Il faut arrêter l’hémorragie à Montréal

«La qualité de vie dans un quartier ne tient pas qu’à l’existence d’un parc bien aménagé et entretenu, de pistes cyclables plus nombreuses, mais aussi à des habitations saines à coût raisonnable, à la gamme de services et de commerces sur lesquels on peut compter à une distance de marche», écrit l'autrice.
Photo: Michael Monnier Archives Le Devoir «La qualité de vie dans un quartier ne tient pas qu’à l’existence d’un parc bien aménagé et entretenu, de pistes cyclables plus nombreuses, mais aussi à des habitations saines à coût raisonnable, à la gamme de services et de commerces sur lesquels on peut compter à une distance de marche», écrit l'autrice.

Surchauffe immobilière, hausse exagérée des loyers résidentiels et commerciaux, évictions agressives de locataires, gentrification, étalement urbain. Exode des familles vers la région ou la banlieue en périphérie, maisons aux prix gonflés. Si la tendance se maintient, laissant place à tous les appâts du gain, Montréal se videra d’autres familles et « boomers » en quête d’une tranquillité d’esprit et d’un vrai esprit communautaire. Il est urgent d’arrêter l’hémorragie.

Ne nous leurrons pas. Certes, sont charmants les reportages relatant le « retour en ville » de jeunes familles après avoir vécu en région. Mais ces histoires ne reflètent pas la réalité qui se déroule sous nos yeux, d’arrondissement en arrondissement. Par exemple, dans mon quartier de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, la vie ressemble à celle d’une banlieue-dortoir, avec pour seule différence la non-ressemblance de l’architecture des maisons. La pandémie a exacerbé la métamorphose. Comme à Laval, il faudrait à chacun sa bagnole. À proximité ferment des commerces indépendants, d’autres sont en voie de disparaître dans le centre commercial de taille moyenne qui regroupait grosso modo tout ce qui répondait à nos besoins. La cause première ? La hausse exagérée des loyers commerciaux qui font fuir des propriétaires ancrés ici depuis longtemps.

Et que dire du boom immobilier ? Les courtiers résolument voués à faire grimper la valeur foncière des pans de quartiers de Montréal flairent la bonne affaire. L’automne dernier, une agence immobilière a même laissé, dans la boîte de courrier, une lettre ne cachant pas son appétit vorace pour la surenchère, que nous étions invités à applaudir. Jamais n’avions-nous lu pareille réclame. Si nous étions aujourd’hui de jeunes professionnels à la recherche d’une première maison, nous devrions y renoncer, aux prix actuels.

Nous vendrions sans doute rapidement notre maison, tant l’offre sur le marché ne suffit pas. Mais pour aller où, quand nous ne privilégions aucunement la vie qu’entre retraités ? Et serions-nous réellement les bienvenus dans un nouveau complexe de condos ciblant les familles ? L’âgisme ambiant n’est pas encourageant. Quand les Valérie Plante et Denis Coderre parlent de mixité sociale, est-ce qu’ils incluent la horde de « boomers » aussi ? Ce n’est pas clair du tout.

Quel choix d’hébergement décent reste-t-il aux personnes aux revenus moyens et faibles dans le Grand Montréal ? La qualité de vie dans un quartier ne tient pas qu’à l’existence d’un parc bien aménagé et entretenu, de pistes cyclables plus nombreuses, mais aussi à des habitations saines à coût raisonnable, à la gamme de services et de commerces sur lesquels on peut compter à une distance de marche.

Pendant qu’on nous annonce, en vue de l’été prochain, que seront investis des millions afin de réanimer le centre-ville et le Quartier des spectacles, comme si le Montréal du présent et du futur n’était que le Centre-Sud, on semble oublier que beaucoup d’arrondissements ont grand besoin d’un apport de vitalité, de solidarité.

Denis Coderre rêve d’une densification du centre-ville à la verticale tout en prêchant en faveur d’un Montréal pour tous les Montréalais. Valérie Plante cherche, avec un degré d’impuissance grandissant, des solutions pour pallier tant la pénurie de logements que les impacts de l’étalement urbain. Les commerces de proximité et les centres commerciaux de petite et de moyenne tailles sont à risque de péricliter alors qu’en pleine pandémie nous en avons besoin plus que jamais.

À quoi ressemblera le Montréal de demain ? Il revient aux Montréalais de réfléchir et de s’exprimer sur l’avenir non pas seulement de leur quartier immédiat, mais de toute l’île, s’ils aiment suffisamment Montréal pour qu’elle ne devienne pas une métropole où ne cohabitent que les très fortunés et plutôt bien nantis.

6 commentaires
  • François Beaulé - Inscrit 10 avril 2021 10 h 00

    La spéculation immobilière exacerbe les inégalités

    Les prix des maisons et des condos neufs ont augmenté phénoménalement à Montréal au cours des 20 dernières années. D'une façon complètement disproportionnée comparée à l'inflation générale. Et l'écart entre le revenu médian des ménages et le prix des propriétés s'est encore accentué pendant la dernière année.

