Les mégots, la pollution insidieuse

La légèreté des mégots les fait rapidement voyager vers les égouts et les rivières. Dans l’eau, leurs composants chimiques sont rapidement libérés. Il suffit d’un seul mégot pour contaminer jusqu’à 1000 litres d’eau.
Photo: iStock La légèreté des mégots les fait rapidement voyager vers les égouts et les rivières. Dans l’eau, leurs composants chimiques sont rapidement libérés. Il suffit d’un seul mégot pour contaminer jusqu’à 1000 litres d’eau.

Parmi tous les déchets provenant de l’activité humaine, un ennemi insidieux et inquiétant passe largement inaperçu, avec des conséquences dévastatrices pour la santé publique et l’environnement : c’est le mégot de cigarette.

Chaque année, environ 4,5 milliards de mégots sont jetés au sol, ce qui représente le premier type de déchet urbain généré par les citoyens, ainsi qu’une menace pour la faune et la flore terrestre et marine (Gong, Khurshid, & Poppendieck, 2017). La nature plastique de ces filtres (acétate de cellulose) contient plus de 4500 matières chimiques, dont beaucoup sont hautement réactives, nocives et cancérigènes (p. ex., polonium 210, mercure, plomb, DDT…).

Si les effets de la fumée de cigarette sont connus depuis longtemps, la conscience sur l’énorme pollution produite par les mégots est limitée. La légèreté des mégots les fait rapidement voyager vers les égouts et les rivières. Dans l’eau, leurs composants chimiques sont rapidement libérés. Il suffit d’un seul mégot pour contaminer jusqu’à 1000 litres d’eau. De plus, de nombreuses espèces marines et terrestres avalent directement les mégots. Résultat : intoxication à long terme, perte d’appétit et décès. Enfin, les composés toxiques et les nanoplastiques remontent rapidement toute la chaîne biologique, avec des résidus présents dans l’eau potable, dans les aliments et même dans l’air.

Si la situation au niveau mondial est inquiétante, la Ville de Québec ne fait pas exception. Les mégots jonchant le sol ont une incidence directe sur l’environnement, la santé et même sur les finances de la Ville. La mairie doit assumer le coût de nettoyage des rues et de l’épuration des eaux. Des études américaines (Schneider, Peterson, Kiss, Ebeid, & Doyle, 2011) ont estimé que les coûts de ramassage des mégots de cigarettes, dans les grandes villes aux États-Unis, s’élèvent entre 3 et 16 millions de dollars par an.

La loi provinciale « concernant la lutte contre le tabagisme » (L-6.2) (Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, 2020), avec « l’interdiction de fumer dans un rayon de neuf mètres », a entraîné le retrait indirect des cendriers à l’extérieur des immeubles. En conséquence, les mégots s’accumulent aujourd’hui copieusement dans les rues, sur les trottoirs, dans les parterres, aux arrêts d’autobus et, pire encore, dans les égouts, etc.

Malgré la gravité du problème, il est possible d’agir contre la dispersion des mégots. Une campagne de sensibilisation massive devrait être menée au niveau municipal à des points clés de la ville tels que les arrêts d’autobus et divers lieux publics. La loi provinciale L-6.2 devrait être révisée en supprimant la règle des neuf mètres et en incluant la réinstallation obligatoire des cendriers à l’extérieur des bâtiments publics et complexes d’habitation. Pour aller plus loin, les fabricants de cigarettes devraient assumer les coûts de ramassage des mégots sur les terrains publics ainsi que les frais d’une campagne de sensibilisation massive. Une discussion est déjà ouverte à ce sujet en Belgique et en France. En Allemagne, à Vancouver et même en Ontario on parle actuellement de la possibilité d’intégrer une consigne pour les mégots de cigarette pour les recycler plus efficacement. Une idée qui pourrait s’avérer intéressante pour le Québec.

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 30 novembre 2020 09 h 37

    Le terme est inapproprié

    Le mégot est le « bout d'une cigarette ou d'un cigare que l'on a fini de fumer ». (Larousse.) Un mégot peut ne pas contenir de filtre, car ce qui est dommageable pour l'environnement c'est justement le bout-filtre (ou l'embout), comme le précise d'ailleurs la libre opinion (« la nature plastique de ces filtres... »).

    Question : pourquoi ne pas interdire le bout-filtre ? Je ne sais pas si c'est encore le cas, mais quand j'étais jeune, il existait des cigarettes sur le marché sans bout-filtre.

    La cigarette est cancérigène, un peu plus sans filtre, un peu moins avec filtre. Il serait dit aux fumeurs que pour fin de protection de l'environnement les bouts-filtres sont interdits, que les cigarettes sont dorénavant encore plus nocives et qu'il est encore plus dangereux de les fumer. Avis aux intéressés. Les vrais de vrais cigares n'ont pas de filtre.

    Je rappelle ceci, qui a rapport avec l'environnement : les mégots de cigarettes causent beaucoup d'incendies, dont, possiblement, la cathédrale Notre-Dame et, si je ne m'abuse, les locaux du "Devoir".

    Bref, les mégots et les bouts-filtres sont une vraie peste.