Michael Chong se lance en s’inspirant… des libéraux

Le nouveau candidat déclaré à la direction du Parti conservateur, Michael Chong, ne craint pas que son opposition à la reconnaissance de la nation québécoise ne nuise à ses chances dans la course.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le nouveau candidat déclaré à la direction du Parti conservateur, Michael Chong, ne craint pas que son opposition à la reconnaissance de la nation québécoise ne nuise à ses chances dans la course.

La course à la chefferie du Parti conservateur compte un troisième candidat. Le député ontarien Michael Chong s’est lancé dans l’arène lundi en disant vouloir s’inspirer… du Parti libéral. Michael Chong souhaite attirer les jeunes dans la famille conservatrice en leur parlant environnement, différemment, et en ouvrant les portes du parti gratuitement.

« Je suis dans la course, car le Canada a besoin d’une nouvelle direction. Il est temps d’attirer de nouvelles personnes au Parti conservateur », a fait valoir Michael Chong, en conférence de presse à Ottawa, accompagné de sa femme et de ses trois enfants.

Pour ce faire, ce fils d’immigrants — son père est hongkongais, sa mère néerlandaise — compte séduire les nouveaux Canadiens, mais aussi les jeunes. Michael Chong cite en exemple la réussite du Parti libéral à rejoindre ces derniers par les médias sociaux. Il salue aussi l’initiative de ses rivaux qui avaient créé en 2012 une nouvelle catégorie de militants « sympathisants » qui ont pu choisir leur chef Justin Trudeau sans devenir membres du parti ni payer de frais d’adhésion. M. Trudeau propose aujourd’hui d’abolir carrément ces frais. M. Chong a de son côté critiqué la récente hausse des frais d’adhésion du PC à 25 $ (rapidement ramenés à 15 $ devant la grogne). Le candidat parlera de réforme démocratique pendant sa campagne, comme de réduire le pouvoir du bureau du premier ministre et des chefs de parti. Des changements aux « partis politiques feront aussi partie de notre plateforme », a-t-il laissé entendre lundi.

L’aspirant successeur de Stephen Harper compte garder le cap de son ancien patron en matière d’économie — impôts bas, budgets équilibrés, libre-échange. Mais il propose un virage à 180 degrés en environnement. Pour Michael Chong, la tarification du carbone au pays est d’ores et déjà réglée. « Ce n’est plus une question de débat », a-t-il argué en citant les mesures mises en place par quatre provinces. L’enjeu qu’il reste à trancher, cependant, est de savoir ce qu’il adviendra des revenus qui en seront tirés, a-t-il expliqué en accusant les libéraux de s’en servir pour financer de nouveaux programmes. « Comme conservateur, je crois vraiment qu’on a besoin d’utiliser ces revenus pour réduire les impôts pour tous les Canadiens. »

Pas de nation québécoise ?

Michael Chong s’est fait connaître en s’opposant à la reconnaissance de la nation québécoise proposée par Stephen Harper en 2006. Il avait carrément quitté son poste de ministre pour éviter de l’appuyer. Telle qu’elle était rédigée, la motion impliquait la « reconnaissance d’un nationalisme ethnique » avait dénoncé M. Chong. À l’époque, les ministres envoyés au front pour expliquer la reconnaissance des « Québécois » avaient laissé entendre que le terme — utilisé aussi en anglais — faisait référence uniquement aux descendants des premiers francophones arrivés au pays.

Dix ans plus tard, M. Chong ne s’inquiète pas de payer le prix de cette position. Car Justin Trudeau s’était aussi opposé à cette reconnaissance — qu’il avait jugée « pas nécessaire » — et le chef libéral a remporté la dernière élection, a rappelé M. Chong dans la langue de Molière. À son avis, il est bien plus important de voir si les candidats à la chefferie appuient comme lui les deux langues officielles et « le fait français sur le continent nord-américain ».

Réforme fiscale

Cet ancien progressiste-conservateur veut en outre revoir la grille fiscale du fédéral, souhaitant la remplacer par un système « plus simple avec des paliers d’imposition moins nombreux ». Brian Mulroney l’avait modifiée en réduisant le nombre de tranches pour les particuliers. Justin Trudeau est venu l’adapter à son tour, en créant un nouveau palier au sommet pour les plus riches et en disant la rendre ainsi « plus juste » pour la classe moyenne. Michael Chong veut que les mieux nantis paient leur « juste part », mais que les impôts soient réduits « pour l’ensemble des contribuables ».

Maxime Bernier et Kellie Leitch se sont eux aussi portés candidat à la direction du Parti conservateur, qui choisira son prochain chef fin mai 2017.

1 commentaire
  • François Beaulne - Abonné 17 mai 2016 10 h 52

    Une bombe à retardement

    Pas grand monde se souvient de la tentative louable de Harper de faire reconnaître officiellement 'la nation québécoise', pas plus que de l'opposition de Justin Trudeau à cette tentative , en 2006. Si Justin Trudeau pense faire oublier éternellement sa position derrière un 'show de boucane' qui se dissipera inévtitablement, comme tout 'show de boucane' il ne fait que pelleter en avant une question fondamentale pour la majorité des Québécois. Et cette question pourrrait revenir le hanter plus tôt qu'il ne le pense, l'an prochain, dans le cadre des 'célebrations' du 150ème anniversaire de la 'confédération' canadienne. Que célébrerons nous au juste: la constitution de 1867 signée par les 'deux peuples' fondateurs, ou celle de 1982 rapatriée de force par son père, Pierre-Elliott, contre la volonté du Québec, constitution qu'aucun gouvernement du Québec n'a voulu signer tant elle menace notre survie comme nation francophone en Amérique du Nord. Si l'aspirant chef conservateur Chong trouve inspirant l'exemple de Trudeau, c'est qu'il n'a rien compris au Québec et ne méritera pas, je l'espère, le vote des Québeçois.