Il faut prioriser la santé des adolescents du Québec

L’absence de sport et de socialisation ainsi que la sur-utilisation des écrans ont des conséquences significatives sur la santé mentale et physique des adolescents, constatent les signataires
Photo: Aleksandar Nakic Getty Images L’absence de sport et de socialisation ainsi que la sur-utilisation des écrans ont des conséquences significatives sur la santé mentale et physique des adolescents, constatent les signataires

Lettre au premier ministre François Legault, au ministre Jean-François Roberge et à Horacio Arruda, directeur national de santé publique

Nous sommes heureux de l’évolution favorable de la pandémie observée au cours des dernières semaines au Québec, ainsi que de la proportion croissante de la population qui est vaccinée. Ces progrès permettent à votre gouvernement de modifier certaines restrictions liées aux mesures sanitaires. Cependant, un pan de la population particulièrement vulnérable est encore assujetti à ces mesures, ce qui n’est pas sans conséquences majeures pour la santé tant physique que psychique de milliers d’individus ainsi fragilisés.

Nous vous demandons ici de prioriser la santé des adolescents dans les mesures et décisions prises dans ce contexte de pandémie.

Les adolescents sont heureusement peu atteints par les infections de la COVID et rarement par le syndrome inflammatoire qui semble s’y rattacher. Cependant, les fermetures d’écoles, même partielles, l’apprentissage à distance la moitié du temps, l’absence de sport et de socialisation ainsi que la sur-utilisation des écrans ont des conséquences absolument significatives sur leur santé mentale et physique.

Actuellement, ce sont près de 40 % des lits de pédiatrie dans nos hôpitaux qui sont occupés par des adolescents souffrant de dépression, d’anxiété, et particulièrement de troubles du comportement alimentaire (principalement l’anorexie). Ces chiffres représentent plus du double de ceux des années antérieures, un bond hors norme. Lorsque l’on se penche sur le nombre de jeunes suivis pour troubles du comportement alimentaire, les chiffres sont plus marquants encore, les cas ayant quadruplé dans nos cliniques depuis le début de la pandémie. On note aussi une augmentation importante des visites aux urgences pour crises d’anxiété et idées suicidaires de jeunes de 12 à 18 ans ainsi que des demandes de consultation en santé mentale aux pédiatres en cabinet. Les ressources actuelles en santé mentale ne suffisent pas à la tâche pour soutenir les jeunes et leur famille.

Les soignants constatent aussi des problèmes de santé importants secondaires à l’inactivité et au confinement, dont des gains de poids majeurs entraînant hypertension, diabète et apnée du sommeil.

Toutes ces problématiques ne vont qu’en augmentant malgré la baisse des infections dans la province. Surtout ne pas penser que ces affirmations sont exagérées, au contraire. Nombre de familles hésitent encore à consulter par peur de la COVID, ce qui est vu dans les hôpitaux n’est forcément que la pointe de l’iceberg de ce qui se vit dans les communautés et les familles. Une épidémie silencieuse, en somme.

Ainsi, considérant que les écoles ne constituent pas les principaux lieux d’éclosion et considérant les conséquences actuellement dramatiques sur la santé mentale, physique, la motivation et la réussite scolaire des adolescents, nous demandons que les adolescents et leur santé soient une priorité dans nos décisions de santé publique.

Nous demandons que les écoles soient soutenues pour permettre autant que possible la présence des élèves à l’école pour les cours et les activités parascolaires sportives et artistiques (intérieures et extérieures) et éviter le décrochage scolaire.

Nous demandons une augmentation substantielle des ressources pour la santé mentale des adolescents et de leur famille. Il faut réaliser que cette crise a aussi une incidence majeure sur les parents : quand un jeune ne va pas bien, les parents sont soucieux de le savoir seul à la maison en télé-étude, le parent est moins performant au travail et l’absentéisme augmente, ajoutant au stress familial et sociétal.

Il reste deux mois à l’année scolaire et c’est maintenant que nous devons agir pour limiter les conséquences de la pandémie sur la génération d’adolescents qui sont nos travailleurs et nos parents de demain. De plus, il faut déjà tout mettre en place pour une rentrée scolaire la plus normale possible à l’automne prochain, incluant une présence 5 jours sur 5 à l’école.

* De la part des directeurs des départements de pédiatrie universitaires du Québec et de l’Association des pédiatres du Québec : 
Michael Shevell, Directeur et Chef Département de pédiatrie, Faculté de médecine de l’Université McGill / Hôpital de Montréal pour enfants ;
Jean-Sébastien Tremblay-Roy, Directeur et Chef Département de pédiatrie, Faculté de médecine de l’Université de Shebrooke / Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke ;
Patrick Daigneault, Directeur, ; Marc-André Dugas, Chef Département de pédiatrie de l’Université Laval / Centre mère-enfant Soleil du CHU de Québec ;
Marc Lebel, Président, Association des pédiatres du Québe
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