Des acteurs étrangers pourraient amplifier l’extrémisme en vue des élections fédérales

«Le scénario le plus plausible [...] sera probablement des campagnes de désinformation qui minent la cohésion sociale en amplifiant les discours extrémistes et en discréditant les dirigeants», indique le rapport.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Le scénario le plus plausible [...] sera probablement des campagnes de désinformation qui minent la cohésion sociale en amplifiant les discours extrémistes et en discréditant les dirigeants», indique le rapport.

Un rapport d’organismes internationaux indique que le Canada a pris des mesures « louables » pour protéger les élections fédérales de l’automne prochain contre toute ingérence étrangère, mais qu’il pourrait en faire plus.

Le rapport indique notamment que le Canada doit en faire davantage pour réglementer les géants des médias sociaux : il devrait imposer d’« importantes sanctions » à ceux qui ne contrôlent pas les « fake news » et autres formes de désinformation. Ces sanctions pourraient même inclure une peine d’emprisonnement pour les dirigeants d’entreprises qui ne se conforment pas aux règles imposées, soutient-on.

Ce rapport fait partie d’une série d’évaluations conduites dans plusieurs pays pour la Fondation de l’Alliance des démocraties par le Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale et la Commission transatlantique sur l’intégrité des élections.

Ces organismes non partisans ont mené des études similaires avant les élections dans d’autres pays, y compris la campagne présidentielle de 2020 aux États-Unis, alors que de plus en plus de preuves s’accumulent pour démontrer de l’ingérence étrangère lors des derniers scrutins en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Les chercheurs rappellent que le Canada a imposé des sanctions à la Russie, qu’il a irrité passablement l’Arabie saoudite en critiquant son bilan en matière de droits de la personne, et qu’il se trouve au coeur d’une guerre diplomatique avec la Chine à la suite de l’arrestation de la dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, à la demande des États-Unis.

Compte tenu de ces différends et du fait que le Canada est membre de l’OTAN et de l’alliance de partage de renseignement « Five Eyes », le rapport conclut qu’il est probable que des adversaires étrangers chercheront à s’immiscer dans les élections fédérales d’octobre pour défendre leurs propres intérêts, nuire à la réputation du Canada ou saper la démocratie dans ce pays.

Oléoducs, immigration

« Le scénario le plus plausible, pour les élections fédérales canadiennes de 2019, sera probablement des campagnes de désinformation qui minent la cohésion sociale en amplifiant les discours extrémistes et en discréditant les dirigeants », indique le rapport.

On note qu’il existe déjà des preuves reliant la Russie, l’Iran et le Venezuela à des comptes Twitter utilisés pour exacerber au Canada les points de vue extrémistes sur des questions litigieuses comme les oléoducs et l’immigration.

Le rapport félicite le gouvernement libéral de Justin Trudeau d’avoir pris des mesures pour protéger le Canada de l’ingérence étrangère, notamment en interdisant aux groupes de pression d’utiliser des fonds étrangers pour financer des campagnes publiques lors des élections et en obligeant les entreprises de médias sociaux à tenir un registre de toutes les publicités politiques publiées sur leurs plateformes.

De plus, le gouvernement a créé un nouveau groupe de travail réunissant le Service canadien du renseignement de sécurité, la Gendarmerie royale du Canada, le Centre de la sécurité des télécommunications et Affaires mondiales, afin d’identifier et de contrer les tentatives d’ingérence lors des élections. Il a aussi mis en place un Protocole public en cas d’incident électoral majeur, un « processus impartial, simple et clair par lequel les Canadiens devraient être avertis d’une menace à l’intégrité des élections générales de 2019 ».

Le rapport suggère toutefois que le seuil à partir duquel le groupe d’experts devrait prévenir la population est peut-être trop élevé. « Le temps est venu pour les démocraties attaquées d’appeler leurs agresseurs par leur nom, lit-on dans le rapport. Il semble peu utile et d’aucun intérêt de demeurer discret si un service de renseignement dispose d’informations fiables sur le pays qui est la source de l’ingérence. »