Encore remettre à plus tard la ventilation dans les écoles

«Actuellement, 422 écoles et 9143 classes sont fermées au Québec», déplore l'auteur.
Photo: iStock «Actuellement, 422 écoles et 9143 classes sont fermées au Québec», déplore l'auteur.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a annoncé la semaine dernière qu’il remettait à la rentrée scolaire prochaine l’idée de tenir des tests plus stricts quant à la qualité de l’air dans nos écoles. Les enseignants mais surtout les parents et les jeunes devraient s’alarmer de cette décision et de son impact sur leur santé.

Pour qui connaît le monde scolaire, et le ministre y a passé 17 ans, nous répète-t-il à chaque conférence de presse, remettre cette opération à l’an prochain signifie perdre un précieux temps devant un ennemi malicieux. En effet, si on attend en septembre pour s’assurer de la qualité de la ventilation dans nos écoles selon un protocole plus rigoureux, cela signifie, dans le meilleur des scénarios, que les mesures correctrices ne seront pas apportées avant le mois d’octobre alors que les jeunes seront déjà en classe depuis plusieurs semaines. Pourquoi ne pas plutôt refaire ces tests le plus rapidement possible et apporter des correctifs nécessaires durant l’été, avant le retour des élèves ?

Au Québec, les écoles sont le deuxième lieu en matière d’éclosions. Bien des gens semblent l’oublier. Le premier ministre Legault a déjà indiqué que de maintenir les classes ouvertes était un risque qu’il était prêt à assumer. Ne devrait-il pas alors, selon un contrat moral implicite qu’il entretient avec les Québécois, s’assurer de tout faire pour que ce risque soit le moins élevé possible ? Si le gouvernement ne fait pas sa juste part dans la lutte contre cette pandémie, comment peut-il demander aux citoyens de faire de même dans leur quotidien ?

M. Legault a beau taxer d’« obsédés » les gens qui s’intéressent à la qualité de l’air dans les écoles, il n’en demeure pas moins qu’en temps de pandémie où un virus se transmet principalement par aérosols, c’est son gouvernement qui devrait être obsédé par la sécurité de nos écoles. On ne doit pas oublier non plus qu’une seule classe fermée se traduit généralement par une trentaine de familles qui doivent revoir toute leur organisation de vie et, dans les cas plus graves, affronter la maladie. Actuellement, 422 écoles et 9143 classes sont fermées au Québec.

En repoussant à septembre ce qu’il doit faire aujourd’hui, le ministre Roberge donne l’impression d’un élève débordé qui remet à plus tard le travail qui s’impose. Il est illusoire de penser que le mal qui nous afflige aura complètement disparu en septembre prochain. Les écoles seront encore et toujours des lieux propices à la contamination. Le gouvernement Legault doit agir maintenant avec des protocoles plus stricts et des mesures plus efficaces si on veut éviter que cette pandémie perdure. Il en va du rôle et de la responsabilité de ce gouvernement.

15 commentaires
  • Chris G. Eustace - Abonné 20 avril 2021 04 h 44

    Une mauvaise qualité de l'air....


    Libre opinion - Une mauvaise qualité de l'air dans nos écoles nuit à l'apprentissage - 20 août 2013

    https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/385484/une-mauvaise-qualite-de-l-air-dans-nos-ecoles-nuit-a-l-apprentissage

  • Cyril Dionne - Abonné 20 avril 2021 07 h 39

    « Un problème sans solution est un problème mal posé » (Woody Allen)

    Je ne pense pas qu’on comprend l’ampleur d’équiper toutes les écoles du Québec avec un système de ventilation adéquat.

    Ceci dit, tous sont d’accord que les tests qu’ils ont fait n’étaient qu’un écran de fumée. La norme utilisée de 1 000 parties par million (ppm) est presque le double de celle prescrite par Santé Canada qui est de 600 ppm. Le gouvernement est bien au courant de la piètre qualité de l’air dans les écoles. Cela a toujours été l’enfant pauvre lorsqu’on planifiait la construction d’une école. Combien de fois Lab-École a mentionné la qualité de l’air dans ses présentations? C’est une question rhétorique. On parlait gracieusement de l'environnement des écoles de demain et de leur aménagement intérieur, mais jamais un traite mot sur la qualité de l’air.

    La moitié des écoles québécoises n’ont même pas de système de ventilation. Ceux qui en ont, la plupart ne sont pas adéquat. Alors, vous pouvez imaginer une classe de 20 élèves avec un professeur qui expirent du C02 toute la journée toujours dans la même salle. La concentration de C02 est astronomique. Et on apprenait que le virus aime surtout se répandre par voie aérienne et rien de mieux que de s’attacher au C02 qui circule en grande quantité dans les salles de classe.

