Déficit stable, mais dette en hausse pour le gouvernement fédéral

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a affiché un déficit budgétaire de 19 milliards de dollars pour l’exercice annuel terminé le 31 mars 2018. Ce déficit est légèrement inférieur à la prévision de 19,4 milliards avancée par le ministre des Finances, Bill Morneau.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a affiché un déficit budgétaire de 19 milliards de dollars pour l’exercice annuel terminé le 31 mars 2018. Ce déficit est légèrement inférieur à la prévision de 19,4 milliards avancée par le ministre des Finances, Bill Morneau.

Le gouvernement de Justin Trudeau n’aura fait ni mieux ni pire que prévu.

Son déficit pour l’année 2017-2018, enfin compilé, est à peu près identique aux prévisions. Mais une modification des méthodes de calcul des régimes de pension de ses fonctionnaires l’oblige à inscrire 20,1 milliards de dollars de plus à sa dette.

Une simple écriture comptable, mais qui expose politiquement le gouvernement à bien des critiques.

Le vérificateur général du Canada avait indiqué au gouvernement, en 2014, que ses calculs actuariels quant à ses besoins futurs pour honorer les retraites de ses employés n’étaient pas réalistes. Ils s’appuyaient sur des taux d’intérêt trop élevés, réduisant du coup sur papier le besoin financier futur.

Le vérificateur général a officialisé sa critique en 2016-2017, ce qui a obligé le gouvernement à rectifier le tir. Et il doit le faire de manière rétroactive. Résultat : les soldes budgétaires des dix dernières années sont revus (les déficits sont amplifiés), ce qui ajoute 20,1 milliards de dollars à la dette.

Une dette représentant 31,3 % du PIB

La dette du Canada s’établit donc à 671 milliards en 2017-2018, alors qu’elle aurait été de 651 milliards autrement. La dette représente 31,3 % du PIB. « On est encore sur une pente descendante », a assuré lors d’une séance d’information un haut fonctionnaire du Conseil du Trésor qui ne peut être nommé. « C’est vraiment un exercice comptable », a-t-il ajouté.

Pour le solde budgétaire de l’année 2017-2018, qui s’est terminée le 31 mars dernier, cela ajoute quand même un demi-milliard au déficit — notamment parce qu’il faut recalculer les coûts d’intérêt.

Puisque les résultats financiers du gouvernement ont été par ailleurs plus positifs que prévu, le déficit pour 2017-2018 s’est établi à 19 milliards, soit presque exactement le montant de 19,4 milliards anticipé dans le dernier budget.

L’impact des nouveaux taux d’imposition

Par ailleurs, les chiffres dévoilés vendredi permettent de constater l’impact de l’augmentation du taux d’imposition de 29 % à 33 % pour les contribuables les plus riches.

Cette réforme était entrée en vigueur en 2016, mais avait été annoncée en 2015, ce qui avait amené plusieurs contribuables à encaisser des revenus (par exemple des dividendes) à la toute fin de 2015 afin d’éviter la surcharge fiscale. Les revenus des particuliers pour l’année 2015 avaient donc artificiellement augmenté, et ceux de 2016 avaient diminué.

L’année 2017-2018 marque le retour à la normale, estiment les fonctionnaires du ministère des Finances. Les revenus d’Ottawa en provenance de l’impôt sur le revenu des particuliers ont augmenté de 10 milliards de dollars par rapport à l’année dernière, atteignant 154 milliards.

Les fonctionnaires estiment qu’environ la moitié de cette augmentation est attribuable à l’amélioration de l’économie et l’autre moitié, à l’impôt supplémentaire perçu auprès des contribuables plus riches.

Réactions politiques

Le Parti conservateur s’est désolé une fois de plus que le gouvernement n’ait plus d’échéancier pour rétablir l’équilibre budgétaire. « Ces gens-là se sont fait élire il y a trois ans en disant qu’ils allaient retourner à l’équilibre budgétaire en 2019 », a rappelé Gérard Deltell. Le dernier budget fédéral prévoit des déficits d’ici au moins 2022-2023, oscillant entre 12 et 18 milliards de dollars selon l’année.

Le néodémocrate Alexandre Boulerice s’inquiète aussi que « les libéraux aient perdu le contrôle ». Il attribue cette incapacité de résorber le déficit à l’incapacité des libéraux de choisir entre taxer davantage « leurs amis de Bay Street et les millionnaires » et l’austérité. Au Bloc québécois, on ne fait pas grand cas du déficit. « Ça va se résorber tout seul », estime Monique Pauzé. Mais elle invite le gouvernement à maximiser ses revenus, notamment en s’attaquant aux paradis fiscaux.

À voir en vidéo