Première étape vers la ratification du nouvel Aléna

Le premier ministre Justin Trudeau a assuré qu’il ne plierait pas son échéancier à celui des Américains.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau a assuré qu’il ne plierait pas son échéancier à celui des Américains.

Le gouvernement canadien a mis en marche le processus législatif de ratification de la nouvelle version de l’ALÉNA. Mais on ne sait toujours pas quand ce processus aboutira. Une motion de voies et moyens a été adoptée mardi après-midi à la Chambre des communes en attendant le dépôt du projet de loi sur la ratification de l’accord dont l’avis a été donné lundi.

Il reste moins de quatre semaines aux travaux législatifs à Ottawa avant le congé estival qui mènera à la campagne électorale de l’automne. Les travaux du prochain Parlement ne devraient pas être entamés avant novembre.

À son arrivée au bureau mardi matin, le premier ministre Justin Trudeau a assuré qu’il ne plierait pas son échéancier à celui des Américains. «Pas du tout», a-t-il d’abord répondu aux journalistes qui l’attendaient à sa porte, tout en demeurant flou sur la date de ratification canadienne de l’accord. «On est en train de regarder le temps que ça va prendre pour les Américains, pour les Mexicains, pour nous. Et on va travailler avec les Américains pour arriver au bon endroit, au bon moment», a-t-il dit.

Quelques minutes plus tard, son ministre des Finances, se présentant à la réunion hebdomadaire du conseil des ministres, s’est montré plus candide. «Mais bien sûr nous devons attendre le processus aux États-Unis», a déclaré le ministre Bill Morneau. «Nous voulons être prêts pour pouvoir ratifier dans un échéancier qui soit cohérent avec l’échéancier américain», a-t-il ajouté en anglais.

Celle qui gère les travaux aux Communes n’a pas pu dire s’il reste assez de temps pour une ratification. «Ici, n’importe quoi peut arriver», a souri Bardish Chagger, leader parlementaire du gouvernement. Une ratification avant la fin des travaux prévue le 21 juin? «Je ne sais pas. Ça fera partie de l’excitation à venir», a-t-elle répondu.

Une ratification américaine imprévisible

L’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) exige la ratification des trois pays pour entrer en vigueur. Chez les voisins américains, le président Donald Trump et les démocrates qui contrôlent l’ordre du jour à la Chambre des représentants se querellent au sujet de cet accord. Impossible de prédire le moment de sa ratification américaine.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, est sortie de la réunion du cabinet mardi midi avec l’ambassadeur canadien à Washington, soulignant qu’on venait de discuter à cette réunion de la ratification du nouvel ALÉNA. Mme Freeland n’avait pas plus de dates à offrir que ses collègues ministres.

L’ambassadeur David MacNaughton, lui, a dit croire qu’il y a encore «une chance raisonnable» que le Congrès américain ratifie l’accord avant la pause d’été qui commence fin juillet à Washington. «Nous verrons comment les choses évoluent», a dit l’ambassadeur, ajoutant qu’il avait rencontré plusieurs politiciens démocrates pour leur parler du nouvel ALÉNA. Il a de plus souligné qu’il serait «inapproprié» pour le Canada de «trop intervenir».

La résistance démocrate au sud de la frontière était reprise en écho par les néo-démocrates à Ottawa durant la période des questions de mardi après-midi. «Le nouvel ALÉNA est plein de lacunes», a lancé Karine Trudel, citant entre autres un manque de protection pour les droits des travailleurs et une augmentation possible du prix des médicaments. «Pourquoi les libéraux ne corrigent-ils pas ces lacunes plutôt que de précipiter la ratification?», a-t-elle demandé.

La réplique de la ministre Freeland a pris la forme d’une mise en garde contre l’ouverture d’une «boîte de Pandore». «Le NPD serait naïf de penser que la réouverture de cet accord serait bénéfique pour les Canadiens», a lancé la ministre qui a négocié l’entente.

Les néo-démocrates, tout comme les députés bloquistes et verts, ont voté contre la motion de voies et moyens qui ouvre une première porte à la ratification. Le vote de mardi après-midi s’est soldé par 255 voix contre 47, les conservateurs et les indépendants s’étant rangés avec le gouvernement libéral.

Jeudi, le vice-président Mike Pence sera en visite à Ottawa. Une discussion sur la ratification de l’accord est à l’ordre du jour.