En Nouvelle-Écosse, une folie meurtrière qui reste inexpliquée

Le meurtrier a mis le feu à la propriété d’Alanna Jenkinis et de Sean McLeod, ainsi qu’à deux automobiles.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Le meurtrier a mis le feu à la propriété d’Alanna Jenkinis et de Sean McLeod, ainsi qu’à deux automobiles.

Plusieurs mois seront nécessaires pour faire la lumière sur la tuerie survenue en Nouvelle-Écosse en fin de semaine, la pire de l’histoire récente du Canada. Au moins 16 scènes de crime doivent être analysées par la GRC, qui s’attend à découvrir d’autres victimes. Le dernier bilan s’établissait lundi à 19 morts, incluant le tireur.

« [L’enquête] sera très longue et très complexe », a indiqué Brenda Lucki, commissionnaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), lundi midi, lors d’une conférence de presse.

Les enquêteurs tentent de comprendre le déroulement des événements ainsi que les motifs du tireur. Une tâche fastidieuse puisque les autorités ont identifié au moins 16 scènes de crimes dans la communauté rurale de Portapique et dans le centre de la province. Cinq d’entre elles correspondent à des résidences incendiées, ce qui fait craindre aux autorités la découverte d’autres victimes.

Le suspect, identifié comme étant Gabriel Wortman, 51 ans, a tenu en haleine les policiers pendant plus de 12 heures, entre samedi et dimanche. Habillé d’un uniforme de policier, il a parcouru près de 100 km à bord de deux voitures, dont une en tout point identique à celles de la GRC. Il a été intercepté et abattu dans une station-service d’Enfield, à environ 35 kilomètres au nord-ouest du centre-ville d’Halifax.

La GRC a affirmé lundi qu’il avait agi seul, et qu’il n’était pas connu des forces policières.

Les victimes

Parmi ses victimes — des hommes et des femmes d’âge adulte —, certaines le connaissaient et étaient donc directement ciblées, croient les autorités, qui n’ont toutefois pas précisé les liens qu’elles entretenaient avec le tueur. D’autres en revanche ne le connaissaient pas, ce qui laisse penser que les meurtres étaient, « au moins en partie, de nature très aléatoire », a souligné Chris Leather, surintendant principal de la GRC de la Nouvelle-Écosse.

Il estime qu’en se faisant passer pour un agent de la police fédérale, le tireur a pu se déplacer rapidement sans être détecté.

Parmi ses victimes, on compte notamment une policière de la GRC, une enseignante, deux infirmières, deux agents correctionnels et des voisins de Portapique. Une liste plus exhaustive sera rendue publique seulement lorsque l’ensemble des corps seront identifiés. L’agent Chad Morrison, qui a été touché par balle, se remet quant à lui de ses blessures chez lui

Selon les experts consultés par Le Devoir, plusieurs semaines, voire des mois, seront effectivement nécessaires pour clore cette enquête, comme l’estime la GRC.

« On a plusieurs scènes de crime et surtout différents types de crimes : des morts par arme à feu et des maisons incendiées. Ça demande l’aide de plusieurs services, comme les pompiers, pour récupérer les corps. Ensuite, il faudra les identifier pour reconstruire l’histoire », note Christian Leuprecht, professeur au Collège militaire royal du Canada et à l’Université Queen’s.

 
Photo: Tim Krochak Getty Images Agence France-Presse Un bouquet a été déposé en bordure du chemin Plains Road, à Debert, où deux personnes ont été tuées par l’auteur de la tuerie, qui a fait au moins 18 victimes.

Et mener une enquête en temps de pandémie complique encore plus les choses. Difficile d’avoir des dizaines d’enquêteurs sur le terrain alors que les ressources sont déjà limitées dans cette région rurale et que les déplacements de personnel d’une province à l’autre ne sont pas recommandés présentement. « Comment on accueille les enquêteurs alors que les hôtels sont fermés ? Comment on garde ses distances sur le terrain ? C’est tout un effort logistique qui va certainement ralentir l’enquête », estime M. Leuprecht.

Une opinion partagée par Francis Langlois, spécialiste de la question des armes à feu et membre associé à l’Observatoire des États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

Il note pour sa part que le tireur a un modus operandi très différent des tueurs de masse qui ont marqué l’histoire de l’Amérique du Nord. « Souvent, c’est un endroit public qui est visé, pour faire le plus de victimes rapidement, comme une école, une place publique ou un centre commercial. »

Familles en deuil

Plus tôt lundi, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a rendu hommage aux victimes et présenté ses condoléances aux familles. « Une telle tragédie n’aurait jamais dû se produire. La violence n’a jamais sa place dans notre pays. Nous partageons votre deuil. Nous sommes de tout cœur avec vous alors que vous vivez des moments extrêmement douloureux », a-t-il déclaré.

Plusieurs familles de victimes ont exprimé leur douleur lundi, notamment sur les réseaux sociaux. « Elle était gentille. Elle était belle. Elle ne méritait rien de tout cela », a écrit sur Facebook Darcy Dobson, qui a perdu sa mère, Heather O’Brien, une infirmière de Truro.

Une autre victime, Lisa McCully, a été décrite par le président du Syndicat des enseignants de la Nouvelle-Écosse comme une enseignante passionnée, qui aimait la vie, et qui a été « victime d’une violence insensée ».

Taylor McLeod a confirmé de son côté que son père, Sean McLeod, et l’épouse de celui-ci, Alanna Jenkins, faisaient aussi partie des victimes. Tous les deux étaient agents correctionnels.

Avec La Presse canadienne