Que serait New York sans Central Park?

Non seulement les milieux naturels de proximité offrent des refuges pour la biodiversité et une foule de services écosystémiques gratuits, mais ce sont également d’importants lieux d’appropriation citoyenne, observent les auteurs.
Photo: Stan Honda Agence France-Presse Non seulement les milieux naturels de proximité offrent des refuges pour la biodiversité et une foule de services écosystémiques gratuits, mais ce sont également d’importants lieux d’appropriation citoyenne, observent les auteurs.

Qu’on soit à Montréal, à Québec ou en région, la forme de nos villes et de nos villages évolue rapidement. Une nouvelle construction à droite, un nouveau quartier à gauche, le développement immobilier a le vent dans les voiles. Cette multiplication des projets a de nombreux impacts sur nos vies, et c’est pourquoi ceux-ci soulèvent régulièrement les passions : d’un côté, les promoteurs qui voient chaque parcelle de terrain non développée comme une occasion ratée ; de l’autre, des citoyens qui veulent préserver une forêt, une grenouille, une qualité de vie. Mais y a-t-il une bonne manière de faire du développement immobilier ? La réponse est complexe.

D’un point de vue écologique, il est clair que le meilleur développement est celui qui n’existe pas. Il y aurait donc lieu de remettre en question la légitimité du développement immobilier avant de se pencher sur la manière de le faire. Cela dit, si un projet immobilier semble inévitable, il ne devrait jamais s’implanter dans un milieu naturel de proximité, comme un boisé urbain, ce que l’on voit malheureusement trop souvent.

Non seulement les milieux naturels de proximité offrent des refuges pour la biodiversité et une foule de services écosystémiques gratuits (régulation de la qualité de l’air, captation et stockage de carbone, atténuation des inondations), mais ce sont également d’importants lieux d’appropriation citoyenne. La population avoisinante peut y pratiquer une multitude d’activités, de la randonnée au vélo de montagne en passant par l’ornithologie, lesquelles sont souvent impossibles à pratiquer dans de plus petits espaces verts, comme les parcs municipaux.

Leur caractère de proximité les rend également accessibles aux personnes plus vulnérables et par des moyens de transport durables (marche, vélo, etc.). Finalement, il est maintenant reconnu dans le monde médical que ces espaces ont un impact non seulement sur la santé environnementale, mais également sur la santé humaine, tant physique que mentale.

Le secteur Chaudière, un cas de figure

 

Un cas de figure classique qui oppose le développement à la protection des milieux naturels est celui de la Vision d’aménagement du secteur Chaudière, à Québec. Cette vision implique la destruction d’une grande proportion des milieux naturels du secteur pour y bâtir un nouveau quartier qui serait orienté sur les principes du développement durable. Un quartier qui aurait donc pour objectifs d’enrichir nos milieux de vie et de lutter contre les crises environnementales.

Malheureusement, construire un nouveau quartier, aussi exemplaire soit-il, en détruisant des milieux naturels en est en contradiction avec l’atteinte même de ces objectifs. Si le développement immobilier est inévitable, il devrait strictement être utilisé comme une occasion de transformer les milieux déjà minéralisés, urbanisés et dépendants de l’automobile en milieux de vie compacts, mixtes, arborés et orientés sur la mobilité durable.

À titre d’exemple, la requalification des mégacentres et de leurs immenses stationnements représente des projets plus cohérents sur le plan environnemental. Vu sous un autre angle, le secteur Chaudière recèle le potentiel d’un projet beaucoup plus ambitieux et novateur. Celui d’un grand parc intégrant une biodiversité riche, qui mise sur la protection et la restauration de la quasi-totalité des milieux naturels du secteur.

Un refuge où les citoyens pourraient pratiquer différentes activités de plein air. Un parc qui pourrait devenir une icône et définir l’identité des quartiers environnants. Que serait le Vieux-Québec sans les plaines d’Abraham ? Que serait New York sans Central Park ? Et si on se permettait plus de vision ? Le cas du secteur Chaudière n’est malheureusement pas isolé.

Au cours des dernières années, nous avons vu naître nombre d’initiatives citoyennes pour défendre des milieux naturels de proximité face à des projets de développement. À Laval comme à Montréal, à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Granby, partout au Québec, des groupes militent pour préserver des havres de paix, les derniers îlots de fraîcheur auxquels ils ont accès. Plutôt que de raser ces milieux naturels d’importance pour la population afin d’y développer de nouveaux quartiers, nous devrions les valoriser pour ce qu’ils ont de mieux à nous offrir.

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