L’affaire du «blackface» s’efface un peu

L’affaire Trudeau-Aladin a été abondamment commentée aux États-Unis — et ailleurs dans le monde.
Photo: John Woods Getty Images Agence France-Presse L’affaire Trudeau-Aladin a été abondamment commentée aux États-Unis — et ailleurs dans le monde.

Après avoir complètement monopolisé la campagne électorale jeudi, le dossier des blackfaces de Justin Trudeau s’est quelque peu effacé des débats vendredi. Ce qui n’a pas empêché le président américain, Donald Trump, d’ajouter son grain de sel.

Interrogé par les médias, M. Trump s’est dit « surpris » de découvrir que son vis-à-vis canadien s’était prêté à la pratique du blackface, et « encore plus surpris du nombre de fois » où M. Trudeau s’est peint le visage en noir. « J’ai toujours eu une bonne relation avec Justin… je ne sais pas quoi vous dire, mais j’ai été surpris de voir ça. »

L’affaire Trudeau-Aladin a été abondamment commentée aux États-Unis — et ailleurs dans le monde. Mais quand Justin Trudeau s’est fait demander vendredi s’il craignait que cette histoire nuise à sa réputation à l’international, il a répondu que ses préoccupations n’étaient pas là.

« Mon attention aujourd’hui est sur les Canadiens minoritaires qui sont discriminés à cause de leur identité, tous les jours, a-t-il dit en conférence de presse depuis Toronto. Des gens qui sont victimes d’intolérance, que j’ai blessés avec mes choix du passé. Je m’en excuse profondément et je m’engage à continuer à être un allié et à travailler contre l’intolérance et la discrimination. »

Le chef libéral a autrement précisé que la vidéo qui a été diffusée jeudi — et qui constitue la troisième manifestation de blackface de sa part — témoigne d’un « incident » qui s’est passé durant un été, entre 1992 et 1994.

« Je travaillais comme guide de rivière sur la rivière Rouge au Québec, c’était une journée de déguisement. »

Ses adversaires politiques n’ont pas abordé l’enjeu d’eux-mêmes vendredi, mais ils avaient néanmoins encore des choses à dire sur le sujet. « Je crois que les Canadiens auraient pu être capables d’accepter ses excuses s’il avait été ouvert et transparent dès le départ, et s’il n’avait pas menti quand il a eu l’occasion [de tout clarifier] », a souligné aux médias le chef conservateur, Andrew Scheer.

« Je pense que les gens sont très préoccupés par son hypocrisie, et le fait qu’il semble y avoir des règles spéciales pour Justin Trudeau, et d’autres règles pour tout le monde. » M. Scheer a essentiellement répété cette réponse quand il lui a été demandé pourquoi il ne s’excusait pas lui-même pour des commentaires passés sur le mariage gai.

Le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, a pour sa part révélé que le bureau de M. Trudeau a contacté le sien pour que les deux politiciens puissent avoir une conversation sur cet enjeu, et pour que le chef libéral s’excuse personnellement. M. Trudeau a passé une partie de la journée de jeudi à passer ce genre d’appels auprès de différents leaders et organisations.

M. Singh a souligné être prêt à discuter, mais cette conversation sera « privée », a-t-il dit. Il a autrement réitéré qu’à son avis, il y a deux Justin Trudeau « différents » — l’un ouvert en public, et l’autre intolérant en privé.