Projet Montréal lorgne Will Prosper, qui «ne dit pas non»

Le documentariste Will Prosper en 2018
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le documentariste Will Prosper en 2018

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, confirme son intérêt pour le documentariste et militant Will Prosper, qui représente « exactement » le type de personne dont elle souhaite « s’entourer » en prévision des prochaines élections municipales. Le principal intéressé, qui envisage de briguer la mairie de Montréal-Nord, ne rejette pas l’idée de joindre les rangs de Projet Montréal.

« La raison pour laquelle Will est une personne que j’apprécie, c’est qu’il est capable de nommer entre autres ce qui se passe dans Montréal-Nord, mais aussi de s’impliquer sur le terrain et c’est exactement ce type de personnes dont je veux m’entourer », confie Mme Plante, en entrevue au Devoir. « On a besoin de renouveau dans Montréal-Nord », ajoute-t-elle.

Le documentariste confirme d’ailleurs avoir été « approché » par la mairesse, avec qui il a eu l’occasion de discuter récemment.

« C’est sûr que je réfléchis aux différentes options qui se présentent », indique M. Prosper. Ce dernier a toutefois « beaucoup à prendre en considération » avant de prendre une décision formelle.

« Une piqûre » pour la politique

Ancien policier membre de la Gendarmerie royale du Canada, Will Prosper est depuis plusieurs années documentariste. Il est aussi cofondateur de Hoodstock, un organisme voué à lutter contre les inégalités systémiques, en particulier dans Montréal-Nord.

Depuis le début de la pandémie, l’organisme a notamment participé à la distribution de dizaines de milliers de couvre-visages et de milliers de plats cuisinés à des résidents de cet arrondissement. L’organisme a aussi contribué à la distribution d’ordinateurs portables et de tablettes à des familles dans des milieux défavorisés, l’an dernier.

C’est donc malgré son emploi du temps chargé que M. Prosper, père de deux enfants, réfléchit à la possibilité de se lancer dans la course à la mairie de Montréal-Nord, ou encore en politique fédérale. Une intention qu’il explique par « l’impact négatif du peu de leadership » dont a bénéficié selon lui cet arrondissement dans les dernières années.

« S’il y avait un endroit durant la dernière année où on aurait dû injecter massivement des fonds, surtout que c’est pas mal l’épicentre de la COVID, bien c’est à Montréal-Nord », lance-t-il lors d’un entretien au Devoir, samedi. L’artiste s’en prend directement à l’administration de la mairesse d’arrondissement Christine Black, qui a été élue à ce poste en 2016, au sein de la formation de Denis Coderre.

« Si la mairesse [Christine Black] avait fait un bon travail et ses conseillers aussi, il n’y aurait même pas cette piqûre-là chez moi », avance-t-il au sujet de son regain d’intérêt pour la politique.

M. Prosper déplore notamment qu’il n’y ait pas davantage de « travailleurs de rue » qui aient été déployés à Montréal-Nord pour contrer « l’insécurité publique » dans cet arrondissement où plusieurs fusillades sont survenues dans les derniers mois, tout comme dans l’est de Montréal. Le documentariste souligne aussi le manque d’offre de transport en commun et d’espaces verts à Montréal-Nord, tandis que Mme Plante y relève le manque de logements sociaux.

« C’est quand même fascinant quand on y pense que l’arrondissement où l’ancien maire [Denis Coderre] a été maire, mais où il a aussi été député, que ça n’ait jamais levé plus que ça, qu’on n’ait jamais trouvé des solutions structurantes. Moi, je n’en reviens pas », laisse tomber la cheffe de Projet Montréal.

Une déclaration qui a piqué au vif l’opposition officielle, Ensemble Montréal.

« Madame Plante est tellement désespérée qu’elle en oublie d’être digne et ne carbure qu’aux attaques personnelles en plus d’être incapable d’assumer son leadership », lance la mairesse suppléante de Montréal-Nord, Chantal Rossi, qui remplace Mme Black pendant son congé de maternité.

Lutte contre le racisme

S’il « ne dit pas non » à se lancer en politique municipale pour Projet Montréal, Will Prosper « n’évacue pas » cependant la possibilité de se présenter à la mairie de Montréal-Nord à titre de candidat indépendant. Dans tous les cas, le militant, qui se décrit comme « une personne d’action », souhaiterait que l’arrondissement dispose d’une « certaine forme d’indépendance » afin de pouvoir prendre des décisions qui répondent aux besoins qui lui sont propres.

« Ça ne veut pas dire pour autant d’aller à l’encontre de certaines lignes de pensée, si c’est ce que certains attendent de moi », précise-t-il néanmoins.

Quant à ses priorités, s’il se lance en politique, elles resteront les mêmes qu’aujourd’hui. Parmi celles-ci, on note la lutte contre le racisme systémique. M. Prosper a d’ailleurs œuvré au sein de la Table sur la diversité, l’inclusion et la lutte contre les discriminations, qui a transmis plusieurs recommandations à la Ville en 2019, dont celle d’avoir un commissaire à la lutte contre le racisme à la Ville. Un poste qu’occupe depuis janvier dernier Bochra Manaï.

« Pour moi, être sensible à un enjeu, ça ne veut pas dire qu’on va être dans l’action et là, je vois qu’on passe à une phase et qu’il y a une volonté sincère », affirme M. Prosper, envoyant ainsi une fleur à l’administration de Valérie Plante.

Le rôle de la police

Will Prosper souligne aussi l’importance selon lui de « revoir le financement de la police » en optant pour une approche « beaucoup plus humaine ».

« Je pense qu’on est capable de voir comment on peut faire les choses différemment, comme d’autres villes l’ont déjà fait dans d’autres pays », estime le documentariste. Son organisme, Hoodstock, compte d’ailleurs parmi les groupes membres de la coalition pour le « définancement » de la police. Une position que critique le parti Ensemble Montréal.

« En se rapprochant de Will Prosper, comment la mairesse [Valérie Plante] peut-elle affirmer qu’elle n’appuie pas le mouvement de définancement de la police quand elle aura un de ses principaux porte-paroles dans ses propres rangs ? » laisse tomber Chantal Rossi.

En 2012, Will Prosper avait tenté sa chance en politique provinciale à titre de candidat pour Québec solidaire dans le district de Bourassa-Sauvé, en vain. « Je savais que je n’allais pas gagner. C’était écrit dans le ciel. Si je me lance, cette fois, c’est vraiment parce que je sens qu’il y a beaucoup de chances », glisse le militant, qui réitère que sa décision n’est pas encore prise.

Les élections municipales auront lieu le 7 novembre.

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