    Dire d’apporter un correctif, c’est facile. Le faire, est une autre paire de manches. La réfection de presque toutes les écoles québécoises coûterait les yeux de la tête. En plus, certaines, lorsque les plafonds et les murs seront ouverts, on risque d’avoir de mauvaises surprises. Plusieurs sont fétus et il en reviendrait de reconstruire un nouveau bâtiment. Alors, les temps d’attente seraient hors de ce monde.

    Alors, quelles mesures pourrait-on mettre en place pour remédier au problème surtout à court et moyen terme? Mais comme disait l’autre, un problème sans solution est un problème mal posé.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 avril 2021 12 h 11

      Je n'ai rien vu de tel à Santé Canada. Merci d'indiquer vos sources pour ma gouverne. Ce que j'ai vu, ce sont les risques à associés à une exposition continue (24 heures) à 1000 ppm. Assez modérés et ne s'appliquant de toute façon à aucune situation scolaire réelle.

    • Cyril Dionne - Abonné 20 avril 2021 13 h 05

      Cher M. Desjardins,

      Voici quelques liens pour votre lecture sur le sujet.

      https://www.osstf.on.ca/en-CA/services/health-safety/information-bulletins/inadequate-ventilation-and-high-co2-levels.aspx

      https://www.canada.ca/fr/sante-canada/programmes/consultation-lignes-directrices-qualite-air-interieur-residentiel-dioxyde-carbone/document.html

      Il est à noter que pour la première évaluation par la Fédération des enseignantes-enseignants des écoles secondaire de l’Ontario, les taux de C02 devraient être entre 600 et 800 ppm et ne doivent jamais dépasser 1 000 ppm à l'intérieur des bâtiments. Il est à noter aussi, comme dans le cas des enfants ou des personnes qui sont sensibles au gaz carbonique, les niveaux devraient être plus bas.

      Pour Santé Canada, des taux entre 800 et 1 000 ppm conduisent à l’irritation des yeux, sécheresse de la gorge, congestion et écoulement nasal, éternuements et toux (symptômes des muqueuses ou des voies respiratoires). Aussi, il y a une baisse de la performance aux tests chez les élèves (p. ex., prise de décision, exécution de tâches et scores aux tests standardisés) en plus d’exhiber des symptômes neurophysiologiques (mal de tête, fatigue, étourdissements ou difficulté de concentration).

      Or, dans le rapport du ministère de l’éducation du Québec dévoilé aujourd’hui, 49% des classes testées présentaient un taux supérieur à 1 000 ppm. Les bonzes du ministère de l’Éducation nous disent qu’avec une concentration de 1 500 ppm, il n’y a pas de problème. Qui est-ce que vous allez croire?

      Ici, on n’a même pas encore mentionné l’impact du C02 sur la dispersion aérienne du coronavirus.

    • Loyola Leroux - Abonné 20 avril 2021 15 h 07

      Monsieur Dionne, nous sommes ici dans le domaine de l'idéologie à l'état pur. Rien ne sert de vouloir informer, argumenter.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 avril 2021 15 h 33

      On va laisser monsieur Leroux à ses lubies et continuer à jaser. Pas longtemps étant donné la nouvelle politique du Devoir. J'avais consulté le deuxième document en référence. C'est en partant de celui-ci que je me demandais si vous ne mettiez pas la barre un peu haute. Ma compréhension de ce docucment de même que d'autres lectures, c'était que pour autant qu'on n'exposait pas les élèves vingt-quatre heures sur vingt quatre, on pouvait pallier tous ces effets.

    • Cyril Dionne - Abonné 20 avril 2021 18 h 03

      Mais mon cher M. Desjardins, c'est l'effet cumulatif d'exposition à des taux élevés qui mine la santé des gens à l'intérieur de ces bâtiments. Cela me fait penser aux compagnies de cigarette qui disaient que la fumée secondaire ne causait aucun problème. Idem pour l’énergie nucléaire lorsque j'ai travaillé dans une centrale. On nous disait que tout était sécuritaire et pourtant les travailleurs à ces endroits étaient atteints de cancer de 4 à 5 fois plus que la norme des gens qui n'étaient pas exposés à un tel environnement.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 avril 2021 08 h 25

    Le mantra

    « en temps de pandémie où un virus se transmet principalement par aérosols »

    À force de l'entendre répéter, on finirait par croire que cela relève de l'évidence.Mais les choses ne sont pas si simples. S'il est démontré que les risques sont accrus lors des IMGA au point que les équipements de protection personnelles y sont obligatoires, on n'a toujours pas réussi à prendre la mesure des dangers potentiels dans les autres situations. Cela tient à la fois aux caractéristiques biochimiques du virus et de ses variants et à la très grande variété des environnements en cause.

