L’importance du «nous» en pandémie

«Il est important de se rappeler que c’est l’État qui répond présent en cas de crise, et non les grandes multinationales», écrit l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Il est important de se rappeler que c’est l’État qui répond présent en cas de crise, et non les grandes multinationales», écrit l'auteur.

À l’aube du premier anniversaire du premier confinement, certains feront des bilans épidémiologiques de la situation. Néanmoins, s’il y a bien une chose que le Québec devrait retenir, c’est l’importance du « nous », soit du rôle du collectif.

En effet, la pandémie nous a confrontés au choc de la réalité. Bien que nous soyons préoccupés par nos parcours individuels, nous sommes obligés de concevoir aujourd’hui que nos destins sont liés les uns aux autres. Nous vivons en société, et nos libertés individuelles s’arrêtent au moment où elles touchent nos libertés collectives. Cette privation de nos privilèges lors du confinement (voyages, sports, restaurants, etc.) et le changement radical de notre mode de vie habituel ont été faits au nom de l’intérêt général, de la santé publique.

En fait, nous ne sommes pas uniquement des « self-made-men ». Chacun de nos gestes influe sur le sort collectif, même nos simples contacts sociaux, et nous en oublions que nous sommes redevables à l’État. C’est en effet grâce aux programmes publics mis en place par l’État que nous bénéficions de toutes sortes de services : aide financière (ex. : PCU), soins de santé universels, accès à l’éducation, etc., et que nous pouvons nous concentrer sur notre devenir individuel. Pour le meilleur et pour le pire, nous héritons des projets de société que nous nous sommes offerts. Ce sont les investissements du passé dans nos infrastructures qui expliquent la résilience d’aujourd’hui. Et au contraire, si nous avons réduit certains services de l’État (ex. : santé, éducation), nous en payons les frais actuellement. On récolte ce que l’on sème.

Je pense qu’il est important de se rappeler que c’est l’État qui répond présent en cas de crise, et non les grandes multinationales. Nous devons nous rappeler que, malgré la « philanthropie » des GAFAM, elles ont été très peu généreuses à notre endroit. Elles ont fait d’énormes profits, dont peu d’entre nous bénéficieront, et ce, dans un contexte où de nombreuses personnes se sont précarisées. Les GAFAM sont assurément loin d’avoir apporté leur juste contribution.

La pandémie est l’occasion de prendre conscience d’un plus grand que soi : nous faisons partie d’une société intergénérationnelle et plurielle. Une société qui, je l’espère, sera encore plus sensible à la conception du commun, surtout dans ce que l’on désignera comme étant le monde « d’après ».

C’est pourquoi j’espère que nous continuerons à avoir des projets de société ambitieux qui répondront aux enjeux de demain, projets dont l’État pourrait se faire l’écho et le maître d’œuvre. D’ailleurs, je souhaite que les efforts déployés pour surmonter les défis contemporains, tels les changements climatiques, soient à la même hauteur que ceux déployés pour enrayer la pandémie de COVID-19.

Les partis politiques nous ont montré qu’ils peuvent travailler ensemble pour l’intérêt supérieur des Québécois et des Québécoises. Nous espérons que cet esprit sera conservé, et ce, même durant les campagnes électorales.

Pour l’heure, il revient à chacun de ne pas oublier que les possibles de son « je » dépendent du « nous ».

5 commentaires
  • Patrick Dolmaire - Abonné 8 mars 2021 00 h 29

    Ne nous méprenons pas !

    «Et au contraire, si nous avons réduit certains services de l’État (ex. : santé, éducation), nous en payons les frais actuellement. On récolte ce que l’on sème.»
    Tout à fait d'accord à part peut-être pour le «nous». Je ne me souviens pas lorsque j'ai participé à des élections que les partis élus, avaient décrit dans leur programme électoral la réduction des services de l'État et particulièrement la santé et l'éducation ... On récolte plutôt ce qu'ils ont semé.

