Ottawa révoque la citoyenneté honoraire d'Aung San Suu Kyi

La dirigeante myanmaraise Aung San Suu Kyi
Photo: Kham Archives Agence France-Presse La dirigeante myanmaraise Aung San Suu Kyi

Aung San Suu Kyi n’est plus citoyenne canadienne. Les élus fédéraux se sont entendus jeudi pour retirer à la leader birmane la citoyenneté honoraire qui lui avait été offerte il y a onze ans.

Justin Trudeau avait admis avoir changé d’avis, mercredi, en reconnaissant désormais que le Parlement pourrait peut-être rediscuter du bien-fondé de cette citoyenneté honoraire, qui avait été remise à la dirigeante birmane en 2007 alors qu’elle était emprisonnée à sa résidence de Rangoun. Aung San Suu Kyi a cependant été vivement critiquée depuis, les Nations Unies l’accusant de ne pas être intervenue pour protéger la minorité musulmane rohingya du Myanmar.

L’honneur symbolique a donc été révoqué. C’est un député du Bloc québécois, Gabriel Ste-Marie, qui a réclamé et obtenu le consentement unanime des Communes. « C’est un symbole fort à mon avis, a-t-il commenté. Il faut que les bottines suivent les babines. » La semaine dernière, les élus fédéraux avaient adopté à l’unanimité une autre motion, reconnaissant cette fois les crimes commis contre les Rohingyas comme étant un génocide. Un rapport de l’ONU venait de tirer cette conclusion, en blâmant en outre Mme Suu Kyi de ne pas avoir profité de son « autorité morale » pour mettre un terme aux violences dans son pays.

« Notre gouvernement a appuyé cette motion en réponse à son refus persistant de dénoncer le génocide des Rohingyas – un crime commis par l’armée du pays avec qui elle partage le pouvoir », a affirmé Adam Austen, l’attaché de presse de la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, en promettant en outre que le Canada continuerait d’offrir de l’aide humanitaire aux Rohingyas et de réclamer que les responsables de violences soient traduits en justice.

Le conservateur Erin O’Toole appuyait ce geste symbolique. « Le fait qu’elle ne soit pas intervenue et sa complicité dans ce que nous avons identifié comme étant un génocide sont certainement des raisons suffisantes pour que [la citoyenneté honoraire] soit révoquée. »

Libéraux, conservateurs et néodémocrates avaient appuyé l’idée mercredi. Mais aucun des partis ne s’était engagé à déposer la motion pour ce faire. Puisque la citoyenneté honoraire avait été octroyée à Aung San Suu Kyi par le biais d’une motion du Parlement, l’adoption d’un nouveau texte suffit pour la lui retirer immédiatement.

Le Sénat avait aussi adopté une motion pour offrir la citoyenneté honoraire à Mme Suu Kyi, en 2007. Il faudra voir si la Chambre haute la révoque à son tour — mais puisqu’il s’agit d’un titre honorifique symbolique, une motion du Sénat n’est pas indispensable, selon le bureau du premier ministre. 

C’est la première fois que le Canada retire la citoyenneté honoraire à l’un de ses récipiendaires.

Plusieurs voix avaient réclamé que ce geste soit posé, notamment celles des anciens ministres libéraux Irwin Cotler, Lloyd Axworthy et Allan Rock (qui a également été ambassadeur du Canada à l’ONU).

Aung San Suu Kyi s’est vu remettre le prix Nobel de la paix en 1991. Elle a été emprisonnée à domicile de 1990 à 2010. Elle est depuis devenue dirigeante du pouvoir civil au Myanmar, où la junte militaire mène un génocide contre les Rohingyas.