Les vétérans francophones doivent s’armer de patience

Un rapport de l’ombudsman des vétérans juge sévèrement l’inéquité de traitement entre les anglophones et les francophones.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Un rapport de l’ombudsman des vétérans juge sévèrement l’inéquité de traitement entre les anglophones et les francophones.

Les vétérans francophones doivent attendre deux fois plus longtemps que leurs collègues anglophones avant de savoir si le fédéral leur remboursera leurs dépenses en santé. Un constat « totalement injuste et inacceptable », déplore l’ombudsman des vétérans. Une situation « impardonnable », renchérissent syndicat et militants de la langue française.

En examinant les délais de traitement de quelque 1000 demandes de prestation d’invalidité, le bureau de l’ombudsman Guy Parent a découvert une iniquité : alors que les vétérans anglophones patientent en moyenne 24 semaines avant de savoir si le ministère des Anciens Combattants leur remboursera des soins de santé, les demandeurs francophones attendent quant à eux 45 semaines en moyenne — soit cinq mois de plus. L’ombudsman remarque, dans un rapport rendu public mercredi, que c’est à l’étape de la prise de décision que les demandes des francophones — environ 15 % du total — accusent un retard.

Pourtant, 18 % des infirmières et 28 % des arbitres qui étudient les dossiers sont suffisamment bilingues pour traiter les réclamations rédigées en français. « Les ressources sont en place pour répondre à la demande et, pourtant, il y a encore un écart, observe le rapport. Il n’est pas clair si les ressources en personnel sont suffisantes ou si les personnes les plus compétentes en français sont affectées en priorité aux demandes rédigées en français. »

Le bureau de l’ombudsman n’a pas pointé la cause de cette disparité. Il somme cependant le ministère de corriger la situation. Ce que promet de faire le bureau du ministre des Anciens Combattants, Seamus O’Reagan, qui a lui aussi qualifé la situation d’« inacceptable ». Son ministère promet la création de six nouveaux postes d’infirmières pour créer une «unité francophone» à Montréal qui aura pour mandat d’étudier exclusivement les demandes en français afin d'accélérer leur traitement des demandes en français.

« Suprématie anglophone »

L’Alliance de la fonction publique canadienne réclamait justement le recrutement d’employés francophones et l’offre de cours de français. Le ministre a acquiescé, mais la vice-présidente de l’AFPC, Magali Picard, s’explique mal que ce ne soit pas encore fait étant donné que le manque de services francophones pour les vétérans est connu et dénoncé depuis longtemps. « Au ministère des Anciens Combattants, la situation est pathétique, argue Mme Picard, qui y a travaillé. On parle de gens qui reviennent avec souvent des problèmes de santé aigus, et ces gens-là ne sont pas capables d’être pris en charge par le ministère. »

Les demandes de prestations d’invalidité permettent aux vétérans de faire reconnaître leurs problèmes de santé par le ministère, pour ensuite avoir accès au remboursement de divers soins. « Durant cette période d’attente [de traitement du dossier], les gens n’ont pas accès aux prestations ou aux soins de santé auxquels ils devraient accéder », explique Guy Parent.

Le président du Mouvement Québec français, Maxime Laporte, lit dans le rapport de l’ombudsman « la démonstration que le bilinguisme officiel à la canadienne est au mieux un voeu pieux, sinon une chimère puisque le fait est que les minorités francophones au Canada se trouvent systématiquement désavantagées ».

Jean-Paul Perreault, président du groupe Impératif français, trouve « horriblement révoltant » que des vétérans soient victimes d’un tel « mépris ». Une discrimination généralisée au sein de la fonction publique fédérale, argue-t-il, en l’attribuant à un « manque de volonté politique de la part du gouvernement canadien, tous partis confondus ».

Les femmes aussi

L’ombudsman des vétérans indique en outre que les demandes d’invalidité des anciennes combattantes sont traitées moins rapidement que celles de leurs collègues masculins : 32 semaines en moyenne pour les dossiers de femmes contre 28 semaines pour ceux des hommes. Là encore, Guy Parent n’a pas indiqué la cause de cet écart. Son rapport note cependant que la gravité des cas — et la vitesse à laquelle ils sont étudiés — est peut-être liée aux postes qui sont occupés à majorité par des hommes.