  • Cyril Dionne - Abonné 8 mars 2021 07 h 41

    L’anonymité de la collectivité

    Le « nous » incorpore non seulement la collectivité, mais aussi les libertés qui engendrent les responsabilités. Mais c’est toujours plus facile d’être résilient lorsque les investissements du passé dans nos infrastructures ont été faits par ceux qui nous ont précédé, oui ceux qui ont fait les sacrifices nécessaires et que nous traitons présentement comme des citoyens de 2e ordre qui ne sont que bon à disparaître dans ces « mouroirs » en temps de pandémie appelés les CHSLD ou bien les maisons pour aînés. Alors, pour les « self-made-men » comme nous, on repassera.

    Mais bien d’accord avec la prémisse de l’auteur que c’est l’État qui répond présent aux intempéries que subissent les sociétés en temps de crise sanitaire. La mondialisation a été, est et sera toujours un leurre mis en place par les riches et puissants de ce monde, les nouveaux aristocrates multimilliardaires des GAFAM entre autre qui n’ont fait que de remplacer l’ancienne monarchie du droit divin et les anciens empires colonialistes d’un temps bien résolu. Ce n’est pas la philanthropie ou bien des oeuvres de charité que les sociétés ont besoin, mais bien la justice sociale. Les multinationales sans âme ne paient absolument rien dans nos sociétés.

    Un petit bémol à ce texte d’opinion que j’ai bien aimé lire sur le défi des changements climatiques. La solution à ce dilemme est pourtant simple et passe par un contrôle de la surpopulation, l’éducation pour tous, la fin de l’asservissement des femmes dans les pays en voie de développement ainsi qu’adopter la simplicité volontaire, non pas de façon involontaire comme les pauvres le font, mais d’en faire la nôtre. Malheureusement, c’est un rêve trop beau pour ce bas monde. Ce n’est certainement pas les panneaux solaires à base de charbon, les moulins à vent à la Don Quichotte en plastique ou les voitures électriques avec des piles qui empoissonnent l'environnement qui feront la différence.

  • François Beaulé - Inscrit 8 mars 2021 07 h 46

    L'humanité est plus qu'un État particulier

    La reconnaissance que monsieur Morin accorde à l'État, canadien et québécois -- ce n'est pas le temps des chicanes constitutionnelles --, ne rend pas complètement justice à la dimension sociale de l'humanité.

    Le langage, le savoir, la science et la culture sont le fruit d'une création collective. Sans eux, l'individu n'est pas humain. Sa liberté individuelle serait celle d'un animal. La société est plus fondamentale que l'État. Sans société, il n'y a pas d'humanité. Mais le libéralisme fait la promotion de l'individualisme et crée le mythe du « self-made-man ». Il est vrai que la société contraint l'individu, mais elle lui permet d'être homme, elle lui offre la possibilité d'une liberté autre que celle de l'animal.

    Je doute que la pandémie suffise à renverser les valeurs perverses du libéralisme. Le système capitaliste continuera à exercer son pouvoir gigantesque pour promouvoir l'individualisme. Il continuera de faire croire que la croissance économique peut être sans fin malgré les limites environnementales de la Terre. Il continuera à soumettre les États. Alors que ceux-ci, étant en concurrence, ne pourront pas défendre le bien commun. Il faudrait être capable d'une remise en question radicale du système économique et de l'organisation des États. Ce ne sera pas facile. La nature et l'humanité sont en péril.

  • Jacques Patenaude - Abonné 8 mars 2021 12 h 41

    Droits individuels et droits humains

    J'aime bien cet opinion. S'il y a une chose de bonne dans la pandémie c'est ce retour à la notion d'intérêt général qu'on peut aussi nommer le bien commun.On le voit durant cette pandémie il n'y a pas que les droits des individus qui font une société. Philosophiquement il n'y a pas une mais bien deux visions des droits: Une qui privilégie le droits des individus et l'autre les module les droits par la notion d'intérêt général: l'un viens des lumières écossaises (J.Lock) et l'autre est plutôt d'origine européenne. Votre texte nous ramène à la conception Européenne dont on devrait davantage s'inspirer à la suite de la pandémie. Au Québec il existe deux chartes, la québécoise et la canadienne. La québécoise s'inspire de la conception européenne, la canadienne de la conception lockienne, Mais elles ne sont pas d'égales portée car la canadienne par sa constitutionnalisation a prépondérance sur l'autre.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 8 mars 2021 14 h 41

    Excellent texte

    Bravo !