Crise wet’suwet’en: Bennett défend sa stratégie de négociation

De passage en comité parlementaire mardi, la ministre Carolyn Bennett s’est défendue d’avoir ignoré les chefs élus de la nation wet’suwet’en.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne De passage en comité parlementaire mardi, la ministre Carolyn Bennett s’est défendue d’avoir ignoré les chefs élus de la nation wet’suwet’en.

La ministre fédérale des Relations Couronne-Autochtones se défend d’avoir ignoré les chefs élus de la nation wet’suwet’en, en tentant de négocier une sortie de crise uniquement avec les chefs héréditaires.

Deux de ces chefs élus ont récemment déploré de s’être sentis exclus par Ottawa. Or, la ministre Carolyn Bennett a rétorqué mardi avoir privilégié les chefs héréditaires, car elle négociait des droits ancestraux qui sont propres à toute la nation wet’suwet’en et non pas seulement aux réserves sous l’égide de conseils de bande.

La nation wet’suwet’en est en pleine réflexion ces jours-ci pour savoir si elle acceptera ou non le protocole d’entente dont ont convenu les chefs héréditaires avec Ottawa et le gouvernement de la Colombie-Britannique il y a dix jours. Le fédéral leur a donné jusqu’à vendredi pour trancher.

Mais deux des cinq chefs de conseils de bande qui ont endossé le gazoduc Coastal GasLink — qui sème la discorde au sein de la nation — ont dénoncé le fait qu’Ottawa n’ait consulté que les chefs héréditaires pour tenter de mettre un terme aux barrages ferroviaires qui paralysaient le pays le mois dernier.

Pourtant, eux aussi représentent les membres de la nation wet’suwet’en qui les ont élus à leurs postes, ont fait valoir tour à tour la cheffe Maureen Luggi du conseil de bande wet’suwet’en, en entrevue au Devoir récemment, et le chef Dan George de la nation Ts’il Kaz Koh First à la CBC lundi.

De passage en comité parlementaire mardi, la ministre Bennett a ainsi été accusée par les conservateurs d’avoir « muselé » les chefs élus qui appuient le projet et de n’avoir négocié qu’avec l’un des deux camps dans tout ce débat.

Mme Bennett a rétorqué qu’elle était allée dans la communauté, il y a deux semaines, pour discuter d’une solution à long terme quant aux droits ancestraux de la nation.

« Je n’étais pas là-bas pour discuter du gazoduc », a-t-elle insisté, en renvoyant le sort de ce projet entre les mains du gouvernement provincial qui en est responsable. « Ma participation aux pourparlers ne portait pas sur un seul projet. Ma participation portait sur l’avenir du Canada. »

Et pour ce faire, la ministre a argué qu’elle avait discuté des droits ancestraux de la nation sur son territoire avec les chefs héréditaires car « c’est ce groupe qui estime qu’il est responsable de la gouvernance sur l’entièreté du territoire ».

« Le protocole d’entente [conclu entre Ottawa et ces chefs héréditaires] sera présenté aux clans et aux maisons, où les chefs élus pourront participer à la discussion », a-t-elle assuré.

Outre les chefs Luggi et George, d’autres voix ont cependant elles aussi accusé les chefs héréditaires de prétendre à tort parler au nom de toute la nation.

La présidente d’une Coalition matriarcale wet’suwet’en, Theresa Tait-Day, a scandé devant le même comité parlementaire que le projet a été « pris en otage » par les chefs héréditaires qui s’y opposent tandis qu’elle et la « majorité de la communauté » appuient la construction d’un gazoduc qui aurait des retombées économiques pour la région.

« Les chefs héréditaires ne sont pas des autocrates. Ils sont censés prendre des décisions en vertu de ce que leur dicte la communauté. Ce n’est pas ce qui se passe présentement. Les conseilsde bande et la communauté ont été exclus », a critiqué Mme Tait-Day, en disant craindre que les chefs héréditaires s’entendent avec Ottawa sans avoir réellement consulté la communauté.

La nation wet’suwet’en compte six conseils de bande — dont cinq qui ont signé des ententes de partage de bénéfices et appuient le projet. Mais il existe un second niveau de gouvernance, confié à des chefs héréditaires qui président le territoire ancestral beaucoup plus vaste que les six réserves.

Peu de débats au Parlement

C’est ce débat plus large sur la gouvernance des chefs héréditaires sur le territoire ancestral lorsque de gros projets énergétiques leur sont soumis que souhaite régler la ministre Bennett. Son gouvernement refuse de révéler les détails de sa proposition d’entente.

Si celle-ci est acceptée par la nation wet’suwet’en, elle sera ratifiée par les chefs héréditaires et Ottawa qui entameront ensuite de nouvelles négociations en vue d’une entente finale.

Si celle-ci se concrétise, le texte sera ensuite déposé au Parlement.

L’opposition a déploré le fait que le texte ne fasse pas l’objet d’une étude parlementaire en amont.

La ministre Bennett a souligné que la Constitution prévoit que de telles ententes demeurent confidentielles jusqu’à leur ratification.

Quant à la possibilité que l’entente éventuelle puisse être modifiée par l’opposition, Mme Bennett a rétorqué que « n’importe quoi peut être amendé », mais qu’en général, « ce sont les gens qui étaient à la table de négociations qui déterminent si [ce genre d’entente] est juste ou non ».