Trudeau imite encore ses adversaires

Justin Trudeau et son équipe se sont arrêtés dimanche à Brampton, dans la grande région de Toronto, pour rencontrer des familles ontariennes.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Justin Trudeau et son équipe se sont arrêtés dimanche à Brampton, dans la grande région de Toronto, pour rencontrer des familles ontariennes.

Décidément, les libéraux prennent goût à emprunter aux conservateurs leurs politiques fiscales et à y apporter quelques modifications pour, à leur avis, les améliorer. Après avoir imité les troupes d’Andrew Scheer en promettant un répit d’impôt pour les nouveaux parents, les libéraux leur emboîtent à nouveau le pas, cette fois en proposant de réduire l’impôt de base payé par à peu près tous les contribuables. Et encore une fois, les libéraux plaident que leur mesure sera plus équitable que celle des conservateurs.

Alors qu’il était de passage dans la grande région de Toronto, le chef libéral, Justin Trudeau, a promis que, s’il est reporté au pouvoir, il augmentera le « montant personnel de base ». Ce montant constitue le seuil à partir duquel un contribuable commence à payer de l’impôt. Il était de 11 809 $ en 2018 et augmente chaque année pour tenir compte de l’inflation. Il devrait atteindre environ 13 000 $ en 2023. Les libéraux proposent d’accélérer l’augmentation pour que ce montant atteigne plutôt 15 000 $ à cette date. Cela représenterait une économie fiscale d’environ 290 $ par année pour quiconque gagne 15 000 $ ou plus.

Les libéraux ne veulent toutefois pas que les contribuables les plus aisés profitent de ce répit. Ceux qui gagnent plus de 210 000 $ annuellement ne toucheraient donc pas un sou de plus, tandis que ceux gagnant entre 147 000 $ et 210 000 $ recevraient la moitié de la somme consentie aux autres. Au final, les libéraux prédisent que cette baisse d’impôt priverait le Trésor de 5,6 milliards de dollars par année une fois entièrement mise en place.

Les libéraux se vantent d’offrir une baisse d’impôt plus équitable que la conservatrice. « Contrairement aux conservateurs, les libéraux ne donneront pas une baisse d’impôt aux 1 % les plus riches, parce que nous croyons dans le fait d’aider les familles qui en ont besoin pour vrai, a lancé M. Trudeau. Andrew Scheer pense que des familles aisées comme la sienne ou la mienne devraient avoir un répit. Nous ne sommes pas d’accord. »

Andrew Scheer a proposé dimanche dernier de ramener de 15 % à 13,75 % le taux d’imposition s’appliquant aux revenus inférieurs à 48 000 $, pour un gain maximal d’environ 440 $ par année par particulier. Quiconque touche des revenus plus élevés encaisserait aussi cette économie maximale, d’où l’accusation libérale d’iniquité.

« Une personne qui gagne 40 000 $ recevra moins qu’une personne qui gagne 400 000 $», a dénoncé le Parti libéral dans sa documentation. C’est effectivement vrai, mais trompeur. Il serait plus juste d’écrire qu’une personne gagnant 40 000 $ recevra moins qu’une personne gagnant 48 000 $. Au-delà de ce niveau de revenu, l’économie demeurerait la même.

Contrairement aux conservateurs, les libéraux ne donneront pas une baisse d’impôt aux 1% les plus riches parce que nous croyons dans le fait d’aider les familles qui en ont besoin pour vrai

Andrew Scheer a d’ailleurs fait valoir que ce sont ceux qui gagnent moins de 48 000 $ qui « en tireront le plus grand avantage, proportionnellement ». Il n’en demeure pas moins qu’il faudrait gagner 48 000 $ ou plus pour profiter pleinement du répit conservateur contre seulement plus de 15 000 $ pour le libéral. La mesure conservatrice coûterait presque le même prix que la libérale, soit 5,9 milliards de dollars en 2023. Tout comme les conservateurs, les libéraux n’ont pas encore indiqué où ils iront chercher cet argent.

Imiter le NPD aussi

Justin Trudeau n’a pas qu’emprunté au Parti conservateur, dimanche. Il s’est inspiré du NPD pour promettre lui aussi une réduction des prix des forfaits de téléphonie cellulaire. « Les Canadiens ne devraient pas avoir à choisir entre avoir un téléphone cellulaire et chauffer leur maison », a-t-il lancé. Il promet une réduction de 25 %.

En coulisses, les libéraux expliquent vouloir donner une directive au CRTC pour amener celui-ci à ordonner aux géants des télécommunications (Rogers, Telus, Bell) de louer à meilleur prix leurs infrastructures aux autres joueurs de taille intermédiaire qui n’en possèdent pas, appelés dans le jargon les exploitants de réseaux mobiles virtuels (ERMV). Si cela ne se traduit pas par une baisse de 25 % des prix facturés aux consommateurs, Ottawa envisagerait alors d’assouplir les règles pour se qualifier comme un ERMV. Cela augmenterait le nombre de joueurs et engendrerait plus de compétition, espère-t-on. Le NPD, lui, a proposé la semaine dernière que le CRTC fixe des prix plafond en se basant sur la moyenne des prix pratiqués dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques.

Les libéraux pensent que leur solution est plus réaliste. « On envisage une solution du marché en augmentant la compétition alors que la solution proposée par le NPD n’est pas applicable car elle nécessite que le CRTC étudie chaque forfait disponible sur le marché. Ce n’est pas réaliste », plaide un stratège libéral.

John Lawford, directeur et avocat du Centre pour la défense de l’intérêt public, reconnaît que c’est vrai, mais souligne que le plan libéral nécessite lui aussi l’établissement d’un prix de référence. « Sur quel prix se basera-t-on, demande-t-il, pour déterminer s’il y a eu baisse de 25 % ou non ? »