Scheer accusé de «détourner la vérité»

Le chef conservateur, Andrew Scheer, répond aux questions de la presse, à Ottawa samedi dernier.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Le chef conservateur, Andrew Scheer, répond aux questions de la presse, à Ottawa samedi dernier.

Un gazouillis inexact, une publication Facebook erronée, des allégations contestées : le Parti conservateur et Andrew Scheer ont été contraints, ces derniers jours, de nuancer ou de rétracter carrément certaines de leurs sorties. Ce qui a mené Justin Trudeau à les accuser de « détourner la vérité ».

« Malheureusement, ce qu’on voit de la part d’Andrew Scheer et des conservateurs, c’est le genre de comportement et de déformation de la vérité qui ressemble beaucoup à ce que l’on a vu au sud de la frontière », a déploré le chef libéral, Justin Trudeau, mercredi. « Je ne crois pas que ce soit ce que souhaitent les Canadiens. C’est quelque chose auquel nous devrons tous vivement nous opposer afin de s’assurer que les débats et les désaccords entre les partis au fil de cette élection — qui sont importants pour permettre aux Canadiens de voir les perspectives différentes des candidats —, que ces débats se fassent tout en étant basés sur les faits et la réalité. »

C’est que les conservateurs d’Andrew Scheer se sont retrouvés quelques fois dans l’embarras depuis le début de la campagne électorale. Pas plus tard que mardi, l’équipe conservatrice a publié un gazouillis sur Twitter clamant que la GRC venait de confirmer que Justin Trudeau fait l’objet d’une enquête formelle pour l’affaire SNC-Lavalin.

Le hic, c’est que c’était faux. La commissaire de la GRC, Brenda Lucki, a tenu une conférence de presse sur un autre sujet mardi et a été interrogée sur ce dossier. La commissaire a refusé de commenter cette situation, en affirmant simplement que la police fédérale « prend toutes les enquêtes très au sérieux et les mène à fond ». Le Parti conservateur y a vu la confirmation qu’une de ces enquêtes portait sur le chef libéral. Mais à la suite du gazouillis du parti, la GRC a rapidement précisé que la réponse de la commissaire se voulait d’ordre général. Le PPC a supprimé son gazouillis.

Idem pour une publication Facebook partagée par l’équipe de campagne d’une candidate de la région de Vancouver. Une photo de l’humoriste anglophone Rick Mercer a été publiée sur leur page, adjointe d’une citation de sa part sommant les jeunes de se prévaloir de leur droit de vote. Mais plutôt que d’appeler simplement les jeunes à « voter », la citation les invitait maintenant à « voter conservateur ». « Ce n’est pas vrai. C’est complètement falsifié. Cessez cela svp », a imploré sur Twitter M. Mercer, un humoriste bien connu qui est en quelque sorte l’équivalent de Jean-René Dufort au Canada anglais.

Photo: source Twitter

Dans le premier cas, le Parti conservateur argue qu’il a simplement mal compris les propos de la GRC et corrigé le tir. Dans le second, il rétorque que le coupable a quitté l’équipe de campagne de Burnaby-Nord.

M. Scheer s’était cependant aussi fait critiquer avant même que ne débute la campagne électorale en insinuant, encore là sur Twitter, qu’un pédophile meurtrier pourrait immigrer du Royaume-Uni au Canada. Le chef conservateur a partagé un article du Daily Mail le suggérant et profité de l’occasion pour sommer Justin Trudeau de garantir qu’il ne laisserait pas entrer le criminel au pays. Le ministère de l’Immigration a précisé depuis qu’un dossier criminel rend tout requérant non admissible au Canada. Mais le gazouillis de M. Scheer demeure néanmoins toujours en ligne, deux semaines plus tard.

Fausses politiques

Andrew Scheer répète aussi dans ses discours et ses points de presse que les libéraux ont fait augmenter les impôts de 80 % des Canadiens. Le chef conservateur se base sur une étude de l’Institut Fraser qui évaluait les conséquences des modifications de la grille d’imposition fédérale et de l’abolition de crédits d’impôt par les libéraux. Plusieurs économistes ont toutefois noté que l’allocation canadienne pour enfants — dont ne tient pas compte l’Institut Fraser — vient compenser ces fluctuations et laisser plus d’argent dans les poches des Canadiens. Nonobstant, M. Scheer persiste à accuser son rival libéral d’avoir alourdi le fardeau fiscal.

Les conservateurs répètent en outre que le Parti libéral a l’intention d’imposer comme un gain en capital les profits tirés de la vente d’une résidence principale. Là encore, les troupes de Justin Trudeau scandent que c’est faux, que l’idée a simplement été évoquée lors de consultations de citoyens, mais aussitôt rejetée.

« Ce n’est pas parce que Justin Trudeau affirme qu’il va faire quelque chose qu’il va réellement le faire. On ne peut pas lui faire confiance », réplique sans relâche Andrew Scheer, chaque fois qu’il se fait demander pour quelle raison il persiste à propager de telles allégations.