Cinq régions, cinq enjeux

Une fois de plus, l’Ontario fera ou défera le prochain gouvernement. Comme à chaque élection, libéraux et conservateurs s’y livrent une chaude lutte.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Une fois de plus, l’Ontario fera ou défera le prochain gouvernement. Comme à chaque élection, libéraux et conservateurs s’y livrent une chaude lutte.

Colombie-Britannique : le prix d’un pipeline

Bien que la construction d’oléoducs divise les esprits partout au pays, la Colombie-Britannique est particulièrement partagée sur la question. Des régions plus conservatrices sont d’accord, tandis que celle de Vancouver, où aboutit l’oléoduc Trans Mountain, s’y oppose fermement. Ce qui brouille les cartes et pourrait faire perdre des circonscriptions aux libéraux, qui en ont ravi plusieurs à leurs rivaux il y a quatre ans. Le Parti libéral a perdu près de 9 points d’appui dans la province, par rapport à ses résultats de 2015, alors que le Parti vert a gagné presque 5  points. Les intentions de vote pour les conservateurs et le NPD sont presque inchangées. Mais ces nouveaux seuils d’appuis annoncent d’imprévisibles courses à trois ou à quatre. Les candidats conservateurs pourraient se faufiler entre des votes partagés chez leurs adversaires progressistes. Les néodémocrates pourraient surpasser leurs rivaux, s’ils coalisent l’opposition à Trans Mountain. À cinq jours du scrutin, le maire de Vancouver, Kennedy Stewart — un ancien député néodémocrate fédéral —, s’est permis d’implorer ses citoyens d’éviter l’élection d’un gouvernement d’Andrew Scheer, qui « serait pire que Stephen Harper » a-t-il gazouillé.

Décompte à la dissolution de la chambre

Parti libéral 17 sièges

Parti conservateur 8 sièges

Nouveau Parti démocratique 13 sièges

Parti vert 2 sièges

Indépendante 1 siège (Jody Wilson-Raybould)

Vacant 1 siège


Marie Vastel

Prairies : des rouges menacés

Les quelques libéraux qui ont réussi à survivre ou à se faire élire en terrain hostile il y a quatre ans pourraient avoir du mal à répéter l’exploit cette fois-ci. La tarification du carbone imposée par le gouvernement fédéral de Justin Trudeau est mal passée. Les gouvernements des Prairies ont fait front commun, avec l’Ontario et le Nouveau-Brunswick, pour la contester devant les tribunaux (ou pour appuyer la contestation de leurs collègues). Et M. Trudeau est à couteaux tirés avec les premiers ministres de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba — tous les trois à droite de l’échiquier politique. Résultat : certains députés qui s’étaient faufilés avec une mince majorité des votes en 2015 sont en mauvaise posture — Amarjeet Sohi (92 voix d’avance), Kent Hehr (750 voix), Randy Boissonnault (1200 voix) en Alberta, ou Mary Ann Mihychuk (1200 voix), Doug Eyolfson (6000 voix) au Manitoba. Afin de sauver l’unique siège du NPD en Alberta, le candidat vert dans Edmonton-Strathcona a abandonné la course jeudi. Le vétéran Ralph Goodale, irrésistible gaulois libéral en Saskatchewan, devrait en revanche conserver son siège après l’avoir emporté avec une majorité de plus de 10 000 voix.

Décompte à la dissolution de la chambre

Parti libéral 11 sièges
Parti conservateur 43 sièges  
Nouveau Parti démocratique 5 sièges  
Indépendant 1 siège (Darshan Singh Kang)  
Vacant 1 siège  
Fédération du Commonwealth coopératif 1 siège

