La frontière entre le Canada et les États-Unis fermée jusqu’à nouvel ordre

La frontière entre le Canada et les États-Unis ferme pour au moins 30 jours. Ottawa et Washington réévalueront la situation dans un mois.

Le premier ministre Justin Trudeau l’a confirmé, environ une heure après que le président Donald Trump l’eut annoncé sur son compte Twitter, mercredi matin.

« Nous allons, par consentement mutuel, fermer temporairement notre frontière au nord avec le Canada à la circulation non essentielle. Il n’y aura pas d’impact sur le commerce. Des détails suivront ! », a écrit le président américain.

 

 

«Nous avons convenu que le Canada et les États-Unis vont interdire temporairement tout passage non essentiel», a déclaré le premier ministre Justin Trudeau, une heure plus tard, lors de sa conférence de presse quotidienne, à la porte de sa résidence.

Le premier ministre continue de travailler de chez lui, contraint à un isolement volontaire depuis que sa conjointe a la COVID-19.

Cette fermeture de la frontière canado-américaine durera « autant que ce sera nécessaire », a fait savoir M. Trudeau.

En après-midi, sa vice-première ministre Chrystia Freeland a confirmé que le Canada a demandé à Washington une fermeture de 30 jours, dans un premier temps « et après ça de [se] reparler ».

La fermeture ne s’applique pas aux marchandises et aux échanges commerciaux.

« On a eu [des querelles] avec les Américains », a rappelé la ministre Freeland, faisant référence aux négociations passées de libre-échange. « Mais concernant cet enjeu, c’était une discussion sans argument », a-t-elle assuré. « Des deux côtés, nous comprenons l’importance du commerce entre nos deux pays et l’importance est maintenant plus grande aujourd’hui que jamais », a-t-elle poursuivi.

En conséquence, « les chaînes d’approvisionnement et notamment le camionnage ne seront pas touchés par cette nouvelle mesure », a insisté Mme Freeland. Les travailleurs essentiels pourront aussi continuer à traverser la frontière. Mais plus question de laisser passer ceux qui se déplacent simplement pour le plaisir.

Cette nouvelle règle prendra effet très prochainement, on parle « d’heures ou de jours ».

Depuis quelques jours, le gouvernement Trudeau avait de la difficulté à justifier le maintien de l’ouverture de sa frontière aux Américains alors qu’il l’avait fermée pour tous les autres visiteurs étrangers.

Depuis la semaine dernière, le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, plaidait auprès d’Ottawa pour la fermeture de la frontière avec les États-Unis. Le nombre de cas chez son voisin, l’État de Washington, était sept fois plus élevé que chez lui ; presque 800 cas ont été dénombrés mardi dans cet État américain.

Mardi, M. Trudeau s’est défendu d’attendre une permission de Donald Trump, même si le gouvernement canadien affichait visiblement une crainte que les chaînes d’approvisionnement ne soient perturbées par Washington si les portes du Canada étaient fermées aux touristes américains.

Mercredi, le premier ministre a essayé une fois de plus de s’expliquer. « On a pris deux jours pour coordonner avec les Américains pour s’assurer qu’on le fasse de la bonne façon et de concert, l’un avec l’autre », a-t-il dit.

Les exceptions

Le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a dressé la liste des étrangers, Américains ou d’ailleurs, qui pourront continuer à entrer au Canada: « Les étudiants étrangers, les étrangers avec visa de travail, les travailleurs étrangers temporaires. »

« Ils pourront entrer au Canada, en se soumettant à un isolement de 14 jours », a déclaré le ministre Blair.

« On a pris deux jours pour coordonner avec les Américains pour s’assurer qu’on le fasse de la bonne façon et de concert, l’un avec l’autre », a expliqué M. Trudeau, mercredi.

   

D’autres mesures restrictives ?

Le gouvernement fédéral consulte les provinces sur la possibilité d’invoquer la Loi sur les mesures d’urgence. Ceci donnerait plus de pouvoirs à Ottawa qui pourrait, entre autres, restreindre les déplacements à l’intérieur du pays.

« On n’écarte rien comme possibilité », a répondu le premier ministre lorsqu’une journaliste a évoqué ce scénario.

M. Trudeau a cependant répété que, pour l’instant, la Loi sur les mesures d’urgence n’est pas nécessaire, reprenant ainsi les affirmations faites la veille par ses ministres.

Et comme l’avait fait mardi son ministre de la Sécurité publique, M. Trudeau a assuré que son gouvernement prenait des mesures pour retenir pendant 14 jours d’isolement tout migrant qui traverserait au Chemin Roxham. Mardi, le ministre Bill Blair déclarait que ces migrants ne pourraient plus aller directement à Montréal après avoir été interceptés par les autorités en terre canadienne.

« Je peux vous rassurer […] que toutes les mesures sont prises pour assurer que c’est tout à fait contrôlé et que tout le monde qui traverse par là sera en quarantaine pendant 14 jours », a dit M. Trudeau, mercredi.

Nouveaux tests approuvés

En date de mercredi, plus de 50 000 tests de COVID-19 ont été administrés à des Canadiens, selon l’administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada, Theresa Tam.

« Nous avons approuvé deux nouveaux tests diagnostiques qui permettront aux laboratoires provinciaux de faire des tests encore plus rapidement », a annoncé la ministre de la Santé, Patty Hajdu.

La ministre a également révélé que son gouvernement s’emploie à faire des achats à grande échelle d’appareils respiratoires et de tests pour s’assurer que les provinces n’en manquent pas. Un exercice compliqué puisque les compagnies ne veulent pas que les pays entassent plus de provisions qu’ils n’en ont besoin, à l’image du comportement de certains consommateurs qui vident les étalages d’épiceries.

Le gouvernement fédéral demande à certaines usines au pays de détourner leurs productions « rapidement » vers la confection « des choses dont nous aurons besoin », a également fait savoir la ministre Hajdu.

« On doit ne rien gaspiller et être très prudent dans les hôpitaux lorsqu’on utilise le matériel médical », a prévenu Dre Tam.

« Ce que nous essayons de faire, c’est d’augmenter nos provisions pour nos besoins immédiats urgents, accélérer notre travail sur la recherche d’un traitement pour la COVID-19 et accélérer la recherche d’un vaccin », a résumé la ministre Hajdu, décrivant le défi des autorités de santé publique.

Nombre de cas

Le nombre de cas au Canada dépasse maintenant les 600, dont 221 en Ontario. Le Québec a dénombré 94 cas et rapporte un premier décès.

On compte sept morts en Colombie-Britannique où le nombre de cas est passé de 103 à 186 en 24 heures. Un homme mort en Ontario, mardi, avait souffert de la COVID-19, mais le coroner doit encore établir si c’est cette maladie qui a mis fin à ses jours.

Un neuvième voyageur rapatrié de la croisière californienne et retenu en quarantaine à la base militaire de Trenton depuis maintenant huit jours a reçu un diagnostic de coronavirus. Ils étaient 228 Canadiens à bord du Grand Princess à avoir utilisé un avion affrété par Ottawa pour rentrer au pays.