Trudeau prévient que la fin des exportations de masques serait «une erreur»

Justin Trudeau riposte aux États-Unis qui essaient de jouer dur dans la quête au matériel médical. Le premier ministre prévient que ce serait « une erreur » si Washington ordonne la fin des exportations de masques N-95 au Canada. Une menace à l’approvisionnement canadien qui s’ajoute à la surenchère à laquelle se livrent les États-Unis en rapatriant tout l’équipement possible. M. Trudeau a par ailleurs annoncé que l’armée prêterait main-forte dans le Nord québécois.

Le gouvernement québécois a demandé à Ottawa d’envoyer des Forces armées aider ses communautés nordiques. M. Trudeau a confirmé vendredi « que les Forces armées seront là pour les Québécois comme pour tous les Canadiens ». Des Rangers aideront à mettre sur pied des tentes et des installations médicales au Nunavik.

Mais le point de presse quotidien du premier ministre canadien a été dominé vendredi par la nouvelle que Washington a demandé à sa compagnie 3M de cesser d’exporter les masques N-95 qu’elle produit vers les marchés du Canada et de l’Amérique latine.

M. Trudeau ne s’est pas gêné pour répliquer, en rappelant que des infirmières et de l’équipement médical traversent la frontière canado-américaine tous les jours. Et que ceux-ci bénéficient tant au Canada qu’aux États-Unis. « Il y a des produits médicaux essentiels qui vont dans les deux sens à travers notre frontière et ce serait une erreur pour nos deux pays de limiter l’accès de l’un et l’autre à des produits et du personnel nécessaire de l’autre côté de la frontière. C’est ce qu’on est en train de souligner très clairement à l’administration américaine », a affirmé M. Trudeau.

Il a noté que l’entreprise 3M a elle-même rappelé cet état des faits en révélant la directive de Washington, un communiqué de presse vendredi matin. « Il y a, cependant, des conséquences humanitaires importantes à cesser l’approvisionnement de masques pour les travailleurs de la santé au Canada et en Amérique latine, où nous sommes un fournisseur essentiel de masques. De plus, cesser toute exportation des masques produits aux États-Unis mènerait probablement d’autres pays à riposter et à faire de même, comme l’ont déjà fait certains d’entre eux. Si cela se produisait, « le nombre de masques rendus disponibles pour les États-Unis diminuerait », prévient la compagnie.

« C’est l’argument que nous faisons valoir de façon très directe et que nous plaidons depuis plusieurs jours auprès de divers paliers de l’administration. Et ce message commence à être entendu », a rapporté M. Trudeau.

Il n’a pas été jusqu’à brandir aussi la menace de riposter, si les États-Unis cessent effectivement leurs exportations de matériel médical au Canada. « Je suis confiant que la relation étroite entre le Canada et les États-Unis demeurera solide et que nous n’aurons pas besoin de voir les chaînes d’approvisionnement interrompues dans l’une ou l’autre des directions. »

M. Trudeau est en outre en discussions avec Washington depuis que des reportages médiatiques ont révélé que des commandes internationales de matériel médical ont été détournées vers les États-Unis ou que des fournisseurs se sont fait damer le pion par les Américains qui paient le gros prix. « Nous allons toujours faire des suivis sur les préoccupations sur les livraisons. Mais pour l’instant on a confiance qu’on continue à recevoir ce dont on a besoin », a-t-il affirmé vendredi.

M. Trudeau s’est entretenu avec ses homologues provinciaux jeudi soir pour faire le point de la pandémie, sur les risques de pénurie d’équipement et la guerre féroce qui se joue à l’étranger pour commander des ravitaillements.

Les premiers ministres provinciaux ont accepté de céder certains de leurs équipements ou d’offrir une part de leurs livraisons aux collègues qui en auraient le plus besoin.

Révéler ses scénarios ou pas ?

Justin Trudeau a par ailleurs à nouveau promis de révéler d’ici peu certains scénarios sur lesquels il se penche dans sa gestion de la pandémie de la COVID-19. Mais les Canadiens devront patienter encore un peu. Ottawa en est encore à colliger les données qui lui sont fournies par les provinces.

« Nous devons nous assurer que les projections que l’on dévoile sont basées sur l’information la plus précise, sur une corrélation la plus adéquate possible de cette information. Nous travaillons avec les provinces pour établir un modèle rigoureux afin de partager les scénarios que les gens souhaitent consulter », a expliqué le premier ministre.

Le premier ministre ontarien Doug Ford sera le premier vendredi après-midi à rendre publics les scénarios sur lesquels travaille sa province. M. Ford a promis de révéler l’état de la situation et les scénarios possibles quant à la façon dont elle pourrait évoluer.

Du côté de Québec, le premier ministre François Legault avait indiqué mercredi qu’il manderait la santé publique de dévoiler dans les prochains jours « un scénario qui est peut-être plus probable ». Il avait cependant insisté, comme M. Trudeau depuis quelque temps, que tout cela « reste des probabilités ». « Je pense qu’il n’y a pas personne dans le monde qui est capable de dire avec précision quand va arriver ce sommet [du nombre de cas]. »

Le chef conservateur, Andrew Scheer, demande lui aussi que les prévisions de propagation du virus dont dispose le gouvernement fédéral soient rendues publiques au nom de la « transparence ». Mais il va plus loin encore en exigeant la publication d’une pléiade d’informations.

« Le gouvernement devrait fournir des mises à jour hebdomadaires sur la capacité du Canada de répondre à cette crise, incluant notre inventaire d’équipement médical et notre capacité d’en produire davantage. Combien de masques, gants et ventilateurs avons-nous ? Quel progrès faisons-nous pour accroître notre capacité d’en fournir davantage ? Combien de lits d’hôpital sont en service et combien de lits ont été ajoutés au système ? Combien de professionnels de la santé sont disponibles et combien ont été ajoutés ? Avons-nous assez de matériel pour faire face aux différents scénarios qu’a envisagés le gouvernement ? Ces mises à jour devraient contenir des projections pour au moins les six prochains mois », a réclamé M. Scheer.

Le gouvernement fédéral refuse de révéler ce qui se trouve dans sa réserve fédérale d’équipement médical ou en quelles quantités.

De l’aide pour les banques alimentaires

M. Trudeau a annoncé vendredi un investissement de 100 millions $ pour les banques alimentaires canadiennes. Des organismes comme Moisson Montréal, le Club des petits déjeunes ou l’Armée du Salut recevront leur part de cette enveloppe pour les aider à acheter et livrer des provisions et ainsi répondre aux besoins criants de nombreux citoyens.

Avec Hélène Buzzetti