Luttes à surveiller

Le pourtour de la Ville Reine résumera à lui seul toute la dynamique à l’oeuvre dans cette campagne électorale.
Photo: Tijana Martin La Presse canadienne Le pourtour de la Ville Reine résumera à lui seul toute la dynamique à l’oeuvre dans cette campagne électorale.

1. Percée verte à Victoria 

Si la percée verte tant espérée par Elizabeth May se concrétise, ce sera au sud de l’île de Vancouver. Le Parti vert a la circonscription de Victoria dans sa mire, où le député néodémocrate Murray Rankin a pris sa retraite. Mais Mme May se permet d’espérer ravir aussi les sièges voisins. Les verts détiennent deux des circonscriptions de l’île, contre cinq au NPD. Les deux partis s’y livrent une lutte hostile. Le NPD dénonce à coup de dépliants et de publicités radio que Mme May n’empêcherait pas ses députés d’appuyer une mesure contre l’avortement et qu’elle n’a pas exclu d’appuyer un gouvernement minoritaire conservateur. Le Parti vert accuse les néodémocrates d’être malhonnêtes en oubliant les nuances. Mme May a eu droit à un coup de pouce étonnant pour se défendre : l’actrice américaine Pamela Anderson a accusé le NPD, sur Twitter, de se livrer à une « politique négative crasse à l’américaine ».

Marie Vastel

 

2. Le pari de Bernier en Beauce
 

Maxime Bernier joue son avenir politique. Le chef du Parti populaire du Canada tente de se faire réélire sous sa nouvelle bannière en Beauce. Et, bien qu’il ait remporté ses quatre élections avec plus de 50 % des voix (59 % en 2015), il se trouve cette année dans une course au coude à coude avec le candidat conservateur Richard Lehoux. Le Parti conservateur met beaucoup d’énergie pour garder la circonscription, où il a recruté cet ancien président de la Fédération québécoise des municipalités. Andrew Scheer s’est même arrêté en Beauce pour lui prêter main-forte vendredi. Un second Maxime Bernier brigue quant à lui les suffrages pour le Parti Rhinocéros. Outre sa propre victoire, M. Bernier surveillera aussi les résultats de ses candidats vedettes Renata Ford, la veuve de l’ancien maire de Toronto Rob Ford, à Etobicoke, et Steven Fletcher, l’ancien ministre conservateur fédéral, à Winnipeg.

Marie Vastel

3. Des ministres menacés

La soirée électorale donnera des sueurs froides à quelques ministres de Justin Trudeau qui avaient dû batailler ferme en 2015 pour conquérir leur siège. Leur réélection est loin d’être assurée. Au Québec, le plus menacé est Jean-Yves Duclos. Il avait remporté Québec au terme d’une chaude lutte à quatre avec un des scores les plus faibles au pays : 28,9 %. Marie-Claude Bibeau avait gagné un peu plus confortablement dans Compton-Stanstead, mais parce que la bloquiste et le néodémocrate avaient été de force équivalente. Une modification de cet équilibre pourrait tout changer. Idem pour le siège de Gaspésie–Île-de-la-Madeleine, que Diane Lebouthillier avait obtenu avec 39 % des voix. À Edmonton, Amarjeet Sohi est une cible conservatrice de choix, lui qui avait remporté son siège avec moins de 100 voix d’avance. En Ontario, Karina Gould (Burlington) et Maryam Monsef (Peterborough-Kawartha) sont aussi menacées par l’adversaire conservateur.

