Barricade de Kahnawake: les Mohawks annonceront leurs intentions mardi

Des activistes ont manifesté sur la voie ferrée du Canadien National, lundi après-midi, dans le quartier Pointe-Saint Charles, à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des activistes ont manifesté sur la voie ferrée du Canadien National, lundi après-midi, dans le quartier Pointe-Saint Charles, à Montréal.

Sous la pluie battante, les phares des véhicules déchiraient la noirceur, lundi soir à Kahnawake, à mesure que le stationnement de la maison longue se remplissait pour une réunion de la plus haute importance : la barricade doit-elle être levée, oui ou non ?

Les Mohawks de la réserve au sud de Montréal tenaient cette assemblée à huis clos au lendemain de l’annonce d’une entente de principe entre les chefs héréditaires wet’suwet’en et les gouvernements d’Ottawa et de Victoria. Dimanche, les activistes de Kahnawake avaient décidé de maintenir leur barrage ferroviaire, le temps d’examiner l’accord.

Peu avant le début de la rencontre, à 19 h, Kenneth Deer, le secrétaire de la section de Kahnawake de la Nation mohawk, a dit au Devoir qu’aucune annonce ne serait faite lundi soir, mais plutôt mardi matin. Il s’est refusé à tout autre commentaire.

Afin d’en apprendre plus sur le contenu de l’entente de principe, M. Deer devait discuter lundi avec le chef wet’suwet’en Woos, qui a pris part aux trois journées de discussions avec la ministre fédérale des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, et le ministre des Relations avec les Autochtones de la Colombie-Britannique, Scott Fraser.

On en sait peu sur l’accord, outre qu’il concerne le système de gouvernance traditionnel ainsi que la question des titres territoriaux. Il sera soumis à la population wet’suwet’en, qui devra l’approuver avant qu’il ne soit officiellement adopté. Les modalités de la consultation sont toutefois inconnues, et le processus pourrait vraisemblablement prendre de nombreux jours ou même des semaines.

Et même si le chef Woos l’a qualifiée de « jalon historique », rien n’assure que l’entente de principe puisse dénouer l’impasse actuelle. Dans une vidéo mise en ligne lundi, Molly Wickham, la porte-parole du clan Gidimt’en des Wet’suwet’en (que dirige Woos), a d’ailleurs appelé à poursuivre la « révolution » : « Nous ne nous reposons pas. Nous n’abandonnons pas. Nous ne nous inclinons pas. Nous ne demandons pas aux autres de s’incliner », a-t-elle soutenu.

Les autres barrages

Certains sympathisants n’ont pas eu à se faire prier pour poursuivre la mobilisation. À Montréal, dans le quartier Pointe-Saint-Charles, des manifestants ont bloqué pendant plusieurs heures des voies ferrées du Canadien National (CN), lundi après-midi. Peu après 14 h, des dizaines de personnes, majoritairement masquées, se sont installées sur les voies ferrées pour empêcher les trains de passer. Ils ont déployé des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « Wet’suwet’en strong » ou encore « Fuck le colonialisme ». Malgré la pluie, ils sont restés plusieurs heures debout sur les rails, avant de retirer leurs banderoles et de quitter les lieux vers 17 h.

« Nous bloquons ce chemin de fer en réponse à l’appel lancé par les chefs héréditaires wet’suwet’en. […] Les demandes des Wet’suwet’en n’ont pas été acceptées : la GRC et [Coastal GasLink] occupent toujours le territoire », a invoqué Sara Mullins, une participante à l’action, par voie de communiqué. Sur place, les manifestants n’ont toutefois pas voulu faire de commentaires.

Le chemin de fer temporairement bloqué relie Montréal à Toronto. Des trains de marchandises mais aussi de passagers ont l’habitude d’y circuler. La manifestation a d’ailleurs entraîné l’interruption du service de train de banlieue entre Saint-Lambert et la gare Centrale, pendant plus d’une heure.

Sur le territoire autochtone de Listuguj, en Gaspésie, des Micmacs bloquaient toujours la circulation ferroviaire, lundi. Éric Dubé, le président de la Société du chemin de fer de la Gaspésie, qui exploite ces rails, a déploré les répercussions économiques de ce blocus qui perdure depuis trois semaines.

« C’est des impacts qui nous font mal. Ça fait longtemps que je me bats pour sauver le rail, depuis 2014 on a fait des efforts colossaux pour développer l’économie de notre région, puis là on est pris en otage », a-t-il expliqué lundi sur les ondes de Radio Gaspésie.

En Ontario, plus d’une semaine après que la police provinciale eut procédé à dix arrestations lors d’une opération de démantèlement de la barricade ferroviaire sur le territoire Tyendinaga, le service de Via Rail devait reprendre progressivement à partir de mardi, notamment dans les corridors Toronto-Montréal et Toronto-Ottawa.

Quant aux trains de marchandises, le porte-parole du CN Jonathan Abecassis a indiqué que l’entreprise « surveille la situation de près et se concentre sur la sécurité et le service à ses clients », sans vouloir confirmer si des trains circulent bien sur le tronçon de chemin de fer près de Belleville, en Ontario.

Malgré le démantèlement de la barricade de Tyendinaga lundi dernier, des militants continuent d’assurer une présence en bordure des rails. Sur les réseaux sociaux, ils ont même lancé un appel lundi aux sympathisants qui souhaiteraient les aider à bâtir un « village » près de la route Wyman, lieu du barrage principal des dernières semaines.