    Parlant de ceux-ci, le but du gouvernement n'était pas de faire un inventaire exhaustif des environnements de classe ni de mesurer les concentrations de CO2 sans intervenir, mais de dresser un portrait des différents types et des moyens susceptibles ou d'y garantir des conditions sanitaires optimales.

    D'une généralisation à l'autre, après avoir répété le mantra de la transmission par aérosols, il est trop facile de suggérer que toutes les classes du réseau seraient des incubateurs à virus qu'on devrait transformer en chambres à pression négative comme dans les hopitaux..

    Mais on ne devrait pas faire de tels appels aux nuances, au risque de passer pour insensible au sort des enfants, n'est-ce pas....

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 20 avril 2021 09 h 33

      À Richard Maltais-Desjardins :
      Le thèse selon laquelle la transmission du Covid-19 par gouttelettes respiratoires ne serait prouvée qu'en zone rouge des hôpitaux (lors des IMGA) a été plaidée en janvier dernier devant le Tribunal administratif du travail par les experts de la Santé publique du Québec.

      Le tribunal a estimé ceux-ci de 'non crédibles' et leurs arguments de 'sophismes'.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 avril 2021 15 h 39

      Je sais cela, monsieur Martel. Mais vous noterez que les juges n'ont pas la compétence de trancher des débats scientifiques. La décision était avant tout fondée sur l'engagement de la CNESST de pourvoir à la santé et sécurité des travailleurs avec mieux de prudence que moins, ce dont on ne peut que se féliciter. Malheureusement, le TAT s'est cru obligé pour cela de discréditer ceux qui se contentaient de rendre compte de l'état actuel de la connaissance sur ces questions. Cela n'était ni nécessaire ni légitime pour justifier le niveau d'intensité d'application du principe de précaution.

    • Loyola Leroux - Abonné 20 avril 2021 17 h 22

      Monsieur Desjardins, quelle est donc cette ''nouvelle politique du Devoir''? Est-elle publique ?

    • Marc Therrien - Abonné 20 avril 2021 18 h 24

      M. Leroux,

      Tout au bas de cette page, dans la section « À propos », sous-section « Participation aux commentaires », au point 8. Durée d'activation des commentaires :
      « Nos articles sont ouverts aux commentaires pour une durée de 24 heures après leur mise en ligne. Après cette période, il n’est plus possible de commenter les articles. » Il fut un temps où on pouvait commenter et se répondre pendant 48 heures.

      Marc Therrien

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 20 avril 2021 09 h 21

    Le problème est le virus

    Si les écoles sont le deuxième lieu de propagation du Covid-19 au Québec, ce n'est pas en raison du manque de ventilation, mais parce qu'on y admet des écoliers atteints.

    Le CO2 n'a jamais tué personne en classe. Le danger de mort pour les enseignants et pour les parents d'élèves, c'est la présence de virus et non de gaz carbonique en classe.

    Dans la majorité des classes du Québec, aucun élève n'est atteint du Covid-19. Donc ces classes, même mal ventilées, ne représentent aucun risque de transmission de l'épidémie.

    Oui, on s'occupera de la qualité de l'air (CO2 et amiante) après la pandémie. Mais ce qu'il faut maintenant, c'est de retirer des écoles les élèves atteints, symptomatiques ou non. Et pour savoir qui est atteint, il faut tester régulièrement _tous_ les écoliers du Québec. Parce qu'il est impossible autrement de savoir qui contamine les autres.

    Mais pour des raisons d'économie, on ne veut ni dépenser pour des tests généralisés ni pour des purificateurs d'air HEPA. Alors on détourne l'attention sur le CO2.

  • Loyola Leroux - Abonné 20 avril 2021 12 h 01

    Le retour des valeurs morales des «Frères des écoles chrétiennes» ?

    Monsieur Papineau défend les intérêts des enseignants, c’est dans l’ordre des choses. Cela se nomme le corporatisme. Mais cette phrase surprend : «Ne devrait-il pas alors, selon un contrat moral implicite qu’il entretient avec les Québécois…» ! Tous savent que le gouvernement et les enseignants syndiqués ont un contrat de travail, une convention collective très épaisse avec un langage juridique qui laisse peu de place à ‘’l’implicite’’, comme tous les cols bleus, mais d’attribuer une ‘’valeur morale’’ à des revendications syndicales, comme autrefois, pour les religieux qui pratiquaient une vocation, ne va-t-il pas à l’encontre de l’idée de laïcité ? Il me semble que peu d’enseignant reconnaissent une ‘’valeur morale’’ à leurs exigences syndicales, contrairement aux dirigeants de leur centrale la FAE !