    Le prix des loyers pour des logements occupés depuis longtemps est contrôlé par la régie du logement devenue le Tribunal Administratif du Logement. Mais le prix des logements à louer est devenu prohibitif pour les gens à bas revenus et même pour une partie de la classe moyenne.

    Si le marché immobilier fonctionnait selon la théorie économique, la demande pour l'achat ou la location de résidences devrait stimuler l'offre et donc favoriser la construction de nouvelles résidences. À condition qu'il y ait une véritable concurrence entre les constructeurs d'habitations. Une abondance de résidences disponibles en ferait baisser le prix.

    Mais l'étalement urbain et les difficultés de transport et son coût complique les choses. Habiter dans une lointaine banlieue implique une grande dépendance à l'automobile. Une famille doit posséder de 2 à 4 véhicules pour se déplacer. Sans compter les problèmes environnementaux causés par l'étalement urbain.

    Il est urgent que le gouvernement saisisse pourquoi les prix des habitations neuves augmentent beaucoup plus vite que les revenus des gens depuis 20 ans. Et trouve les remèdes à ce problème.

    Par ailleurs, le retard de l'État, depuis des décennies, à planifier l'aménagement urbain, notamment en imposant un minimum de densité, permet au marché de maximiser l'étalement urbain, ce qui cause non seulement des problèmes environnementaux mais aussi une aggravation des inégalités sociales. La réduction de l'accès à la propriété et la flambée des loyers exacerbent les inégalités sociales.

  • Claude Bernard - Abonné 10 avril 2021 10 h 09

    La pénurie que certains applaudissent

    Un certain chroniqueur, que je ne nommerai pas, trouve que la pénurie est une bonne chose car alors les salaires augmentent!
    Les logements sont rares et mal ou peu entretenus, les terrains disponibles, les rêglements, toutes sortes d'enfarges limitent la construction de loyers abordables sans l'intervention de l'État qui n'a pas les moyens de ses ambitions.
    Densifier en permettant de construire en hauteur peut indubitablement aider.
    Améliorer le transport en commun aussi.
    Ne pas chercher à construire la ville à la campagne également.
    Des exemples de réussites de villes planifiées pour piétons où les autos ne sont pas une obligation il y en a de par le monde, tel que Curitiba au Brésil.
    Nous devons les faire connaitre et nous en inspirer.

    • Gilles Théberge - Abonné 10 avril 2021 11 h 36

      Pourquoi avez-vous peur de nommer ce chroniqueur qui est Jean-François Lisée, qui en effet et en réalité trouve que « la pénurie est une bonne chose car alors les salaires augmentent!»...?

      Vous aimez ça les bas salaires ?

      Est-ce que vous-même vivez bien avec un bas salaire ?

      D'abord qavez-vous un bas salaire ?

      Sur quoi vous basez-vous pour affirmer que ce n'est pas une bonne chose ?

      Est-ce que ça vous arrive de réfléchir à l'hypothèse que plus il y a pénurie apparente, plus la pression est forte pour que les salaires augmentent...? Et que plus il y a de gens corvéable, moins on offre de bons salaires ?

      Non ça vous vient pas à l'idée. Et c'est ourquoi vous dites n'importe quoi !

    • Claude Bernard - Abonné 10 avril 2021 22 h 09

      M Théberge
      Les bas salaires ne sont pas les seuls où il y a pénurie.
      Les travailleurs de la construction, les chauffeurs de camions, les soudeurs, les mineurs,les informaticiens, les radiologistes, les ingénieurs ; les infirmières, toutes une série de jobs bien payées sont répertoriées comme en pénurie.
      Je n'aime pas plus que vous les bas salaires et il y a pénurie là aussi avec le salaire minimum fixé trop bas par le gouvernement.
      Les immigrants acceptent le salaire minimum pour un temps mais trop peu parlent anglais et français ce qui est requis pour la plupart des jobs, cela n'est pas la faute des nouveaux arrivés au Québec.

  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 10 avril 2021 16 h 00

    Simple: convenons d'un niveau impeccable d'insonorisation et d'isolation pour un logement ou une maison.
    Suite à une offre d'achat, à l'Inspection, imposons un test d'ascoustique et d'isolement, imposons aux acheteurs de voir au travaux d'isolation et d'insonorisation à leur frais si la bâtisse ne passe pas le test.
    Parce qu'en plus de se vendre cher, les gentrificateurs mettent des cuisines Haut de gamme sur des murs vide d'isolant avec le temps et plus d'insonorisation.
    Cette loi aiderait à décroître les transactions en plus de remettre en ordre des milliers de logement qui sont trop froid en hiver et dans lequel on entend le voisin siffler.
    Les propriétaires doivent être responsabilisés..

  • Michel Tremblay - Inscrite 10 avril 2021 20 h 19

    Vivre à Montreal

    Seuls les très riches et les étrangers peuvent se permettre de vivre à Montréal.