La guerre des masques avec Washington se poursuit

La vice-première ministre, Chrystia Freeland, a expliqué mardi que son gouvernement tentait de négocier des exemptions au décret protectionniste de Donald Trump.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La vice-première ministre, Chrystia Freeland, a expliqué mardi que son gouvernement tentait de négocier des exemptions au décret protectionniste de Donald Trump.

Bien que le Canada pourra recevoir comme prévu ses masques de l’entreprise américaine 3M, il n’en va pas de même pour le reste de ses commandes de matériel médical passées aux États-Unis. Les négociations se poursuivent avec Washington afin d’exempter du décret protectionniste de Donald Trump l’équipement acheté auprès d’autres fournisseurs. Entre-temps, Justin Trudeau promet que des millions de masques et des milliers de respirateurs artificiels fabriqués au pays seront bientôt expédiés en renfort aux travailleurs de la santé.

Le gouvernement de Justin Trudeau est mobilisé depuis vendredi pour convaincre les États-Unis de renoncer à leur décret interdisant aux entreprises américaines d’exporter leur matériel médical.

L’un des principaux fournisseurs de masques N95 au Canada, l’entreprise 3M, a annoncé lundi soir qu’il avait obtenu une exemption du gouvernement américain. Les quelques millions de masques qui lui avaient été commandés seront donc bel et bien livrés au nord de la frontière. Mais Ottawa et les provinces dépendent aussi d’autres compagnies pour regarnir leurs réserves, et ce, au moment où le Québec et l’Ontario redoutent des pénuries d’ici deux semaines.

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La vice-première ministre, Chrystia Freeland, n’a pas encore obtenu de garanties de la part des Américains quant au sort de ces autres contrats. Ottawa tente de négocier d’autres exemptions « au cas par cas », a-t-elle indiqué.

« Nous travaillons en collaboration avec nos partenaires américains pour nous assurer que ces livraisons pourront aussi être faites au Canada, tout comme nos partenaires américains travaillent en collaboration avec le Canada pour s’assurer que les équipements et services médicaux provenant du Canada et dont dépendent les États-Unis continuent à se rendre vers les États-Unis », a résumé Mme Freeland en faisant à ses voisins une menace à peine voilée.

Les États-Unis craignent de manquer d’équipement de protection personnelle pour faire face à la crise de la COVID-19 qui peine à y être contrôlée.

Justin Trudeau s’est réjoui en matinée que des conversations « constructives et productives » ont permis d’assurer une première livraison de 500 000 masques N95 par 3M mercredi.

Renforts chinois et canadiens

La guerre des masques est féroce à l’échelle internationale. Au total, le Canada a commandé 230 millions de masques chirurgicaux — et en a déjà reçu 16 millions — de même que 75 millions de masques N95 — dont 2,3 millions devraient arriver d’ici la fin de semaine.

Or, certaines livraisons d’équipement médical ont été retardées ces dernières semaines ou sont arrivées à destination en quantités moindres que ce qui avait été prévu.

Ottawa prend donc les grands moyens, discutant directement avec des producteurs et travaillant avec des entreprises privées afin qu’elles surveillent les livraisons et louent des entrepôts pour y conserver les commandes canadiennes en toute sécurité en attendant que des avions nolisés viennent les récupérer.

Le gouvernement fédéral continue en outre de placer des commandes à domicile. Des entreprises canadiennes transforment leur chaîne de production pour fabriquer des millions de masques chirurgicaux et des blouses. La compagnie Medicom augmente sa production de masques N95, et près de 30 000 respirateurs artificiels seront produits au Canada d’ici quelques semaines.

M. Trudeau espère en avoir trop commandé.

« Certainement que 30 000 ventilateurs, c’est un gros chiffre. On espère que ça va être beaucoup plus que suffisant. […] Mais on sait que, même si nous, on n’en a pas besoin, il y a peut-être des pays dans le monde qui vont en avoir besoin même si nous on arrive à contrôler cette épidémie. »

Ottawa préfère toutefois se préparer au pire, a expliqué le premier ministre. « Pour nous, en faire davantage et rapidement en ce moment, c’est la seule option. »

À titre de comparaison, le Québec dispose présentement de 3000 respirateurs/ventilateurs à travers son réseau, dont 1300 sont des respirateurs de soins critiques. Selon le ministère de la Santé, quelque 900 autres ventilateurs ont déjà été commandés par les établissements de santé, ainsi que 300 par le ministère.

« Je sais que plusieurs personnes s’inquiètent d’une pénurie de matériel, a dit M. Trudeau. Vous regardez ce qui se passe dans d’autres pays, et je comprends vos préoccupations, surtout si vous ou un proche travaillez dans le milieu de la santé. Je veux vous assurer qu’on fait tout ce qu’on peut pour éviter que ça se produise. »

Avec Guillaume Bourgault-Côté