La lecture en cadeau… pour les enseignantes!

Certaines études démontrent que chaque classe du primaire devrait être équipée d’un minimum de 500 livres en papier pour développer le goût de lire et les compétences à lire et à apprécier des œuvres littéraires.
Photo: Getty Images Certaines études démontrent que chaque classe du primaire devrait être équipée d’un minimum de 500 livres en papier pour développer le goût de lire et les compétences à lire et à apprécier des œuvres littéraires.

Dans sa chronique du samedi 28 novembre intitulée « La lecture en cadeau », Normand Baillargeon rappelle avec conviction ce qui suit : faire des enfants des lecteurs est une absolue priorité en éducation.

Vous ne serez pas surpris de lire qu’en tant que didacticien du français et professeur à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke, spécialiste de l’enseignement de la lecture et de l’appréciation des œuvres littéraires et codirecteur du Collectif CLÉ sur la continuité des apprentissages en lecture et en écriture tout au long de la vie, j’embrasse pleinement ce vœu.

Et je ne suis pas le seul : 94,6 % des 518 enseignantes interrogées dans le cadre de la plus vaste enquête* indépendante québécoise menée sur l’enseignement de la lecture et de l’appréciation des œuvres littéraires à l’école primaire affirment que donner le goût de lire à leurs élèves est leur objectif prioritaire… La quasi-totalité des enseignantes dit d’ailleurs aimer lire des œuvres littéraires pour la jeunesse (97,9 %) et partager son intérêt pour la lecture avec les élèves (95,0 %).

Cependant, en tant que société, offre-t-on aux enseignantes les moyens de leurs ambitions ?

Bien que les enseignantes du primaire déclarent en majorité utiliser des œuvres littéraires intégrales en papier pour enseigner la lecture/appréciation au primaire,

– près de la moitié (45,9 %) mettent en avant, comme besoin prioritaire pour leur enseignement, celui d’« avoir un meilleur accès aux œuvres littéraires » ;

– près de la moitié (43,7 %) n’ont d’ailleurs pas accès facilement aux œuvres littéraires directement dans leur classe ;

– et encore près de la moitié (44,2 %) soulignent avoir moins de 100 livres en format papier en classe.

Les travaux de l’Américain Richard Allington, notamment, indiquent que chaque classe du primaire devrait être équipée d’un minimum de 500 livres en papier pour développer le goût de lire et les compétences à lire et à apprécier des œuvres littéraires… Au Québec, une seule enseignante sur dix déclare en avoir 500 et plus dans sa classe. Par conséquent, c’est près de 90 % des classes du primaire québécoises qui n’ont pas ce nombre de livres dit minimum pour susciter et entretenir le désir de lire chez les enfants.

Les résultats de l’enquête montrent aussi que les quelques livres présents en classe sont généralement placés dans un coin lecture et dans des bibliothèques, mais qu’environ la moitié des enseignantes (52,1 %) déclarent ne pas avoir de tels lieux consacrés à la lecture et que, plus on avance dans le parcours scolaire, moins les coins lecture sont présents en classe.

Devant de tels constats, tant le chercheur en moi, le formateur d’enseignants et l’enseignant de formation que le père et citoyen se questionnent sur le peu de budget accordé aux livres, aux œuvres littéraires en papier et aux lieux pour stimuler le goût et le plaisir de lire au primaire.

Dans cette volonté de former des lecteurs pour la vie, sachez que je ne blâme aucunement les enseignantes, qui, très souvent, paient d’elles-mêmes les livres qui sont présents dans leur classe et qui usent d’une grande créativité pour donner le goût de lire à leurs élèves malgré des ressources extrêmement limitées.

À quelques jours de la période des Fêtes, j’appelle de tous mes vœux ceci, comme absolue priorité en éducation : que le père Noël inonde les classes de livres et permette ainsi aux enseignantes de jouer pleinement leur rôle de modèles de lectrices pour leurs élèves. Que la lecture en cadeau soit, en quelque sorte, offerte aux enseignantes elles-mêmes, et ce, pour le plus grand bien de tous les enfants qui leur sont confiés.

* L’enquête est disponible à l’adresse suivante : bit.ly/33F0FyF

8 commentaires
  • Laurette - Abonné 3 décembre 2020 10 h 10

    On croit encore au père Noël?

