De vieilles photos mettent Justin Trudeau dans l’embarras

La photo montre M. Trudeau vêtu d’un turban et d’une robe, avec un maquillage sombre sur les mains, le visage et le cou.
Photo: Compte Twitter du magazine Time La photo montre M. Trudeau vêtu d’un turban et d’une robe, avec un maquillage sombre sur les mains, le visage et le cou.

Le chef libéral Justin Trudeau s’est excusé pour une photo dans un album de fin d’année le montrant avec le visage couvert d’un maquillage «brun» lors d’une soirée costumée en 2001.

Dans un point de presse organisé d’urgence en Nouvelle-Écosse, mercredi soir, M. Trudeau a parlé d’une erreur à l’époque, et a dit qu’il aurait dû agir autrement.

Le magazine Time a dévoilé la photo qui, selon le média, a été publiée dans l’album de la West Point Grey Academy, une école privée de Vancouver, où Justin Trudeau a travaillé comme enseignant avant de se lancer en politique.

«J’aurais dû savoir, même à cet âge-là, que je n’aurais pas dû faire ça, mais je l’ai fait et je m’en excuse profondément», a dit M. Trudeau.

L’article parle d’un événement de gala sur le thème des «Mille et une nuits». La photo montre M. Trudeau vêtu d’un turban et d’une robe, avec un maquillage sombre sur les mains, le visage et le cou.

Le porte-parole libéral Cameron Ahmad avait confirmé, dans un courriel, qu’il s’agissait bien de Justin Trudeau sur la photo.

«C’est une photo qui a été prise en 2001, alors qu’il enseignait à Vancouver, lors d’un souper annuel costumé qui avait pour thème «Les Mille et une Nuits», a expliqué M. Ahmad dans son message.

«Il a assisté à l’événement, avec des amis et des collègues, habillé en personnage d’Aladdin.»

Un épisode de maquillage brun et deux de maquillage noir

D’autres images embarrassantes pour Justin Trudeau ont surgi jeudi matin.

Le réseau de télévision Global a diffusé une courte vidéo qui semble dater de l’adolescence du chef libéral. On l’y voit le visage et les bras maquillés de noir.

« Nous pouvons confirmer que c’est bien lui, au début des années 1990 », a déclaré une porte-parole du chef libéral en campagne électorale.

Sur la vidéo qui n’offre que des images, pas de son, on voit le jeune Trudeau qui lève les bras et ouvre la bouche.

À bord de son avion mercredi soir, le chef libéral s’est excusé pour l'épisode de 2001 et a profité de l’occasion pour admettre que lorsqu’il était étudiant au Collège Brébeuf, il s’était peint le visage en noir lors d’un spectacle, le temps de chanter un succès de Harry Bellafonte.

Une photo de cet épisode n’a pas tardé à également faire surface dans les médias.
 

Les images dites de blackface (visage noir) ont été à l’origine de plusieurs controverses ces dernières années, principalement aux États-Unis, où un certain nombre de politiciens bien en vue ont été forcés de présenter des excuses pour des photos semblables retrouvées dans des albums de finissants.

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, qui participait à une assemblée publique lorsque la nouvelle a été annoncée, a déclaré qu’il devenait de plus en plus clair que la personnalité publique de M. Trudeau n’est peut-être pas un reflet fidèle de son identité.

«Je pense qu’il doit répondre de cela», a déclaré M. Singh.

«Qui est le vrai M. Trudeau? Est-ce celui derrière des portes closes, celui que personne ne voit quand les caméras sont éteintes? Est-ce lui le vrai M. Trudeau? Parce qu’il semble de plus en plus que ce soit le cas.»

Le chef conservateur Andrew Scheer n’a pas mâché ses mots, estimant que M. Trudeau n’était «pas apte à gouverner ce pays».

«C’était raciste en 2001, et c’est raciste en 2019», a dit M. Scheer dans une brève déclaration.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’est, à sa façon, porté à la défense du chef libéral.

«Justin Trudeau a tous les défauts du monde, a déclaré M. Blanchet. Ce n’est certainement pas un grand premier ministre. Il ne se qualifie peut-être même pas pour le terme compétent, mais Justin Trudeau n’est pas un raciste.»

« Je suis profondément choqué par le racisme que l’on voit sur la photographie de Justin Trudeau », a quant à elle gazouillé la cheffe du Parti vert, Elizabeth May. « Dans cette affaire, il a échoué », ajoutait-elle.

M. Trudeau a dit qu’il avait joint au téléphone des amis et collègues pour s’excuser personnellement pour cette photo, ajoutant qu’il s’attendait à faire d’autres appels jeudi.

À l’époque, je ne pensais pas que c’était raciste, mais maintenant je reconnais que ça l’était, et je suis profondément désolé

«C’est quelque chose que je ne croyais pas être raciste à l’époque, mais aujourd’hui je reconnais qu’il s’agissait de quelque chose de raciste, et je suis profondément désolé», a affirmé le chef libéral, concernant cette soirée qui a eu lieu il y a près de 20 ans.

La photo montre M. Trudeau au côté de quatre jeunes femmes — ses mains ceinturant l’une d’entre elles — dans ce qui semble être des robes de soirée, aucune n’étant vêtue de manière aussi élaborée que M. Trudeau.

La publication de la photo par le Time a rapidement créé une onde de choc dans la campagne libérale et auprès des journalistes suivant le chef libéral dans sa tournée.

L’image constitue certainement un moment de crise pour M. Trudeau, dont la marque politique comme chef libéral et premier ministre a été forgée par des thèmes de tolérance, d’inclusion et d’harmonie culturelle.

«En même temps que je regrette ce que j’ai fait, on a aussi agi en tant que gouvernement qui a lutté contre l’intolérance, a lutté contre le racisme. On a reconnu le travail qu’il faut faire avec les différentes communautés. [...] Et je considère que j’ai été, et que je suis un allié à ces communautés, et c’est pourquoi je suis tellement déçu de moi-même», a fait valoir le chef libéral.

L’origine des blackfaces remonte au XIXe siècle, quand des comédiens blancs se grimaient le visage de noir pour imiter des esclaves noirs sur les planches de théâtres vaudevilles, dits minstrels.

L’histoire des blackfaces est inextricablement liée à celle de la répression politique et sociale des Afro-Américains. Les lois Jim Crow, un terme couramment utilisé pour désigner les lois racistes adoptées dans le sud des États-Unis entre la fin de la guerre de Sécession et le mouvement des libertés civiles de la seconde moitié du XXe siècle, tirent leur nom d’un numéro minstrel du comédien Thomas D. Rice.

Avec Le Devoir