La bataille des bleus

Yves-François Blanchet a lancé mercredi sa campagne électorale, espérant profiter des mêmes vents qui ont permis à la CAQ de rafler une majorité de sièges en octobre dernier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Yves-François Blanchet a lancé mercredi sa campagne électorale, espérant profiter des mêmes vents qui ont permis à la CAQ de rafler une majorité de sièges en octobre dernier.

Si les libéraux de Justin Trudeau dominent largement dans les sondages au Québec, le Bloc québécois et le Parti conservateur ambitionnent tout de même chacun de faire des gains. Et pour y arriver, tous deux cherchent à se coller à la Coalition avenir Québec (CAQ). Contexte.

Yves-François Blanchet a lancé mercredi sa campagne électorale fédérale en regardant vers… le Parlement de Québec. Parce qu’il y a là, selon lui, « un gouvernement qui, pour la première fois depuis longtemps, affiche un nationalisme décomplexé qui, il faut le dire, fait du bien ».

Le sous-texte était plutôt limpide : le Bloc québécois espère profiter des mêmes vents qui ont permis à François Legault de rafler une majorité de sièges en octobre dernier. « Ce que le Québec veut, le Bloc le veut », répète-t-on ainsi chez les bloquistes.

Sauf qu’ils ne sont pas les seuls bleus fédéraux à vouloir se coller aux bleus québécois : il faut aussi compter les conservateurs dans ce portrait monochrome.

Les troupes d’Andrew Scheer ont en effet dans leur mire des circonscriptions où la CAQ a cimenté son succès. Entre un océan et l’autre, c’est d’ailleurs à Trois-Rivières que le chef Andrew Scheer a choisi de lancer sa campagne mercredi.

Les conservateurs présents au Parc portuaire ne cachaient pas les intentions du parti : cette circonscription (aussi visitée par Justin Trudeau vendredi) est « prenable ». Parce que les sondages montrent que le député sortant, le néodémocrate Robert Aubin, aura fort à faire pour conserver son siège ; parce que les conservateurs ont recruté un candidat vedette — l’ancien et très coloré maire Yves Lévesque ; et parce que nous sommes là en plein territoire caquiste.

« En terme de sièges, réalistement, on peut aller en chercher entre 20 et 25 au Québec », soutenait en marge de l’événement le député Pierre Paul-Hus, qui se représente dans Charlesbourg–Haute-Saint-Charles. « Je pense à la Mauricie notamment, mais il n’y a pas de raison pour que les appuis du Parti conservateur soient concentrés dans la région de Québec. »

« On pense être capable de faire des percées jusque sur l’île de Montréal, comme la CAQ a réussi à faire », disait aussi ce printemps le lieutenant québécois des conservateurs, Alain Rayes, en entrevue à La Presse canadienne. « La CAQ a vu aussi les mêmes choses que nous, et peut-être que nos chemins se croisent présentement ».

Si les troupes d’Andrew Scheer dominent assurément le vote dans la région élargie de Québec, les bloquistes fondent beaucoup d’espoirs dans le 450 — un réservoir d’appuis caquistes.

Des liens

Dans les coulisses conservatrices, on fait valoir que, même si les formations sont idéologiquement différentes — les conservateurs se situent plus à droite que la Coalition avenir Québec (CAQ) sur l’échiquier, tant sur le plan économique que social (sans compter la question pétrolière) —, elles partagent aussi des intérêts communs.

Andrew Scheer l’illustre par la perspective d’un rapport d’impôt unique, alors que Pierre Paul-Hus met de l’avant que le Parti conservateur du Canada (PCC) « est le seul parti fédéral qui appuie ouvertement le projet de troisième lien à Québec ». Plus globalement, on notera une phrase que martèle M. Scheer et qui rappelle étrangement le credo de François Legault : « Nous mettrons plus d’argent dans vos poches afin que vous amélioriez votre quotidien. »

« C’est sûr qu’on a des atomes crochus », concède Gérard Deltell, qui a été député adéquiste et caquiste de 2008 à 2015 avant de se faire élire à Ottawa comme conservateur. « Je suis un gars de banlieue, je suis un gars de droite et fier de l’être, tout en étant Québécois, Canadien et fier de l’être ». M. Deltell n’est pas le seul caquiste-conservateur notoire : le ministre des Finances, Eric Girard, a été candidat pour Stephen Harper en 2015.