Hélène Buzzetti

4. La forteresse de Québec assiégée

La région de Québec devait être le camp de base à partir duquel le Parti conservateur allait partir à la conquête du Québec vers le Nord (Lac-Saint-Jean) et l’Ouest (Drummondville, Trois-Rivières, etc.). Au lieu de quoi elle s’est transformée, à la faveur de la montée du Bloc québécois, en région à défendre pour Andrew Scheer. Les Jacques Gourde, Steven Blaney et Gérard Deltell n’ont probablement rien à craindre, eux qui avaient remporté leur siège avec 50 % ou plus des voix en 2015, mais d’autres n’ont pas cette paix d’esprit. Dans Beauport et ses environs, Sylvie Boucher (34 %) et Alupa Clarke (31 %) sont menacés. Le Bloc québécois espère les ravir tandis que le Parti libéral croit pouvoir mettre la main sur l’un des deux sièges. Quant à Bernard Généreux, un habitué aux scores serrés, il avait remporté Montmagny–L’Islet–Kamouraska–Rivière-du-Loup avec 29 % au terme d’une lutte à trois qui n’incluait même pas le Bloc !

Hélène Buzzetti

5. La banlieue torontoise, encore

Le pourtour de la Ville Reine résumera à lui seul toute la dynamique à l’oeuvre dans cette campagne électorale. Dans la banlieue nord (Markham, Newmarket, Richmond Hill, etc.), qui regroupe neuf circonscriptions, le Parti libéral et le Parti conservateur se livrent des luttes à deux dans lesquelles le NPD fait office de figurant. À l’ouest, dans les 11 circonscriptions de Brampton et de Mississauga, le NPD offre à peine plus de résistance. Mais comme presque un électeur sur cinq y est sikh, le chef Jagmeet Singh pourrait faire croître les chances de son parti et changer la donne. Un sondage Léger effectué dans la banlieue torontoise pour La Presse canadienne a révélé la semaine dernière que le PLC et le PCC y sont à égalité, mais que plus de gens craignent un retour des conservateurs (43 %) qu’un retour des libéraux (33 %). Les appels au vote stratégique de Justin Trudeau pourraient faire mouche.

Hélène Buzzetti

6. Le sort des indépendantes

Rares sont les candidats qui réussissent à se faire élire comme indépendants au Canada. Dans l’histoire récente, c’est arrivé à l’ex-libéral John Nunziata (région de Toronto, en 1997), à André Arthur (près de Québec, élu en 2006 et réélu une fois) et à l’ex-réformiste/allianciste/conservateur Chuck Cadman (en Colombie-Britannique, 2004). C’est dire la tâche qui incombe cette année aux anciennes ministres libérales Jane Philpott (Markham-Stouffville, en Ontario) et Jody Wilson-Raybould (Vancouver-Granville). Même si les démissionnaires de l’affaire SNC-Lavalin ont bénéficié d’une grande couverture médiatique durant la campagne, leur sort paraît incertain : Mme Wilson-Raybould a une réelle chance de victoire (elle serait légèrement en avance dans une lutte à trois avec les libéraux et les conservateurs), mais Mme Philpott pointe derrière ces deux grands partis dans sa circonscription — tout en étant quand même dans la course.

Guillaume Bourgault-Côté

7. Le flou mauricien

C’est à Trois-Rivières qu’Andrew Scheer a lancé sa campagne le 11 septembre, aux côtés de son candidat-vedette Yves Lévesque. C’est aussi là que Justin Trudeau a fait son premier arrêt québécois. Pour les deux partis aspirant au pouvoir, le geste traduisait les visées pour cette circonscription détenue par le NPD depuis 2011 et maintenant située en territoire caquiste. Cinq semaines plus tard, le portrait est flou : un sondage local plaçait M. Lévesque en avant la semaine dernière, mais la marge d’erreur et d’autres projections indiquent surtout que la course est très serrée, que le Bloc québécois peut envisager une victoire et que la remontée globale du NPD pourrait brouiller les cartes. Autour, dans Saint-Maurice–Champlain, le ministre libéral François-Philippe Champagne est menacé par la résurgence du Bloc, une situation que vit aussi la néodémocrate Ruth Ellen Brosseau dans Berthier-Maskinongé.  

