2008, vu d'hier

Photo: Jacques Nadeau

Le Devoir a cherché dans les archives des journaux quelles prédictions avaient été faites pour 2008, quels projets on imaginait accomplis dans l'année qui commence demain, quelle catastrophe risquait de se produire, etc. L'année 2008 n'est pas encore commencée, mais on peut déjà dire qu'on s'est beaucoup trompé sur son compte! Parce qu'on a parfois porté des «lunettes roses», mais aussi, à l'inverse, des lunettes excessivement «noires». Épreuve des faits.

Québec — Dans le passé, on a souvent imaginé 2008 sous toutes sortes d’aspects et pour toutes sortes de raison. En 1978, en 1982, en 1988, en 1998, on tentait de prévoir le monde dans 30, 25, 20, 10 ans. Grâce à des mots clés comme «en 2008», nous avons retracé ces prédictions dans les archives. Rarement avait-on vraiment vu juste. Et on ne parle pas ici des visions d’astrologues.

2008 à travers des «lunettes noires»
Souvent, on a porté des lunettes noires pour entrevoir 2008.

- En 1989, plusieurs démographes écrivent que 2008 sera la première année de décroissance démographique pour le Québec. «Nous compterons plus de morts que de nouveau-nés en 2008», écrivait Gérald Leblanc dans La Presse (13 février 1989). «En 1988, nous ne comptons que 36 000 naissances de plus que de décès. Nous croissons encore, mais beaucoup moins rapidement. Si le rythme actuel se maintient [1,4 enfant par femme en âge de procréer], nous compterons plus de morts que de nouveau-nés en 2008. Nous aurons commencé à décroître.»

En fait, la situation s’annonce «moins catastrophique» qu’on l’avait craint à l’époque, dit-on à l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). La fécondité est passée de 1,35 à 1,6 dans la première partie de la décennie 1990 et elle s’est maintenue autour de 1,5 entre 1997 et 2005. En 2006, elle est revenue à un peu plus de 1,6 enfant par femme. Plusieurs y voient l’effet combiné des garderies à 7 $ et des congés parentaux. Si la fécondité se maintient au niveau actuel, il y aura environ 85 000 naissances par année «pour encore un bon cinq ans», souligne le démographe Normand Thibault, de l’ISQ. Quant au nombre de décès, il «devrait normalement augmenter un peu à chaque année par l’effet des cohortes de plus en plus nombreuses qui arrivent aux âges de forte mortalité». Selon la tendance passée des progrès sur la mortalité et les générations qui vieillissent, le nombre annuel de décès devrait atteindre 100 000 vers 2040. «Nos scénarios de 2003 prévoient un accroissement naturel négatif vers 2021 si la fécondité se maintient à 1,5 enfant par femme. Or, elle est actuellement plus près de 1,65. Cela reporterait le déclin de quelques années.» M. Thibault note que depuis cinq ans, «la mortalité diminue plus rapidement que ce que nous prévoyions il y a 4 ans. À ce rythme, la croissance naturelle négative pourrait être repoussée au-delà de 2026». Rendez-vous dans 18 ans, alors...

- En 2008, les caisses de retraites seront vides, écrivait-on il y a 25 ans. En 1982, le syndicat de l’Alliance des professeurs de Montréal, en pleine crise des coupures du gouvernement Lévesque, s’indignait: «Aujourd’hui, il y a de moins en moins de cotisants et de plus en plus de pensionnés. Le gouvernement prétend que les coûts doivent s’équilibrer. Un raisonnement absurde s’il en est car, à suivre cette logique, en 2008, quand il n’y aura plus que des pensionnés et qu’il ne restera qu’un cotisant ou qu’une cotisante, cette personne devra verser près d’un milliard de dollars en prestations.» (La Presse, 30 avril 1982) En fait, il y a aujourd’hui près de 500 000 participants aux différents régimes de retraite des employés du gouvernement administrés par la Commission administrative des régimes de retraite et des assurances du Québec (CARRA). Il sont environ 246 000 à recevoir des prestations. Le taux de cotisation au RREGOP, qui était de 7,50 % en 1973 et qui est descendu à 5,35 % en 2002, sera de 8,19 % à partir de demain.

- En 2008, le chômage sera de 8 %, selon ce que prévoyaient 29 économistes en 1993 (Le Devoir, 6 février 1993): «Le taux de chômage ne baissera pas en bas de 10 % avant 1994 et il se situera autour de 8 % à l’an 2000, jusqu’en 2008.» En fait, en 2007, le taux de chômage a été à son niveau le plus bas en 33 ans. En novembre, il était de 5,9 %.

