L’industrie des hydrocarbures demande à Ottawa des assouplissements aux règles

Dans l’Ouest canadien, les prix du brut lourd sont de nouveau tombés en dessous de 5 $ le baril cette semaine, soit moins du dixième de ce qu’ils étaient il y a un an.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne Dans l’Ouest canadien, les prix du brut lourd sont de nouveau tombés en dessous de 5 $ le baril cette semaine, soit moins du dixième de ce qu’ils étaient il y a un an.

Les producteurs de pétrole et de gaz demandent au gouvernement fédéral de geler la taxe sur le carbone et de mettre sur la glace la nouvelle réglementation sur les changements climatiques, pendant que l’industrie traverse la pandémie.

Dans une lettre transmise le 27 mars au ministre des Ressources naturelles, Seamus O’Regan, le p.-d.g. de l’Association canadienne des producteurs pétroliers, Tim McMillan, soutient que le secteur canadien de l’énergie fait face à une crise financière sans précédent à cause de l’effondrement mondial des prix du pétrole.

La combinaison de la chute de la demande et d’un différend entre l’Arabie saoudite et la Russie sur la production a fait chuter les prix partout dans le monde. Dans l’Ouest canadien, les prix du brut lourd sont de nouveau tombés en dessous de 5 $ le baril cette semaine, soit moins du dixième de ce qu’ils étaient il y a un an.

Pour faire valoir ses arguments, l’ACPP a enregistré en deux semaines au moins 29 réunions avec des fonctionnaires et des ministres fédéraux, entre le 12 et le 29 mars.

Moira Kelly, porte-parole du ministre de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, a répondu à la lettre de demandes en reprenant la liste des mesures qu’Ottawa avait déjà prises pour aider les entreprises et les Canadiens en général — que ce soit le programme de subventions salariales pour les employeurs ou le programme de prestations pour les Canadiens mis à pied.

« Lorsque la reprise commencera, le Canada se rétablira plus fort et plus résilient en investissant dans un avenir plus vert, a-t-elle expliqué dans un courriel. À cette fin, nous continuerons de respecter nos engagements politiques. Tout comme la science nous guide dans notre réponse à la COVID-19, elle continuera à nous guider dans notre lutte contre le changement climatique. »

Les écologistes voient dans cette liste de demandes de l’industrie une tentative d’utiliser la pandémie comme prétexte pour freiner les politiques de santé et de sécurité et repousser les réglementations environnementales. Dale Marshall, responsable du programme climatique national au sein de l’organisme « Environmental Defence », soutient que les demandes actuelles de l’ACPP sont sensiblement les mêmes que celles qu’elle avait formulées — sans succès — jusqu’ici.

Dans une entrevue avec La Presse canadienne, M. McMillan, de l’ACPP, répond que les demandes visent à maintenir des activités sécuritaires et essentielles pour respecter les directives de la santé publique — limiter le nombre d’employés sur les chantiers et maintenir la distanciation sociale pour ceux qui doivent être là.

Reporter des échéanciers

L’industrie veut également s’assurer qu’aucune nouvelle loi ou réglementation ne sera mise en œuvre jusqu’à ce que des consultations appropriées puissent être menées et que l’industrie ait le temps de se remettre de cette chute des prix. M. McMillan a expliqué au ministre O’Regan que le secteur des hydrocarbures voulait à la fois survivre à la crise et participer ensuite à la reprise économique au Canada.

Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé vendredi matin des subventions pour nettoyer les puits de pétrole « orphelins » et une enveloppe de 750 millions $ pour réduire les émissions de méthane, un important gaz à effet de serre. « La présente crise ne doit pas nous faire oublier l’autre crise, la crise climatique, qui touche le monde et notre pays », a-t-il dit.

L’ACPP demande aussi de reporter le dépôt des rapports sur les émissions de gaz à effet de serre et sur la conformité en matière d’environnement et de sécurité, et de prolonger les échéanciers dans des dossiers comme la pollution de l’air et de l’eau.

L’industrie souhaite également que les modifications promises à la Loi canadienne sur la protection de l’environnement soient reportées, car les consultations nécessaires ne peuvent avoir lieu alors que les rassemblements publics et les déplacements ne sont plus autorisés. La loi, qui régit les substances toxiques, est à l’étude depuis 2016 et le comité de l’environnement de la Chambre des communes avait recommandé en 2017 plus de 80 modifications. Le gouvernement libéral a retardé leur mise en œuvre jusqu’après les élections d’octobre 2019.

Enfin, l’ACPP souhaite que le gouvernement libéral retarde certaines politiques et réglementations importantes, afin de permettre à l’industrie de se remettre du choc économique. On demande par exemple le gel de la « taxe sur le carbone » à 30 $ la tonne dans un avenir prévisible, et le report, de 2022 à 2025, des plans de mise en œuvre d’une norme sur les carburants propres. On veut aussi un moratoire sur toute mesure pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, notamment de mettre sur la glace son projet d’inscrire dans une loi des cibles quinquennales pour que le Canada devienne « carboneutre » d’ici 2050.

L’écologiste Marshall soutient que l’industrie n’est pas certaine de pouvoir envoyer des gens sur le terrain pour effectuer la surveillance et les tests requis afin de répondre aux normes environnementales, alors qu’elle continue d’envoyer des centaines de personnes sur les chantiers des sables bitumineux.

On a signalé une éclosion de COVID-19 sur l’un de ces emplacements cette semaine.

 

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