Les différends se multiplient entre le Canada et les États-Unis

En conférence de presse, le vice-président américain, Mike Pence, et le premier ministre canadien, Justin Trudeau, n’ont pas caché leurs désaccords sur un certain nombre de sujets. M. Pence a effectué une visite-éclair à Ottawa jeudi.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne En conférence de presse, le vice-président américain, Mike Pence, et le premier ministre canadien, Justin Trudeau, n’ont pas caché leurs désaccords sur un certain nombre de sujets. M. Pence a effectué une visite-éclair à Ottawa jeudi.

Le vice-président américain Mike Pence était venu au Canada pour faire avancer le nouvel ALENA. Mais la discussion aura finalement bifurqué sur quelques différends. De l’avortement à l’entreprise chinoise Huawei, en passant par le sort du Venezuela, Mike Pence et Justin Trudeau ont dû admettre leurs désaccords.

Le premier ministre canadien avait prévenu, mercredi, qu’il soulèverait l’enjeu de l’avortement avec Mike Pence. Et il n’a pas reculé lors de leur rencontre bilatérale jeudi à Ottawa.

« J’ai souligné au vice-président la préoccupation de bien des Canadiens quant à l’adoption de nouvelles lois anti-choix dans plusieurs États américains », a relaté Justin Trudeau en point de presse, aux côtés de son collègue. « J’ai exprimé que nous sommes un gouvernement qui va toujours se tenir debout pour le libre-choix des femmes et que nous sommes préoccupés par la situation par rapport aux droits des femmes. Ce fut une conversation cordiale. Mais on a évidemment des perspectives très différentes sur le sujet. »

Le vice-président ne s’est en effet pas excusé de ses positions antiavortement. Bien au contraire. « L’un des avantages de notre relation, c’est que nous pouvons être candides l’un avec l’autre », a-t-il commenté. « Mais permettez-moi d’être clair : je suis très fier de faire partie d’un gouvernement pro-vie. Et notre gouvernement a pris des mesures pour défendre le caractère sacré de la vie, à la maison et à l’étranger. […] Le président Donald Trump, notre gouvernement et moi-même défendrons toujours le droit à la vie. »

Photo: Justin Tang La Presse canadienne Mike Pence (au centre) a visité un cimetière militaire à Ottawa en compagnie du ministre canadien des Anciens combattants, Lawrence MacAuley (à sa droite).

Soit, mais le vice-président ne voit-il pas les propos du premier ministre comme de l’ingérence mal placée dans les affaires internes des États-Unis ? « Écoutez, les amis peuvent avoir des différences d’opinions tout en demeurant amis », a poliment rétorqué M. Pence.

Le vice-président s’est en revanche permis à son tour de sermonner le Canada dans le dossier de Huawei. Les États-Unis ont sommé leurs alliés d’interdire à l’entreprise de télécommunications chinoise de participer à l’élaboration de la prochaine génération de réseau cellulaire 5G. Pour l’instant, seule l’Australie a emboîté le pas aux Américains.

« Nous avons été clairs avec le Canada et avec tous nos alliés. Nous considérons que Huawei est incompatible avec les intérêts liés à la sécurité des États-Unis ou celle de nos alliés », a-t-il tranché, en rappelant que la loi chinoise permet au gouvernement de la Chine d’avoir accès aux informations et aux données récoltées par ses compagnies comme Huawei.

Justin Trudeau a à son tour rejeté les remontrances de son collègue. Le Canada n’a toujours pas décidé s’il laisserait Huawei contribuer à la construction du réseau 5G au pays. Le gouvernement répète régulièrement qu’il consulte ses experts en matière de sécurité nationale, d’intelligence et de communications. « Les choix que nous allons faire seront basés sur les faits et non sur des considérations politiques », a tranché le premier ministre.

La conférence de presse des deux hommes a en outre révélé que les États-Unis et le Canada ne logent pas à la même enseigne quant au rôle que peut jouer Cuba dans la crise démocratique qui déchire le Venezuela. Alors que Mike Pence a dénoncé « l’influence maligne de Cuba au Venezuela », Justin Trudeau a plaidé que Cuba avait « le potentiel de jouer un rôle très positif pour le bien-être et la future stabilité du Venezuela ». Les États-Unis allèguent que Cuba a déployé des milliers de soldats dans le pays, qui y soutiennent le régime du président Nicolas Maduro. Cuba rétorque que ce sont de simples travailleurs humanitaires.

L’ALENA au menu

Cette première visite du vice-président américain au Canada portait cependant surtout sur le libre-échange entre le Canada et son voisin du sud et la signature du nouvel accord entre les deux pays et le Mexique. M. Trudeau a déposé cette semaine un projet de loi pour le ratifier. Malgré l’impasse sur le sujet entre les républicains et les démocrates à Washington, M. Pence a martelé qu’il avait confiance que le nouvel ALENA allait être ratifié au sud de la frontière cet été.

« J’ai assuré au premier ministre que le président et moi-même sommes déterminés à travailler avec les membres du Congrès et le leadership pour faire progresser l’accord », a fait valoir M. Pence en point de presse. « Nous demeurons persuadés que l’accord recevra un large soutien au Congrès. » Le gouvernement Trump a justement lancé le processus de ratification jeudi, pour y envoyer prochainement le texte du nouveau traité.

Justin Trudeau a tenté de prêter main-forte à ses vis-à-vis et de convaincre les démocrates des bénéfices du nouvel accord, en citant les clauses sur des enjeux progressistes comme l’environnement et les droits des travailleurs. « Nous espérons que les démocrates américains comprendront qu’il s’agit d’améliorations importantes sur des enjeux auxquels ils tiennent, tout comme les libéraux canadiens. »

Le vice-président Pence a par ailleurs réitéré l’appel des États-Unis pour la libération des deux Canadiens détenus en Chine depuis l’arrestation de la dirigeante de Huawei, Meng Wanzghou, à Vancouver en décembre. « Nous savons que vous ne serez pas intimidés par ce genre de tactiques coercitives. Et nous non plus », a-t-il assuré au premier ministre Trudeau.

Bien que les deux hommes aient insisté sur le fait que la relation Canada-États-Unis est en bonne posture, la visite du vice-président a permis de rappeler que le président Donald Trump n’a quant à lui toujours pas effectué de visite officielle au Canada — outre son rapide passage au G7 de Charlevoix — depuis son élection.

Avec Hélène Buzzetti