- En 2008, s’inquiétait-on en 1995, les transferts fédéraux aux provinces n’existeront plus. C’est le Caledon Institute of Social Policy qui avait lancé ce cri d’alarme après le deuxième budget Martin, en 1995. Le chercheur Ken Battle estimait «que la proportion des transferts en liquide aura entièrement fondu aux alentours des années 2006-2008». Ces décisions fédérales ont créé ce qu’on a appelé le «déséquilibre fiscal». Est-il réglé? Chose certaine, les transferts aux provinces ont augmenté ces dernières années.

- Jean Chrétien souhaitait rester jusqu’en 2008. En effet, dans les entrevues de fin d’année, en 1998, le politicien, né en 1934, avait déclaré qu’il resterait premier ministre jusqu’en 2008. «J’imagine qu’un peu avant les élections de 2008, je devrai partir», avait-il déclaré en anglais à The Gazette. En fait, c’est en décembre 2003 que le chef libéral a quitté «précipitamment» son poste après trois mandats majoritaires et après de nombreuses querelles avec celui qui brûlait de le remplacer, Paul Martin. En 2007, M. Chrétien a publié ses mémoires, Passion politique (Boréal).

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2008 à travers des «lunettes roses»
L’optimisme, pourtant, a souvent poussé à prédire des «merveilles» pour 2008.

- En 2008, les surplus du gouvernement américain seront faramineux. En 1998, pour la première fois en 30 ans, on envisageait un excédent budgétaire pour l’année 1999, évalué à 9,51 milliards. Le président était Bill Clinton. La bulle de la nouvelle économie n’avait pas encore éclaté. Les prédictions fiscales de la Maison-Blanche étaient optimistes: «Le plan budgétaire pour les dix années qui viennent prévoit excédent sur excédent: 8,5 milliards en 2000, 28,2 milliards en 2001, 89,7 milliards en 2002 et jusqu’à 258,5 milliards en 2008.» Mais «il faut être prudent en extrapolant de récentes recettes fiscales favorables», avait pourtant averti Alan Greenspan, alors président de la Réserve fédérale américaine. Il avait raison, la réalité fut beaucoup moins rose, en raison du 11-Septembre et de ses suites. Sous Bush fils, entre 2001 et 2004, le budget fédéral est passé d’un excédent de 100 milliards de dollars à un déficit de 415 milliards (soit 3,6 % du PNB). En 2007, le déficit a été évalué à 163 milliards (1,2 % du produit intérieur brut), alors que l’année précédente, il était de 248 milliards. Ça va mieux, mais jamais autant que ce qu’on prévoyait en 1998. Et le billet vert reste ébranlé.

- L’indice Dow Jones à 35 000 points en 2008? Harry S. Dent, Jr. publiait, en 1998, The Roaring 2000s: Building the Wealth and Lifestyle You Desire in the Greatest Boom in History (New York , Simon & Schuster), dans lequel il prédisait un boom économique qui propulserait le plus vieil indice boursier du monde, le Dow Jones, «à au moins 21,500 et sans doute aussi haut que 35,000 d’ici 2008». En juillet 2007, le 17 pour être plus précis, l’indice atteint un sommet historique, il dépasse la barre des 14 000 points. Mais on est bien loin des 35 000 points prédits par M. Dent. Au moment d’écrire ces lignes, il est de 13 365,87 exactement.

- La fin de la drogue en 2008? Lors d’une session de l’Assemblée générale des Nations unies sur le problème de la drogue en juin 1998, les chefs d’État s’étaient engagés «à éliminer ou à réduire de manière significative [en dix ans] la production, la vente et le trafic de substances psychotropes, incluant les drogues de synthèse, ainsi que le détournement des précurseurs chimiques». Le chercheur Guillermo Aureano écrit, sur le site de l’Observatoire géopolitique de la criminalité internationale: «En 2008, [les chefs d’État] constateront-ils leur nouvel échec ou serons-nous invités, voire forcés, à participer à une nouvelle croisade anti-drogue?»

- En 2008, le vote aux élections présidentielles américaines se fera par Internet. En 1996, c’est ce que prédisait le Comité sur la loi électorale du Barreau américain. Il y aura sans doute du vote électronique au scrutin de novembre prochain, mais pas par Internet.