Marie Vastel

Ontario : la faiseuse de roi

Une fois de plus, l’Ontario fera ou défera le prochain gouvernement. Comme à chaque élection, libéraux et conservateurs s’y livrent une chaude lutte et, comme presque chaque fois, les libéraux brandissent l’épouvantail d’un gouvernement bleu pour rameuter les électeurs néodémocrates. Cette fois, l’épouvantail a un visage : celui du premier ministre provincial Doug Ford, dont l’impopularité stratosphérique a été abondamment exploitée par Justin Trudeau. Pas un discours sans que le chef libéral ait posé en rempart contre les compressions conservatrices qu’Andrew Scheer ne manquerait pas d’infliger à l’instar de M. Ford, pas un rallye où il ne se soit pas présenté en contrepoids aux premiers ministres provinciaux conservateurs refusant d’agir contre les changements climatiques. L’appel au vote stratégique fonctionnera-t-il ? Pour l’instant, le NPD profite d’une remontée qui pourrait faire mal au Parti libéral. Ce n’est pas un hasard si c’est en Ontario que les chefs se sont rendus le plus souvent : M. Trudeau y est resté 20 jours pendant cette campagne qui en a compté 40, M. Singh, 19, et M. Scheer, 14.

Décompte à la dissolution de la chambre

Parti libéral 76 sièges
Parti conservateur 33 sièges  
Nouveau Parti démocratique 8 sièges  
Indépendants 4 sièges (Tony Clement, Celina Caesar-Chavannes, Raj Grewal, Jane Philpott)

Hélène Buzzetti

Québec : la rebelle imprévisible

Sera-ce une autre vague dont le Québec a le secret ? Les libéraux espéraient reprendre dans la Belle Province les sièges qu’ils ne manqueraient pas de perdre dans la région atlantique. Ils se repaissaient d’avance du cadavre néodémocrate. Tous les espoirs étaient permis pour ceux qui caracolaient en tête de sondage, obtenant deux fois plus d’intentions de vote que leur plus proche concurrent. C’était sans compter la résurgence du Bloc québécois qui vient brouiller les cartes. Plus aucune prédiction ne semble tenir, à part celle de la déconfiture du NPD qui, malgré une remontée de dernière minute, demeure bien en deçà du niveau d’appuis obtenus en 2015. Ses 14 sièges sont menacés, sauf peut-être celui d’Alexandre Boulerice qu’aucun parti ne s’aventure à réclamer. Les dynamiques sont désormais régionales : dans l’est, bloquistes, libéraux et conservateurs se talonnent ; au centre, y compris en Montérégie et dans les Laurentides, la bataille se livre à deux, entre le Bloc et le Parti libéral ; à Québec, les conservateurs doivent maintenant composer avec le Bloc ; et sur l’île de Montréal et dans l’ouest de la province, les libéraux dominent toujours.

Décompte à la dissolution de la chambre

Parti libéral 40 sièges
Parti conservateur 11 sièges  
Nouveau Parti démocratique 14 sièges  
Bloc québécois 10 sièges  
Indépendant 1 siège (Pierre Nantel)  
Parti populaire du Canada 1 siège  
Vacant 1 siège

Hélène Buzzetti

Provinces de l’Atlantique : quel recul pour les libéraux ?

En apparence, les choses vont bien pour les libéraux de Justin Trudeau dans les provinces de l’Atlantique, où 32 sièges sont en jeu. Les sondages leurs accordent plus de 38 % d’appuis et les projections indiquent qu’ils remporteront environ les deux tiers des circonscriptions. Le problème ? Puisque les libéraux avaient remporté 100 % des sièges en 2015, la journée de lundi risque fort de se conclure par un recul pour eux. Le scénario est connu dans les rangs libéraux : l’élection de 1997 s’était déroulée sous les mêmes auspices. Cette fois, le ressentiment autour de l’échec du projet de pipeline Énergie Est et de l’imposition de la taxe carbone (au Nouveau-Brunswick) pourrait jouer pour Justin Trudeau le rôle que les coupes imposées au système d’assurance-emploi avaient alors eu contre Jean Chrétien. Les conservateurs (jusqu’à une demi-douzaine de sièges, surtout au Nouveau-Brunswick, où le conservateur Blaine Higgs est premier ministre), les néodémocrates (un trio de circonscriptions) et même les verts pourraient tirer parti de la perte de popularité des libéraux. Les verts entretiennent des espoirs dans Fredericton, où la lutte est particulièrement serrée et où le chef du Parti vert provincial est député.

Décompte à la dissolution de la chambre

Parti libéral 31 sièges
Vacant 1 siège

Guillaume Bourgault-Côté