Vingt ans de lutte contre les mines antipersonnel

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Des soldats de l’armée syrienne transportent des mines dans la zone de la colline Bazo, dans la banlieue d’Alep.
Photo: Georges Ourfalian Agence France-Presse Des soldats de l’armée syrienne transportent des mines dans la zone de la colline Bazo, dans la banlieue d’Alep.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En vingt ans, le traité d’Ottawa a eu un impact considérable dans la lutte contre les mines antipersonnel, des armes insidieuses responsables de milliers de morts et de mutilations chaque année. Mais du travail reste à faire pour s’en débarrasser complètement et affronter de nouvelles menaces.

« Le traité d’Ottawa a été un réel succès, car il a réduit considérablement le nombre de victimes des mines antipersonnel et a favorisé l’abandon de cette arme par la plupart des États, en plus de servir d’inspiration pour des mouvements contre les bombes à fragmentation ou les armes nucléaires », soutient Erin Hunt, coordonnatrice de programme à Mines Action Canada.

Signé en décembre 1997, le traité d’Ottawa vise à interdire la production, la vente, le stockage et l’utilisation de mines antipersonnel d’ici 2025. Vingt ans plus tard, seulement 34 pays sur les 197 reconnus par les Nations unies ne l’ont pas encore rejoint, dont les États-Unis, la Russie et la Chine. En 2014, les États-Unis renonçaient publiquement à la production et à l’utilisation de mines antipersonnel et évoquaient la possibilité de signer le traité un jour.

Selon Erin Hunt, seules la Syrie, la Birmanie et la Corée du Nord utilisent encore ces armes. Toutefois, des acteurs non étatiques, comme l’organisation État islamique ou des milices armées, utilisent des engins explosifs improvisés s’apparentant à des mines. Cela a causé une résurgence du nombre de victimes l’an dernier. Avant le traité d’Ottawa, les mines tuaient ou mutilaient près de 20 000 personnes par année, soit environ une toutes les vingt minutes. Ce chiffre avait chuté à 3353 en 2013, avant de remonter à 6461 l’an dernier. Près des trois quarts des victimes se trouvent en Afghanistan, en Libye, au Yémen, en Syrie et en Ukraine.

« Depuis vingt ans, 2000 km2 de territoires ont été déminés, soit plus de quatre fois et demie la superficie de l’île de Montréal », ajoute Jérôme Bobin, directeur général de Handicap International Canada, l’un des six organismes à l’origine de l’initiative ayant abouti au traité d’Ottawa.

Le Canada moins actif

Longtemps à l’avant-plan dans cette initiative, le Canada a réduit son rôle diplomatique et son financement sous Stephen Harper, et l’arrivée de Justin Trudeau n’a pas redressé la situation. En 2016, le Canada a versé 17,55 millions de dollars à des projets concernant les mines. Cela le plaçait au neuvième rang des donateurs mondiaux, mais le laissait loin des 62,38 millions de dollars de financement de 2007. « Nous souhaitons que le Canada donne l’équivalent d’un dollar par citoyen canadien, alors que ses dépenses actuelles représentent plutôt 46 ¢ par citoyen », précise Erin Hunt.

Ces projets concernent principalement l’aide aux victimes, le déminage de territoires, la destruction des mines, la sensibilisation aux risques et la mobilisation contre ces armes.

En 2016, les projets du Canada ont été réalisés en Afghanistan, en Colombie, en Irak, au Sri Lanka et en Ukraine. Certaines règles jugées trop rigides ou inadéquates par Mines Action Canada font que des pays comme l’Angola, le Cambodge, le Vietnam ou la République démocratique du Congo sont privés de l’aide canadienne, malgré des besoins criants.

Bombardements destructeurs

Si la lutte contre les mines antipersonnel a beaucoup avancé, Handicap International s’inquiète d’un autre phénomène : l’utilisation fréquente d’armes explosives contre les populations civiles. L’utilisation de bombardements aériens, de missiles et d’artilleries ou d’engins explosifs improvisés en zone peuplée cause des dommages considérables. En plus des morts et des blessés, elle détruit les habitations et les infrastructures, poussant sur le chemin de l’exil des centaines de milliers de citoyens.

Handicap International publiait récemment un rapport intitulé Partout les bombardements nous ont suivis, lequel illustre tristement le problème. « Les gens fuient les bombardements vers une localité voisine, mais elle est à son tour bombardée et ainsi de suite, ils ne peuvent donc jamais se poser et doivent à terme quitter le pays et devenir des réfugiés », résume Jérôme Bobin.

Handicap International milite pour l’adoption d’une déclaration politique qui inviterait les États à prendre position contre les bombardements et l’usage d’armes explosives en zone peuplée et à modifier leurs comportements lorsqu’ils sont engagés dans un conflit. « Une telle déclaration n’a pas le même statut qu’un traité, mais un traité exige une logistique beaucoup plus lourde, précise le directeur. Or, devant l’urgence de la situation dans plusieurs régions, il faut agir vite. »

Depuis un peu plus d’un an, cette initiative progresse, soutenue très activement par l’Autriche et un groupe de pays, surtout européens. « Notre objectif est de faire passer ce message à la tribune des Nations unies dès l’an prochain et que des engagements concrets soient pris », conclut Jérôme Bobin.