La violence conjugale n’a pas de frontières

Une grande marche «Pas une de plus» pour dénoncer la violence en contexte conjugal a eu lieu le vendredi 2 avril.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Une grande marche «Pas une de plus» pour dénoncer la violence en contexte conjugal a eu lieu le vendredi 2 avril.

Dans les médias, un sujet revient malheureusement régulièrement à la une : la violence conjugale. Depuis le début de l’année, rappelons-le pour ne jamais l’oublier, huit femmes* — Elisapee Angma, Marly Édouard, Nancy Roy, Myriam Dallaire, Sylvie Bisson, Nadège Jolicœur, Rebekah Harry, Kataluk Paningayak — ont été tuées : coups de pied, coups de poing, crâne fracassé par un « objet contondant », coups de hache… Juste l’écrire donne des frissons. Je n’ose imaginer les dernières pensées de ces femmes violentées.

Certaines réactions à cette horrible réalité sont toutefois encourageantes. La succession rapide de ces décès a fait réaliser que le problème est là, exacerbé par la pandémie et que rien ne semble pouvoir en venir à bout. Toujours des larmes.

Des hommes, comme Étienne Boulay et Ricardo Lamour, prennent la parole pour dire « C’est assez ! ». Les hommes se sentent interpellés. Touchés. Des hommes qui voient bien que les victimes de violence conjugale sont majoritairement des femmes et que leurs agresseurs sont majoritairement des hommes. Des hommes qui ne font pas les autruches et qui sont solidaires des femmes. Qui demandent aux hommes violents de demander de l’aide. De parler.

Une grande marche « Pas une de plus » pour dénoncer la violence en contexte conjugal a eu lieu le vendredi 2 avril.

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu a déposé un projet de loi pour que les mots deviennent enfin des actions. Première action : il a écouté les femmes. Une centaine de femmes victimes de violence conjugale ont été consultées. « On leur a demandé comment le Code criminel et le système de justice peuvent mieux les protéger », a dit M. Boisvenu en entrevue. Il est ressorti de cette consultation que, pour être en mesure de mieux surveiller les hommes accusés de violence conjugale qui sont en attente de procès, le port du bracelet électronique est une solution. Une fois reconnu coupable par un juge, l’agresseur se verrait obligé de suivre une thérapie en violence conjugale. Le sénateur Boisvenu demande également que la victime soit informée de la date de remise en liberté de son ex-conjoint de même que de ses conditions de remises en liberté.

Cette loi — qui pourrait être adoptée d’ici la fin juin, selon le sénateur Boisvenu — est un pas dans la bonne direction. Enfin, « les bottines suivent les babines ! », comme aurait dit ma grand-mère.

Mais. Car il y a un « mais ». Toutes les femmes victimes de violence conjugale ne sont pas dans une relation de couple « traditionnelle ». La violence conjugale n’a pas de frontières. Elle peut être présente dans tous les types de relation de couple, amoureuse ou intime. La violence conjugale, c’est lorsque, au sein d’un couple — au sens large —, l’une des personnes subit des sévices de la part de l’autre.

Fait numéro 1 : Il n’est pas nécessaire que la victime et l’agresseur aient résidé à la même adresse.

Fait numéro 2 : Une relation intime n’est pas nécessairement une relation amoureuse. Ainsi, une femme qui entretient une relation basée sur la sexualité avec un homme qui se révélera être un agresseur est une victime de violence conjugale.

Fait numéro 3 : Une femme qui se retrouve sous l’emprise d’un souteneur est une victime de violence conjugale.

Fait numéro 4 : Une femme sans domicile fixe qui subit les caresses et les attouchements d’un homme parce qu’elle veut rester avec lui, près de lui, pour se sentir un tant soit peu en sécurité plutôt que de se retrouver seule face aux dangers dans la rue, est aussi une victime de violence conjugale.

Donc, oui, le projet de loi du sénateur Pierre-Hugues Boisvenu est un premier pas dans la bonne direction, mais il ne doit pas être le seul.

* Ces lignes on été écrites avant la confirmation lundi d’un neuvième féminicide cette année au Québec.

2 commentaires
  • Rachel Collard - Abonnée 13 avril 2021 12 h 32

    On ne parle que des mortes

    Mais pour une femme victime de violence congugale morte, combien y en a-t-il, vivotantes, qui se font bardasser au quotidien, par des monsieurs apparemment invisibles, qui marchent, rient, vivent en société? Combien de bourreaux fonctionnent sans conséquences aucune, font les courses, dans chaque village, dans chaque ville? Ce sont eux, les raisons de la peur constante des femmes. Quand décidera-t-on vraiment qu'ils sont le problème de tout le monde, pas juste le nôtre lorsqu'on craint pour sa vie? Je pense que la société évalue mal leur nombre - on a beaucoup de travail.

  • Ghyslaine Thomas - Abonnée 13 avril 2021 23 h 39

    Mieux nommer le problème

    C'est un problème de violence masculine. Non pas la violence de tous les hommes. c'est une forme de violence sur les femmes par des hommes qui prennent ce pouvoir sur une femme. C'est quelque chose d'appris, de déjà permis, qui a perdurer à travers le temps. Ce n'est pas une affaire de violence conjugale, familiale ou autres. C'est de la violence sur une femme. Elle dérange, je l'élimine... Enfin, il faut du travail de toute une civilisation pour en venir à arrêter ces comportements.

    Dans les sociétés violentes, ce sont les hommes qui prennent ce pouvoir sur les femmes. Dans les guerres, les hommes violent les femmes. C'est quelque chose qui est de l'ordre d'un certain pouvoir faisant partie d'une norme culturelle à travers les civilisations. Il faut en venir à bout.