L'expulsion de Pierre Nantel cause des remous chez les néodémocrates

Accompagné de la chef Elizabeth May, Pierre Nantel a confirmé lundi qu’il portera les couleurs du Parti vert et se présentera dans Longueuil–Saint-Hubert.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Accompagné de la chef Elizabeth May, Pierre Nantel a confirmé lundi qu’il portera les couleurs du Parti vert et se présentera dans Longueuil–Saint-Hubert.

L’expulsion de Pierre Nantel du caucus du NPD crée des remous. Deux membres de son ancienne famille politique lui souhaitent d’être réélu le 21 octobre prochain, même s’il se présentera pour le Parti vert et que le NPD entend lui opposer un adversaire.

M. Nantel a confirmé lundi qu’il portera les couleurs du Parti vert et se présentera dans Longueuil–Saint-Hubert, circonscription qu’il représentait depuis 2011 pour le NPD. Les néodémocrates ont expulsé M. Nantel vendredi après avoir appris qu’il négociait avec Elizabeth May son passage chez les verts. Il agit depuis à titre de député indépendant.

Lundi, l’élu a expliqué aux journalistes avoir été motivé à faire le saut par le « sentiment d’urgence » qui l’habite. Selon lui, la prochaine élection fédérale aura des allures de référendum sur fond de « crise climatique ».

« Si vous êtes pro-pétrole, vous allez probablement voter pour les libéraux ou les conservateurs. Si vous êtes pro-climat, vous allez avoir des choix », a-t-il déclaré dans un restaurant du Vieux-Longueuil. Entre le NPD, le Bloc québécois et sa nouvelle famille politique, celle-ci est « le meilleur choix » pour « rassembler tout le monde autour d’un front commun », a-t-il fait valoir. « S’il y a quelqu’un qui est rassembleur à la Chambre des Communes, c’est certainement Elizabeth May », a-t-il ajouté

Il y a trois mois à peine, M. Nantel avait obtenu du NPD le droit pour son aile québécoise d’adopter des positions distinctes au nom de la défense des intérêts du Québec. Il devait être le porte-parole de ce « parti Québec ». En entrevue, M. Nantel explique qu’il a été déçu que l’idée soit si peu exploitée et que cette déception a motivé en partie son départ. « Ce n’est pas mis de l’avant », déplore-t-il.

Elizabeth May n’a pas caché sa joie lundi de compter Pierre Nantel dans ses rangs. « C’est un leader climatique et il est l’un des députés les plus passionnés que j’aie vus à la Chambre des communes », a-t-elle noté, aux côtés de ce dernier et de son chef adjoint, Daniel Green.

Des appuis

Pierre Nantel est peut-être transfuge, mais il semble que des collègues néodémocrates souhaitent quand même sa réélection.

C’est le cas du député Robert Aubin, qui occupait même jusqu’en février dernier le poste de président du caucus québécois du parti. « Le chef adjoint Québec, la ligne de parti Québec et la coalition environnementale transpartisanne, c’est toi ! a écrit M. Aubin sur Facebook. J’espère qu’on sera réélu tous les deux pour la mettre en pratique. »

En entrevue avec Le Devoir, M. Aubin a soutenu qu’il était encore néodémocrate et qu’il militerait pour l’élection de l’éventuel candidat du NPD contre M. Nantel. « Pierre Nantel est un ami de longue date. Je ne lui veux pas de mal. Évidemment, je vais militer pour notre candidat ou notre candidate, quand il ou elle sera nommé(e). Si la population choisissait de réélire Pierre Nantel pour le travail qu’il a fait au cours des huit dernières années, je serais heureux de travailler avec Pierre Nantel. »

La rapidité avec laquelle le NPD a rompu les liens avec Pierre Nantel dérange aussi dans les rangs québécois. Par exemple, l’ex-député Jonathan Tremblay a écrit sur Facebook être perplexe. « Honnêtement je ne comprends pas la décision du NPD, la peur d’avoir peur ? […] Pour le parti je ne vois aucun résultat positif à leur décision. » Monsieur Tremblay n’a pas rappelé Le Devoir. Il a aussi suggéré que M. Nantel se présente comme indépendant et offre au Parti vert et au NPD de ne pas lui opposer d’adversaire, ce qui constituerait à ses yeux « une belle porte de sortie pour tout le monde ». Mais c’était avant que M. Nantel ne confirme son passage chez les verts.

L’ex-député Alain Giguère déplore lui aussi le geste « précipité » du NPD. « Ça a l’air d’une purge », dit-il. Il rappelle que beaucoup de militants néodémocrates québécois discutent d’une fusion entre leur parti et le Parti vert et que l’expulsion rapide de M. Nantel a eu l’effet « de tuer le débat ». « Le message est clair : c’est “arrêtez de parler de fusion”. La game des verts, c’est de nous nuire en disant : “Maintenant, le troisième parti, c’est nous.” On les aide à le faire. »

Le Parti vert revoit la répartition de ses candidats

L’arrivée de Pierre Nantel a provoqué un jeu de chaises musicales parmi les candidats du Parti vert. Casandra Poitras, 21 ans, avait déjà été choisie pour représenter la circonscription de Longueuil–Saint-Hubert aux prochaines élections. Elle a depuis décidé de tenter sa chance dans le comté voisin de Longueuil–Charles-Lemoyne, où Sabrina Huet-Côté, autre candidate, a choisi de se tourner vers la circonscription de Saint-Hyacinthe.