Parti vert: 50 000$ pour entrer dans la course à la chefferie

La cheffe par intérim du Parti vert, Jo-Ann Roberts, souligne que les frais de 50 000$ représentent une fraction des 300 000$ exigés des candidats à la direction du Parti conservateur du Canada.
Photo: Chad Hipolito La Presse canadienne La cheffe par intérim du Parti vert, Jo-Ann Roberts, souligne que les frais de 50 000$ représentent une fraction des 300 000$ exigés des candidats à la direction du Parti conservateur du Canada.

La course à la direction du Parti vert du Canada est plutôt mal engagée : au moins trois candidats potentiels reconsidèrent leur participation depuis qu’ils ont appris qu’ils devraient débourser 50 000 $ et subir un processus de vérification secret.

La course pour remplacer Elizabeth May, en octobre, commence officiellement mardi matin. Le parti a annoncé lundi que les candidats intéressés devraient verser un dépôt initial non remboursable de 10 000 $, puis un autre montant de 40 000 $, non remboursable, d’ici la fin de juillet. Par ailleurs, un comité de vérification, composé de trois membres, examinera chaque candidature et pourra écarter certains candidats, sans préciser les motifs.

La cheffe par intérim du Parti vert, Jo-Ann Roberts, a expliqué lundi que les frais de 50 000 $ étaient suffisamment bas pour encourager un large éventail de candidatures, mais suffisamment élevé pour éliminer les candidats qui ne pourraient pas collecter suffisamment de fonds pour le parti — une qualité essentielle pour qui veut devenir chef d’un parti national.

Mais au moins trois candidats potentiels ne sont pas de cet avis. Alex Tyrrell, qui dirige le Parti vert du Québec, avait fait part de son intérêt il y a deux semaines, mais il estime maintenant que le parti écologiste veut avant tout amasser de l’argent. « C’est comme s’ils cherchaient des candidats qui se tiennent dans les clubs privés », a-t-il estimé.

Constantine Kritsonis, qui a été candidat pour les verts lors de sept élections à Toronto, s’est immédiatement retiré de la course, lundi, après avoir appris les règles. Il convient qu’il doit y avoir des frais et il était prêt à verser jusqu’à 10 000 $, mais pas 50 000 $. « La course à la chefferie devrait viser à faire connaître nos idées et à encourager le débat au sein des verts sur la direction que nous voulons donner, a-t-il dit. Mais je trouve injuste que l’argent devienne le facteur déterminant pour décider qui peut participer et qui ne peut pas. »

Jo-Ann Roberts souligne de son côté que les frais de 50 000 $ représentent une fraction des 300 000 $ exigés des candidats à la direction du Parti conservateur du Canada cette fois-ci. Ces frais sont toutefois supérieurs aux 30 000 $ que le Nouveau Parti démocratique avait exigés lors de sa dernière course à la direction en 2017. En 2013, le Parti libéral du Canada avait fixé les frais d’inscription à 75 000 $.

Manque de transparence

L’avocat québécois Dimitri Lascaris a indiqué qu’il attendait justement de connaître les règles de la course avant de prendre une décision, car il craignait que l’appareil centralisé du parti s’arrange pour écarter certains types de candidats. Or, selon lui, le processus de vérification secrète va totalement à l’encontre de la structure des verts, fondée sur la démocratie participative, la transparence et le droit à un recours. « C’est absurde », a-t-il lâché lundi. M. Lascaris, qui est actif au sein du Parti vert du Québec, constate que le parti fédéral autorise les candidats écartés à faire appel de cette décision, mais ce mécanisme est inutile si un candidat n’est pas informé des motifs qui ont mené à son rejet.

MM. Lascaris et Kritsonis ont tous les deux été critiques des politiques actuelles du Parti vert : ils estiment que le parti dirigé par Mme May s’est trop éloigné de la gauche.

Un autre aspirant candidat, l’avocat de la Colombie-Britannique David Merner, trouve malheureux que certains se retirent maintenant de la course. Mais il croit que des frais d’inscription de 50 000 $ constituent un « juste équilibre pour éliminer ceux » qui ne pourraient pas collecter suffisamment de fonds pour le parti. M. Merner, un ancien responsable au Parti libéral, soutient qu’il a déjà recueilli les 10 000 $ de frais initiaux.

L’avocate torontoise Annamie Paul avait annoncé sa candidature la semaine dernière ; elle a déclaré lundi sur Twitter qu’elle était toujours de la course après avoir pris connaissance des règles. La femme d’affaires québécoise Julie Tremblay-Cloutier, d’Oka, et l’informaticienne de la Nouvelle-Écosse Judy Green avaient également annoncé leur intention de se lancer.

Mme May demeure pour l’instant leader parlementaire des verts et restera députée de Saanich-Gulf Islands, en Colombie-Britannique. Aucun des deux nouveaux élus verts aux Communes, Paul Manly et Jenica Atwin, n’a l’intention de se présenter pour la remplacer.

Chaque candidat à la direction des verts devra par ailleurs fournir les signatures de 150 membres du parti, dont au moins 20 dans chacune des six régions du Canada, entre le 1er août et le 1er septembre. Le parti invitera par ailleurs les candidats à participer à au moins deux débats, l’un en français et l’autre en anglais. Les verts éliront leur nouveau chef par la poste et en ligne entre le 26 septembre et le 3 octobre. Le gagnant ou la gagnante sera annoncé lors d’un congrès à Charlottetown le 4 octobre.