Ce qu’il faut pour vivre

«On a sorti ce peuple hors de leurs igloos pour les caser dans des maisons où on leur donne à peine de quoi survivre», écrit l'autrice.
Photo: Clement Sabourin Agence France-Presse «On a sorti ce peuple hors de leurs igloos pour les caser dans des maisons où on leur donne à peine de quoi survivre», écrit l'autrice.

Une image ne vaut pas toujours mille mots ni les maux qu’elle cache. Tout semble paisible au premier abord derrière cette image d’une communauté autochtone du Grand Nord. Vous ne voyez pas qu’il fait environ -35 et que le vent souffle à plus de 70 km/h. Vous ne voyez surtout pas la surpopulation des logements, la pauvreté, les problèmes sociaux et les problèmes de santé.

L’approche colonisatrice des Premières Nations se poursuit encore aujourd’hui. Pas besoin de vous rappeler le rapport de l’ONU qui avait jeté la honte sur le Canada, rapportant que les communautés autochtones ici vivaient dans des conditions de vie similaires aux pays du tiers monde.

Bon, vous savez sans doute déjà tout ça. C’est de leur dignité que je voudrais vous parler aujourd’hui.

Depuis 10 ans maintenant que je côtoie principalement les communautés inuites du Grand Nord comme infirmière. Depuis 10 ans la situation se détériore et ne s’améliore pas. Toujours un taux de suicide 11 fois plus élevé que le reste du Canada, toujours une surreprésentation en milieu carcéral.

Pourquoi l’aide sociale est-elle de 700 $ par mois et la PCU, de 2000 $ ? Pourquoi, en temps de pandémie, on a jugé que 2000 $ était un minimum acceptable pour survivre sans emploi ? Qui est capable de vivre dignement avec 700 $ par mois ? Les communautés inuites du Grand Nord dépendent du gouvernement pour la construction des logements et pour leurs revenus. Pas de routes ici, l’hiver presque neuf mois par année, pas de magasins, pas d’entreprises, ni d’industries et de commerces.

On a sorti ce peuple hors de leurs igloos pour les caser dans des maisons où on leur donne à peine de quoi survivre.

Ce que je constate depuis 10 ans, c’est une augmentation de la détresse, des problèmes de santé mentale et de la précarité psychosociale. Un peuple si fort, d’une richesse culturelle inouïe ; on leur vole leur dignité en les gardant dans la précarité.

Les listes d’attente pour les soins, plus au sud, sont encore pire depuis le début de la pandémie.

Il n’y en a pas, d’excuses, pour leurs conditions de vie. Il n’y en a pas. Point.

Et ça fait mal à voir et ça me fait surtout honte. J’ai la rage pour eux. Quand je vois que de génération en génération, n’ayant pas d’aide ni de soutien pour les problèmes de dépendance à l’alcool, d’abus sexuels et de violence ; ils sont coincés, pris dans ce système. Personne ne devrait avoir à vivre dans ces conditions. Et les seuls responsables sont nos gouvernements ; provincial et fédéral. Une honte.

Certains ont voulu débattre, lors de la commission Viens, au sujet du terme génocide employé pour qualifier la situation…

Ici, dans le Grand Nord, c’est l’homme blanc qui est policier, c’est la femme blanche qui est infirmière, c’est encore le Blanc qui est prof, et la DPJ qui vient prendre vos enfants chez vous est aussi blanche. Ce sont ces Blancs qui vivent dans de beaux logements de deux chambres, seuls, pendant que l’Inuit, lui, n’a pas de job, un système scolaire pas à jour comparé au reste de la province, 700 $ par mois pour vivre quand une salade coûte 8 $ à l’épicerie, moins d’accès aux soins que le reste des Québécois, vit des fois à 12 dans un logement et se suicide 11 fois plus que le reste du pays.

Veux-tu en parler avec moi, du terme génocide ? Ou peut-être avec eux ?

Donnez-leur un salaire décent d’abord, que je me suis dit. Enlevez cette pauvreté, c’est un minimum pour redonner un peu de dignité à n’importe qui. Parce que dans la pauvreté, on ne va nulle part. Et après, je me suis dit : on est bon pour faire des commissions d’enquête, au Québec, et des consultations publiques ; et si on leur demandait à eux ce qu’ils veulent, pour une fois, ce dont ils ont besoin, eux ? Si on écoutait ce qu’ils ont à nous dire ?

Génocide. Acceptez ce mot et reconnaissez-le. Soyez-en témoin. Car ça se passe chez vous, juste au-dessus de votre tête, au pays des rennes du père Noël. Joyeux Noël !

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