Un G7 finalement à six

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, et le président américain, Donald Trump, se sont rencontrés durant le sommet du G7.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, et le président américain, Donald Trump, se sont rencontrés durant le sommet du G7.

Donald Trump a quitté le sommet du G7 à La Malbaie comme il y était arrivé: en lançant attaques et insultes à ses alliés sur Twitter. Parce que Justin Trudeau venait de se féliciter d’avoir arraché des consensus sur certains sujets tout en ayant résisté en matière de tarifs et d’ALENA, le président américain a écrit qu’il retirait son appui au communiqué final du G7.

« Ceux qui pensaient qu’une visite à Charlevoix — bien que ce soit magnifique ici et que les gens soient très aimables — allait complètement changer l’approche philosophique et idéologique du président avaient peut-être des attentes un peu trop élevées… », avait lancé Justin Trudeau lors de la conférence de presse de clôture du sommet, samedi en fin de journée. « Le président continuera de dire ce qu’il dit à plusieurs occasions. Mais nous nous sommes ralliés en fin de semaine. Nous nous sommes relevé les manches et avons trouvé les mots pour rallier tout le monde sur un large éventail de sujets.»

De fait, le président ne s’est pas gêné pour dire ce qu’il avait à dire: deux heures plus tard, alors que le Canada venait à peine de diffuser le communiqué de presse final du sommet, M. Trump a déploré dans un gazouillis les «fausses déclarations» M. Trudeau, qu’il a qualifié de «docile», «malhonnête» et «faible». «J’ai donné instruction à mes représentants de ne pas appuyer le communiqué alors que nous envisageons des tarifs sur les voitures qui inondent le marché américain.»

 

Avant de quitter le sommet plus tôt dans la journée, le président américain avait déjà utilisé des mots très durs devant les journalistes. «On veut [des échanges commerciaux] sans tarifs, sans barrières et sans subventions», avait-il martelé. «Ça va cesser, sinon nous cesserons de commercer avec eux. Et ce sera très profitable pour nous si on doit le faire.» Selon lui, cela ferait beaucoup plus mal à ses alliés qu’aux États-Unis.

Sur la question de l’ALENA, M. Trump avait répété qu’il tenait fermement à une disposition qui mettrait automatiquement un terme au traité commercial après cinq ans à moins que les trois pays s’entendent sur sa reconduction. Il avait aussi évoqué la possibilité d’une autre formule dont l’horizon serait plutôt de 10 ans et qui s’appliquerait aux investissements. C’était la première fois que cette autre formule était évoquée et le président n’en a pas donné plus d’explication. À la fin du sommet, Justin Trudeau avait rejeté de nouveau toute forme de disposition du genre, «quelle qu’en soit la durée». «Un traité avec une telle clause ne serait pas un traité de libre-échange.»


«La relation est un 10»

Avant de renier sa signature, Donald Trump avait soutenu samedi matin que son entente avec ses homologues était très bonne, la plaçant à «dix» sur une échelle de zéro à dix. «Nous avons une très bonne relation. Angela, Emmanuel et Justin, je dirais que la relation est un 10. Je ne les blâme pas, je blâme nos précédents leaders [américains d’avoir signé de mauvaises ententes commerciales]», a-t-il lancé.

Selon nos informations, les récriminations de Donald Trump n’étaient pas restées sans réplique lors d’une séance de travail sur le commerce vendredi.

Après un laïus de l’Américain, le président français, Emmanuel Macron, avait pris la parole et lu une longue liste de tarifs qu’appliquent encore les États-Unis sur des produits provenant de ses alliés du G7. Les autres pays auraient à leur tour dressé une telle liste, ajoute notre source qui a qualifié l’échange de «rugueux», mais «cordial».

Le président Macron a évoqué cette conversation lors de sa propre conférence de presse samedi soir, la qualifiant de «franche, directe, qui a pu être vive». «J’ai entendu le président Trump dire que son souhait était d’avoir un maximum d’échanges et le moins de barrières possible entre les membres du G7. Be my guest!»

Même avant que Donald Trump renie tout le communiqué que le groupe s’était évertué à rédiger pour tenter de trouver un consensus, il s’était mis en porte-à-faux sur quelques dossiers en refusant d’endosser les positions de ses alliés.


Protection des océans

 Sur les océans, Justin Trudeau n’aura pas obtenu l’entente qu’il souhaitait. Il avait voulu marquer sa présidence du groupe des sept avec une promesse ambitieuse en matière d’environnement: une «charte zéro déchet de plastique» pour éradiquer la pollution de cette matière qui met des décennies à se décomposer et s’assurer que tout le plastique soit à l’avenir recyclé et réutilisé. Seuls cinq des sept partenaires se sont ralliés à son idée d’une charte sur le plastique. Le Japon et les États-Unis ont fait bande à part.

Le communiqué final convient d’agir en la matière. Mais les cibles précises se trouvent en annexe, et non pas dans le document principal. «Les pays ont convenu de faire des gestes dans le communiqué, ce qu’ils vont respecter de différentes façons», a fait valoir la première ministre britannique, Theresa May, en point de presse au terme du sommet.

Le Canada investira 100 millions de dollars pour s’attaquer au plastique. La veille, vendredi, la ministre canadienne de l’Environnement reconnaissait déjà qu’une entente unanime pourrait être difficile. «Je suis optimiste réaliste», avait-elle avoué. L’équivalent d’un camion à benne de déchets de plastique est rejeté dans les océans toutes les minutes. D’ici 2050, le poids de ces rebuts de plastique pourrait surpasser celui de la quantité de poissons dans les océans, avait-elle noté.

Un plan de protection des océans, dans un contexte de changement climatique, avait en revanche obtenu l’appui de Donald Trump en mi-journée. Le Canada y contribuera à hauteur de 162 millions, a annoncé le premier ministre. L’initiative visera à aider les pays insulaires et communautés côtières à s’adapter aux changements climatiques.

Mais l’accord de Paris sur la lutte contre les changements climatiques avait également fait les frais de la résistance de Donald Trump. Le Canada, la France et l’Union européenne exigeaient, à l’ouverture du sommet, qu’un nouveau soutien à cet accord figure dans la déclaration finale du G7. «Le gouvernement américain s’est retiré de l’accord de Paris et ne voulait donc pas être associé à un appui à l’Accord de Paris», a relaté Justin Trudeau. «Nous sommes en train de prendre les mesures dans nos pays pour remplir nos obligations. Mais on a accepté qu’à l’intérieur des communiqués, les Américains expliquent qu’eux n’appuyaient pas l’Accord de Paris.»
 

— Avec Éric Desrosiers