- En 2008, il y aura des immortels. C’est ce qu’écrivait l’écrivain Robert Anton Wilson dans un article du Future Magazine en novembre 1978. Dans la quarantaine à l’époque, M. Wilson disait que les progrès de la science étaient tellement fulgurants que lui-même ne mourrait probablement pas autour de 2008, «comme le prévoient les compagnie d’assurances». Il prédisait être probablement encore de ce monde en 2078. M. Wilson est décédé le 11 janvier 2007.

Avec la collaboration d’Olivier Spéciel, documentaliste à Québec
7 commentaires
  • Yvon - Inscrit 31 décembre 2007 08 h 24

    Retour vers le futur.

    C'est une belle idée de fouiller dans les archives de la sorte. C'est une façon de voir l'avenir en croyant être déterminé par le passé et de ne pas croire que notre présent pourrait déterminer notre futur. Cela démontre que ce n'est en aucun cas le passé qui nous détermine. Nous sommes libres de toutes attaches. Ce "vu d'hier" est riche d'enseignements. Bonne année.

  • Gérard Lépine - Inscrit 31 décembre 2007 08 h 32

    world future society

    J'ai relu avec beaucoup de rigolades les premières éditions du "The Futurist" qui a maintenant 40 ans. La Société pour l'Avenir du Monde, son nom français, a été fondée à Washington à la fin des années 70, et n'a cessé de faire des recensions sur les écrits futuristes mais aussi de se fendre de grandes tirades sur ce que nous serions dans 10 20 30 40 100 ans. C'est du pareil au même
    Incidemment je suis le membre no 26 de la WFS, et membre à vie, dont je rigole de nos propres faiblesses

  • Valdor Lagacé-Gallant - Inscrit 31 décembre 2007 10 h 28

    Si l'Homme savait...

    La preuve est ainsi faite que l'Homme ne voit pas plus loin que son nez. Il ne faut rien croire de ce que l'on vous dit.

    Impression, intuition, pétage de bretelles d'universitaires et de spécialistes qui essaient de justifier leurs salaires.

    Comme c'est bien à la mode de s'excuser, ils devraient le faire pour eux-mêmes et pour ceux qui sont morts sans avoir vu leur vision se réaliser. Ça aiderait certaines personnes qui se sont ruées et se ruent encore chez les spécialistes de la santé en état de panique.

    Ce que sera 2008, personne ne le sait. À minuit et une seconde, il est possible que l'on y soit.

    Mais comme l'Homme est un être d'habitudes, il y en aura encore pour nous laisser entendre qu'eux et qu'elles connaissent le futur.

    La connaissance n'est qu'une manifestation du savoir.

    Bon début d'année.

    Valdor Lagacé-Gallant

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 1 janvier 2008 08 h 10

    De Pluton... à... V391b PEGASI... chalom !

    Salutations d'entraide honorable tout le Monde,

    Grands mercis pour ce mot étonnement bien construit ou documenté en matières de "quelles prédictions"... et de "quels projets"... espérés ou souhaités, depuis Hier, "pour 2008". Fascinante démonstration... chalom !


    Bien que cette lecture de 2008 via Hier donne à réfléchir, à relancer, à relire, à nuancer, à ré-agir, permettez-nous, du Centre-du-Québec, de saluer et remercier la Communauté Québécoise et Mondiale de ce qui a été fait durant 2007 et, par conséquent, de souhaiter (de-nous) un 2008 de Justice, de Paix, d'Entraide, de Sécurité, de Solidarité humanitaires, planétaires !

    Du même souffle, et nonobstant du fait que le passage de "De Pluton... à... V391b PEGASI" (1) n'a pas été comme "prévu" ("Holala", "Hihihi" ! ) dans et par les Annales de l'Histoire-Mémoire québécoises et mondiales récentes (depuis 5, 10, 15, 20, 25 ans, voires des siècles), laissons-nous sur cette générosité:

    « Il est dit du futur qu'il s'en vient au moment où il a passé et que, semble-t-il, les Petites Princesses, les Petits Princes y habitent-demeurent, selon la « parole-du-moment ».» (Fafouin-Marcel, Août 2007)

    Au plaisir de nous relire !


    (1) PEGASI, nouvelle Planète, découverte par des scientifiques israéliens, a remplacé notre valeureux Pluton, de Mémoires bénies et d'honorables Conquêtes... chalom !