Mais les liens entre le Bloc québécois et la CAQ sont également nombreux. Géographiquement, on remarque que neuf des dix députés du Bloc occupent des circonscriptions représentées par des caquistes à Québec. De même, on ne compte plus le nombre d’attachés et de conseillers politiques issus du Bloc et gravitant au sein du gouvernement Legault.

Le candidat dans Lévis pour le Bloc, Sébastien Bouchard Thivierge a travaillé pour la campagne de la CAQ en 2018. Il estime aujourd’hui que le Bloc Québécois « est le meilleur ambassadeur du gouvernement nationaliste qu’on a en ce moment » à Québec. La CAQ n’a pas que des nationalistes en son sein, ajoute-t-il : il y a là aussi des indépendantistes.

Dans ce contexte, l’un des thèmes marquants de la première semaine de campagne — la possible contestation de la Loi sur la laïcité devant la Cour suprême, de même que la sortie de François Legault pour demander aux partis fédéraux de ne pas intervenir — a fait l’affaire des deux formations.

Alors que Justin Trudeau garde ouverte la porte à une éventuelle contestation, Andrew Scheer a profité de son premier point de presse pour dire que « jamais » un gouvernement conservateur n’empruntera cette direction. La position du Bloc dans ce dossier est connue depuis longtemps et Yves-François Blanchet a réitéré ses critiques envers le chef libéral.

« Si le débat porte sur la loi 21, ça fait toute une poignée pour Yves-François Blanchet », estime le sondeur Youri Rivest, de la firme Synopsis. « Il a besoin d’un cheval de bataille, d’une cause ». Dit autrement : une « histoire » pour justifier la présence du Bloc comme « rempart » des lois québécoises face au fédéral, mentionne M. Rivest.

La campagne permettra de voir jusqu’à quel point ce thème restera un sujet de discussion — le camp Trudeau fait le pari que ce ne sera pas un facteur marquant.

Les libéraux espèrent plutôt que les décisions des derniers mois paieront. Le gouvernement a pris soin de sa relation avec le gouvernement caquiste et réglé plusieurs dossiers litigieux : nomination des juges de la Cour suprême, financement du tramway, entente sur la formation de la main-d’oeuvre, versement de 250 millions pour les demandeurs d’asile, etc.

Un autre élément est à ne pas négliger dans ce portrait : d’après les chiffres internes de la CAQ, les appuis caquistes se répartissent essentiellement en trois parts égales entre libéraux, bloquistes et conservateurs… Comme quoi la lutte pour les votes bleus caquistes comptera aussi sur les rouges.

1 commentaire
  • Nicole Delisle - Abonné 14 septembre 2019 13 h 37

    Votons pour ceux qui veulent vraiment travailler pour les québécois!

    Le choix du Québec est assez limité si on ne veut pas d’un parti en contradiction avec nos valeurs profondes. Le pétrole, la contestation du projet sur la laïcité, le débat sur l’avortement, les mesures de rigueur ou d’austérité, les belles promesses non tenues, le recul sur l’environnement, nous n’en voulons pas! Alors, soyons logiques et votons pour le seul parti qui nous veut vraiment du bien, votons pour le Bloc québécois. Derrière les promesses des autres se cachent des intentions qui profiteront peut-être aux
    autres canadiens mais qui seront désastreuses pour les québécois. Ne nous laissons pas amadouer si
    facilement. Il est temps plus que jamais de rester debout et de dire non à des reculs importants pour notre
    avenir! Restons distincts et éloignons-nous des belles chimères lancées par les autres partis!