Revue de presse -De choses et d'autres

Le voyage du premier ministre Stephen Harper dans l'Arctique ne passe pas inaperçu et lui attire des commentaires généralement favorables. Il n'en va pas de même cependant de la tentative de son directeur des communications de se servir du passage de deux bombardiers russes près du territoire canadien pour justifier l'achat de nouveaux avions militaires.

Discours digne de la guerre froide ou d'un film de Tom Cruise, a tranché John Ivison, du National Post, qui ne se fait pas d'illusion sur les motivations de Dimitri Soudas. «La réalité est que les Russes pointent leur nez régulièrement dans le Nord et, si nous l'avons su cette fois-ci, c'est uniquement parce que le Comité parlementaire de la défense se préparait à tenir une réunion pour débattre de l'achat, sans appel d'offres et au coût de 16 milliards de dollars, d'une nouvelle génération d'avions de combat, les F35 de Lockheed Martin.» Ivison est tranchant. «La présence russe arrivait à point nommé pour offrir au bureau du premier ministre l'occasion de détourner une fois de plus la diplomatie au profit de ses intérêts de politique intérieure.» Le problème est que cette attitude contredit la politique annoncée la semaine précédente et axée sur le dialogue avec nos voisins nordiques. «Des sources au sein du ministère des Affaires étrangères font état d'une frustration croissante face à cette hostilité à l'égard de la Russie, hostilité entièrement fabriquée pour des raisons de politique intérieure», écrit le chroniqueur.

Un registre en péril

Vers la fin de septembre, la Chambre des communes doit se prononcer à nouveau sur l'enregistrement des armes d'épaule. S'il n'en tenait qu'au National Post, l'affaire serait rapidement classée. Pour le quotidien, le registre des armes à feu n'a pas de raison d'être et doit disparaître. Les chefs de police en veulent? Mais bien des agents pensent le contraire, écrit le Post, citant un sondage qu'il reconnaît ne pas être scientifique. Une majorité de Canadiens doutent aussi de son utilité, montre un sondage Angus Reid. Le Post continue à croire que le registre sert seulement à transformer d'honnêtes citoyens en criminels alors que les vrais bandits sont les derniers à s'en soucier. Le quotidien continue à dénoncer le coût de mise en place du registre — deux milliards il y a quinze ans — sans mentionner le prix actuel de son fonctionnement, qui est de quelques millions par année. Mais, rappelle le Post, les chasseurs et les fermiers doivent déjà avoir un permis pour utiliser un fusil. Le registre n'est donc, selon lui, qu'un dédoublement coûteux et inutile.

Le Toronto Star trouve au contraire que le registre doit être maintenu. Il trouve les arguments offerts par les chefs de police convaincants, dont ceux fournis par le président de leur association, le chef de la police de Toronto, Bill Blair, qui a cru bon d'ajouter: «Ce n'est pas une question d'idéologie, mais de sécurité publique.» «Il ne devrait pas revenir à un chef de police d'expliquer la différence entre l'idéologie et la sécurité», écrit le Star. Mais l'imminence du vote aux Communes l'y a forcé, croit le quotidien. «Dans le climat politique actuel, le premier ministre Stephen Harper a empoisonné chaque débat de politique publique. On ne fait plus confiance aux experts, les faits embarrassants sont ignorés et les détracteurs sont muselés ou écartés.» Le Star ne s'attend pas à ce que le gouvernement se laisse convaincre. Il revient donc aux chefs libéral et néodémocrate de s'assurer que leurs députés, partisans de la mort du registre, ne permettent pas aux conservateurs d'avoir gain de cause, affirme le Star.

Nostalgie?

Lawrence Martin, du Globe and Mail, demandait cette semaine ce qui était advenu des progressistes-conservateurs modérés, ceux qu'en anglais on appelle les anciens Torys et en français, les vieux Bleus. La défaite de l'école des Robert Stanfield, Brian Mulroney et Joe Clark est devenue particulièrement évidente cette année, dit-il. La droite dure a pris le contrôle. «Et son programme consiste à tenir à distance les "boat-people", à encourager la création d'un Fox News, à construire des prisons, à remettre en question la discrimination positive, à torpiller le registre des armes à feu, à minimiser les changements climatiques, à revoir le recensement et à donner une voix plus forte aux conservateurs sociaux.» Dans la vieille tradition tory, les modérés étaient aux commandes et la faction la plus à droite, qui avait une certaine influence, était seulement cela, une faction, souvent regardée de haut et qualifiée de dinosaure. Personne n'aurait cru qu'elle puisse prendre le contrôle. Mais «l'union de l'Alliance canadienne et du Parti progressiste-conservateur à la fin de 2003, qui était censée être une fusion, s'est révélée être une prise de contrôle», écrit Martin. Le chroniqueur pense qu'un regain d'influence de ces vieux Bleus au sein du parti est d'une grande importance pour le pays, car «le Canada que nous connaissons a été bâti par deux partis modérés, un mélange entre le centre et le centre gauche. Si les vieux Tories ne rebondissent pas, le Canada de l'avenir sera très différent, un hybride entre le centre et la droite pure et dure.»

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mcornellier@ledevoir.com
 
1 commentaire
  • Andrée Ferretti - Abonnée 29 août 2010 18 h 31

    Vous m'éblouissez.

    Vos compte-rendus à la fois si concis et si précis, sont ma source privilégiée de connaissance des opinions du Canada, relativement à ses politiques gouvernementales.

    Je vous en remercie, car il m'importe de comprendre la nature et l'actualité des intérêts étrangers à ceux du peuple québécois, et leur force, puisqu'elles décident des orientations fondamentales des politiques qui pèsent sur notre destin national.

    Il n'est de lutte victorieuse que fondée sur la connaissance des positions de l'ennemi.

    Avec l'expression de ma reconnaissance,

    Andrée Ferretti.