Guillaume Bourgault-Côté

8. La ligne orange

De la vague de 2011, il est resté en 2015 une poignée de circonscriptions néodémocrates sur l’île de Montréal : une ligne orange tracée entre Rosemont–La Petite-Patrie, Laurier–Sainte-Marie et Hochelaga, sorte de corridor progressiste que complètent les élus de Projet Montréal et de Québec solidaire dans le même secteur. Qu’en restera-t-il lundi soir ? Alexandre Boulerice se fait chauffer par le Bloc québécois dans Rosemont, même s’il semble en voie de maintenir son siège — depuis des mois, les observateurs estiment que, si le NPD ne gardait qu’un siège au Québec, ce devrait être le sien. Dans Laurier–Sainte-Marie, le libéral Steven Guilbeault navigue sur une mer beaucoup plus houleuse que prévu pour son entrée en politique : bloquistes, néodémocrates et libéraux se trouvent dans un mouchoir de poche. Hochelaga pourrait aussi aller au Bloc québécois, mais encore là, rien ne semble joué. C’est que d’une ligne orange à l’autre, il y a du monde au portillon…

Guillaume Bourgault-Côté

9. La course des transfuges

Les particularités de la course électorale 2019 dans Longueuil–Saint-Hubert n’ont échappé à personne : le quatuor qui se dispute la victoire est composé d’un ex-péquiste devenu libéral (Réjean Hébert), d’un ex-néodémocrate maintenant vert (le député sortant Pierre Nantel), d’un ancien vert du Québec passé chez les néodémocrates (Éric Ferland) et d’un bloquiste qui détonne (Denis Trudel) parce qu’il était déjà bloquiste en 2015… ce qui fait de lui le seul candidat avec des racines dans son parti. Beaucoup de transfuges, donc, et beaucoup de souverainistes repentis ou toujours consentants. Les projections font état d’une lutte qui se dessinerait surtout entre le Bloc et les libéraux, mais on surveillera bien sûr le sort de Pierre Nantel, dont l’adhésion au Parti vert devait servir de catalyseur pour la formation au Québec.
 
Guillaume Bourgault-Côté

10. Des athlètes dans la course

Après Enrico Ciccone et Isabelle Charest l’an dernier au Québec, plusieurs ex-athlètes tentent leur chance au fédéral cette année. On compte notamment dans ces rangs l’ancien hockeyeur junior Angelo Esposito (conservateur, Alfred-Pellan) et Philippe Gagnon (multiple médaillé paralympique en natation, conservateur, Jonquière–Haut-Saguenay). Mais les yeux seront surtout tournés lundi vers l’ancienne cycliste Lyne Bessette (libérale, Brome-Missisquoi), l’ex-kayakiste et médaillé olympique Adam van Koeverden (libéral, Milton en Ontario) et l’ancienne nageuse synchronisée Sylvie Fréchette (conservatrice, dans Rivière-du-Nord). Du groupe, Mme Fréchette est celle qui a le plus fait parler d’elle durant la campagne : ses commentaires sur la possibilité que des députés d’arrière-ban déposent des projets de loi pour restreindre le droit à l’avortement a mis en lumière les ambivalences de son chef dans ce dossier.

Guillaume Bourgault-Côté

1 commentaire
  • Jeanne Strasbourg - Abonnée 21 octobre 2019 11 h 18

    Madame Anderson est canadienne

    J'aimerais apporter la précision factuelle selon laquelle l'actrice Pamela Anderson est canadienne et est née à Ladysmith en Colombie-Britannique, tout en possédant également aujourd'hui la citoyenneté américaine. Il est d'ailleurs probable que madame Anderson vote à distance dans l'élection d'aujourd'hui. Ceci est en effet désomais permis à tous les citoyens canadiens à l'étranger suite à une récente décision de la Cour suprême à cet effet (https://www.ledevoir.com/politique/canada/545343/les-expatries-canadiens-n-auraient-jamais-du-perdre-leur-droit-de-vote-selon-la-cour-supreme).