La maîtrise qualifiante en éducation, une solution concrète

«Des personnes non légalement qualifiées exercent actuellement la profession d’enseignant et expriment, à juste titre, leur besoin de formation. Un baccalauréat de 120 crédits à temps plein est non seulement incompatible avec leur travail, mais peu adapté à leur niveau réel de connaissances et de compétences», soutiennent les auteurs.
Photo: iStock «Des personnes non légalement qualifiées exercent actuellement la profession d’enseignant et expriment, à juste titre, leur besoin de formation. Un baccalauréat de 120 crédits à temps plein est non seulement incompatible avec leur travail, mais peu adapté à leur niveau réel de connaissances et de compétences», soutiennent les auteurs.

Pour apporter des solutions de qualité au problème de la pénurie des enseignants que connaît actuellement le Québec, en particulier la grande région montréalaise, l’Université de Montréal a développé un programme de maîtrise en éducation préscolaire et en enseignement primaire conduisant au brevet d’enseignement. La nouveauté suscite souvent des questions, et c’est ce dont Le Devoir faisait état dans son édition du 22 avril. Nous souhaitons répondre à ces questions en apportant des précisions qui, nous l’espérons, sauront éclairer le débat.

L’UdeM a respecté toutes les règles applicables lors de la création d’un programme de formation initiale à l’enseignement, notamment en soumettant son programme au Comité d’agrément des programmes de formation à l’enseignement (CAPFE), dont l’un des rôles, selon la Loi sur l’instruction publique, est de « recommander au ministre les programmes de formation à l’enseignement aux fins de l’obtention d’une autorisation d’enseigner ». Un programme de maîtrise de 60 crédits comme celui que propose l’UdeM n’est pas un demi-baccalauréat, car des crédits de 2e cycle universitaire requièrent des étudiants plus d’autonomie intellectuelle et un niveau de réflexion plus avancé que des crédits de 1er cycle. C’est pourquoi les critères d’admission dans un tel programme sont exigeants : les personnes qui y seront admises seraient jugées capables de faire un mémoire de maîtrise dans n’importe quelle université québécoise.

Tous les enseignants le savent : à élèves différents, stratégies d’enseignement différentes. Les personnes qui seront admises dans ce programme sont différentes de celles qui entrent au baccalauréat en enseignement : elles posséderont le bagage de connaissances et de compétences d’un bachelier ; elles auront pour la plupart une expérience professionnelle en enseignement, étant présentement sous contrat dans nos écoles ; elles auront surtout une grande motivation à entamer une nouvelle carrière, la seconde dans bien des cas, ce qui est une condition gagnante pour la rétention dans la profession. Notre programme tient justement compte de ces différences dans ses modalités pédagogiques, en visant l’atteinte des mêmes compétences professionnelles, mais par des cours de 2e plutôt que de 1er cycle.

Des maîtrises qualifiantes de 60 crédits forment des enseignants du secondaire au Québec depuis plus de dix ans. Selon les données recueillies dans les universités qui les offrent et dans le milieu scolaire qui embauche leurs diplômés, les enseignants formés par ces maîtrises sont jugés aussi compétents que ceux formés dans un baccalauréat traditionnel.

Des personnes non légalement qualifiées exercent actuellement la profession d’enseignant et expriment, à juste titre, leur besoin de formation. Un baccalauréat de 120 crédits à temps plein est non seulement incompatible avec leur travail, mais peu adapté à leur niveau réel de connaissances et de compétences. Il serait irresponsable de la part des universités de ne pas veiller à leur formation et de laisser à leurs collègues, déjà surchargés, la tâche de les former.

Pour juger de la pertinence d’une telle initiative, au-delà de l’idéologie, il faut la mettre en œuvre et en documenter les résultats. C’est ce que le ministre Roberge a autorisé l’UdeM à faire, et c’est ce à quoi notre établissement s’emploiera dans les prochaines années, dans le respect des règles et de ses étudiants, pour le bien des élèves du Québec.

À voir en vidéo