéral double sa PCUE d’un programme de maillage entre étudiants et emplois disponibles. Le NPD, lui, réclame plutôt que les étudiants touchent 2000 $ par mois comme les autres travailleurs affectés par la pandémie. Le projet de loi instaurant cette aide devrait être déposé et débattu à la Chambre des communes mercredi lors de sa séance hebdomadaire en personne.

Parlement virtuel

La proposition bloquiste a été présentée dans un contexte très particulier, soit à l’occasion de la première séance virtuelle de l’histoire de la Chambre des communes. Celle-ci s’est déroulée sans anicroche ni pépin technologique majeur. Il a seulement fallu que tout le monde s’habitue à choisir le bon canal afin de capter correctement le service d’interprétation.

Jusqu’à 305 députés — pour la plupart coiffés d’un casque de téléphoniste — se sont joints à la séance, tenue grâce à une version adaptée de l’application Zoom. Les députés participants pouvaient, s’ils le désiraient, voir à l’écran chacun de leurs collègues dans leur petite vignette individuelle. Les spectateurs qui écoutaient les travaux par Internet, eux, ne voyaient que la personne prenant la parole comme cela est le cas lors des séances régulières du Parlement. L’exercice aura été l’occasion de s’inviter dans les résidences des élus et d’en découvrir la bibliothèque, la cuisine ou encore le salon élégamment décoré.

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