    S'il est vrai, comme l'affirme monsieur Lépine dans cet article, que 94.6% des enseignants affirment que «donner le goût de lire à leurs élèves est leur objectif prioritaire» et déclarent «en majorité utiliser des oeuvres littéraires intégrales en papier pour enseigner la lecture», alors comment expliquer que près de 50% des citoyens du Québec soient analphabètes après 10 années d'études obligatoires et que dans une province comptant plus de huit millions d'habitants, un succès en librairie consiste à vendre 10 000 exemplaires d'un livre? À supposer que le père Noël inonde les classes de livres (il faut bien rêver), combien d'enseignants (dont plusieurs n'auraient pas, semble-t-il, réussi leurs propres examens de français) seraient en mesure de faire bien connaître des oeuvres à leurs élèves et leur donner le goût de lire?

  • Marcel Vachon - Abonné 3 décembre 2020 10 h 44

    Cadeau: un livre

    Depuis presque toujours, j'ai offert un livre (du Québec) et un cadeau approprié (du Québec) à chaque personne à qui je fais un cadeau. QU'ils (elles) aient 2 mois ou 70 ans.
    Cette année, même politique (toujours du Québec) sauf que j'ai fait livré directement du libraire aux personnes concernées, histoire d'éviter les contacts de Noël qui vient. Via téléphone, j'ai invité les récipiendaires à n'ouvrit ces colis qu'à Noël. La surprise demeure donc.
    Joyeux Noël à toutes et tous.

  • Naomi LeBel - Inscrite 3 décembre 2020 12 h 02

    Et les bibliothèques scolaires, y avez-vous pensé?

    La grande majorité des écoles du Québec sont dotées d'une bibliothèque scolaire et le Ministère de l'éducation investit des millions de dollars depuis plus d'une décennie pour l'achat de livres pour ces bibliothèques. Des bibliothécaires ont été embauchés pour développer des collections de livres riches, variées et à jour. La bibliothèque scolaire est une ressource essentielle pour soutenir l'enseignement et l'apprentissage de la lecture, et il est beaucoup plus intéressant pour les enseignants et les élèves de garnir la bibliothèque de classe avec les livres de la bibliothèque. Ceci permait d'avoir une bibliothèque de classe toujours renouvelée, en lien avec ce qui est travaillé en classe et adapté aux besoins des enseignants et des élèves. La bibliothèque scolaire et la bibliothèque de classe sont des ressources complémentaires. https://sites.google.com/cssmi.qc.ca/bibliocssmi/services-au-primaire/biblioth%C3%A8ques-de-classe?authuser=0&fbclid=IwAR1jleF8IVfRV01anYTg4ju0zWc7HTJ4ehlGsFNdPeHFUEWq-oC4JJFx08E

  • Jérôme Guenette - Abonné 3 décembre 2020 12 h 13

    À son décès, ma mère avait demandé qu'on apporte un/des livres jeunesse au lieu de fleurs. Les livres ont été offerts à une école primaire publique en milieu défavorisé.

    Elle aussi donnait un livre à tout le monde à Noël, et je continue maintenant cette tradition.

    • Gilles Théberge - Abonné 3 décembre 2020 14 h 47

      Oui c'est bonne idée. Moi aussi je donne des livres à Noël. Bien souvent en guise de cadeaux car on ne sait plus très bien qui donner.

      J'en donne en particulier à mon petit fils. Deux fois par année, une fois à sa fête une fois à Noël.

      Bien entendu avec un chèque...!

  • Paul Gagnon - Inscrit 3 décembre 2020 12 h 13

    Primo : est-ce que les enseignants lisent?

    de vrais livre pas ke journal Métro...
    Avez-vous des statistiques là-dessus, monsieur le pédago?

    • Jérôme Guenette - Abonné 3 décembre 2020 18 h 27

      M. Gagnon.

      Ce que j'ai observé colle assez bien avec ce que l'auteur de cet article a écrit. Les efforts pour aider les enfants à apprendre à lire et aimer la lecture sont colossaux. Le Québec est reconnu mondialement pour sa littérature jeunesse.

      Que lisent les enseignants que je connais? De tout. Du journal Métro à Shakespeare en passant par des livres Arlequin, Baudelaire, David Greaber et Platon. Ils lisent aussi dans le journal que vous tenez entre vos mains que cette profession est de plus en plus difficile, et qu'elle n'attire plus les jeunes et ne retient pas les vieux.

      Les enseignants ont pour mision d"instruire, socialiser et qualifier les enfants, mêmes ceux qui entendent leurs parents dénigrer les enseignants. Inutile de dire qu'il se peut que certains élèves arrivent parfois plus ou moins disposés à l'école si un message négatif vient de la maison. Le travail des enseignants n'en est que plus difficile.

      Si vous avez des enfants au primaire ou au secondaire, offrez à leurs enseignants des cartes-cadeaux de votre librairie préférée au lieu de chocolats ou d'une tasse à café.

      Vous pouvez aussi aller lire aux petits de l'école primaire la plus proche de chez vous. Les enfants adorent ça, c'est connu.