Nous devons changer le discours qui louange le télétravail éternel

«Nous le savons, un centre-ville, c’est vivant. Ce sont des travailleurs, des résidents, des restaurants, des commerces, des spectacles, des musées, des rues animées, des places publiques, de petits endroits où on se retrouve, où on échange, où on partage», écrit l'autrice.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Nous le savons, un centre-ville, c’est vivant. Ce sont des travailleurs, des résidents, des restaurants, des commerces, des spectacles, des musées, des rues animées, des places publiques, de petits endroits où on se retrouve, où on échange, où on partage», écrit l'autrice.

On doit se poser des questions sur la vitalité future de notre centre-ville comme sur nos habitudes de vie. C’est sûr que le télétravail est confortable. Ne nous le cachons pas. Soyons honnêtes avec nous-mêmes. Beaucoup moins de contraintes. Un sentiment de liberté, de confort. Mais est-ce réaliste de s’imaginer passer notre vie professionnelle devant un écran ? Est-ce souhaitable ? Quelques semaines, certainement. Quelques mois, peut-être. Mais des années ?

Pourtant, selon le discours ambiant, le télétravail est devenu la nouvelle norme. Un nouveau paradigme. Des gouvernements et des entreprises vont même jusqu’à prendre des décisions permanentes pour économiser sur le coût des loyers. « J’ai sondé mes employés et ils préfèrent rester à la maison », entend-on souvent. Vraiment ? Leur réponse sera-t-elle la même à la fin novembre ? En février ? Et l’an prochain ? Et quels seront les impacts sur le dynamisme de nos entreprises ? Sur le bien-être de nos employés ?

Nous sommes en train de remettre en question un mode d’organisation du travail, qui certes n’était pas parfait, mais cette remise en question fondamentale se fait aujourd’hui à toute vitesse, sans recul, sans réflexion, sans vision à long terme.

En allant ainsi trop vite et attirés par des économies immédiates, ne passe-t-on pas à côté de l’essentiel ? Qu’en est-il en effet de la culture d’entreprise, de la formation et de l’intégration des nouveaux employés ? Du plaisir d’interagir et de collaborer ? De la créativité ? De toutes ces petites choses qui se règlent, de ces projets qui voient le jour au hasard d’une conversation non planifiée ?

Nous devrions davantage être en train de nous demander comment donner envie à nos employés de revenir au bureau une fois la pandémie derrière nous plutôt que de conclure à une « nouvelle normalité » dont nous n’avons même pas commencé à entrevoir les répercussions réelles.

Alors que tous se demandent comment sauver notre centre-ville…

Il y a, au-delà de cette réalité professionnelle qui nous touche, notre environnement urbain actuel et futur. Nous le savons, un centre-ville, c’est vivant. Ce sont des travailleurs, des résidents, des restaurants, des commerces, des spectacles, des musées, des rues animées, des places publiques, de petits endroits où on se retrouve, où on échange, où on partage.

Voulons-nous vraiment laisser tous ces petits moments de côté ? Voulons-nous vraiment limiter nos interactions avec nos collègues de travail à un écran ?

Bien sûr que lorsque les autorités de la santé publique nous incitent à limiter nos échanges, nous devons les écouter. Mais demain ? Quand tout cela sera derrière nous ? Devrons-nous conserver ces habitudes confortables et abandonner une partie de ce qui est l’essence même de la vie, mais que banalement nous sous-estimons ? Devrons-nous faire une croix sur ces contacts humains qui vont au-delà de notre vie professionnelle et qui donnent un peu de relief à nos quotidiens ?

À ces questions, j’ai, pour ma part, répondu. Quand tout cela sera derrière nous, je veux sortir de chez moi le matin. Me plonger dans un environnement différent. Rencontrer et revoir du monde, des personnes qui ne pensent pas comme moi et dont je peux apprendre. Comment garder nos horizons et nos esprits ouverts, si nous acceptons de limiter notre vie professionnelle à quatre murs et un écran ?

D’ici là, avant que la pandémie ne soit terminée, nous pouvons et nous devons contribuer à changer le discours ambiant qui louange le télétravail éternel. Nous devons être conscients du risque que ce repli représente pour l’économie, pour la vitalité du centre-ville, pour la culture. Nous devons être conscients du risque que ce repli représente pour notre bien-être à tous. L’humain est une espèce sociale et nous nous épanouissons au contact les uns des autres.

Mais au-delà du discours, ildoit y avoir la conviction profonde de la force d’un centre-ville. Oui, les gouvernements investiront dans la relance, mais le privé peut également faire partie de la solution. En tant qu’employeurs, en tant que décideurs, nousavons le choix de continuer à croire et à développer Montréal. Nous devons, par nos investissements et nos décisions, planifier dès maintenant les lendemains de cette crise. Sinon, les impacts négatifs n’en seront que plus longs et néfastes.

Et en tant que citoyens, dès aujourd’hui, nous pouvons faire de petits gestes concrets qui peuvent aussi contribuer à renverser la vapeur.

Je nous invite ainsi, et avant d’y retourner travailler, à revisiter notre centre-ville. À nous déplacer dans nos petits commerces en ville plutôt que de commander en ligne. À passer cueillir notre repas sur place, dans nos restaurants qu’on souhaite tant voir survivre, plutôt que de faire appel aux plateformes de livraison de repas à domicile. À marcher dans nos rues et à offrir nos temps libres à nos espaces publics. Bref, à le faire vivre, ce centre-ville que nous regardons de loin s’éteindre, croyant que nous n’y pouvons rien.

13 commentaires
  • Claude Froment - Abonné 31 octobre 2020 13 h 47

    bien y réfléchir

    Evidemment il y a des avantages et des inconvénients. Un des avantages serait une meilleur protection de l'environnement, mois de pollution,
    Moins de besoin en routes de toutes sortes. Économie d'énergie.

    Pourquoi pas un modèle mixte ? Bureau un jour ou deux, télétravail les autres. etc. etc.

    Ce qui revient à dire, réflexion et encore réflexion.

  • Jonathan Dionne - Inscrit 31 octobre 2020 19 h 36

    Le télétravail... Faut l'encourager.

    Personnellement, je comprends pas l'engouement a vouloir me faire retourner dans le trafic du matin et du soir, a me faire perdre plus de 15 heures par semaine sur la route, a vouloir absolument me faire dépenser dans un autre centre-ville que celui de ma petite ville de la rive-sud de Montréal, a vouloir contrôler ma vie sociale sous prétexte que je peux pas en avoir une en dehors du centre-ville ou du travail, a me faire croire que si je retourne pas au bureau je ne pourrai pas voir mes collègues dans d'autres occasions... etc. Pourquoi ne pas profiter de ce mouvement accéléré qui nous pousse a changer de mode vie afin d'en faire profiter nos communautés plus proche de chez soi...

    En travaillant de la maison, je dépense dans des entreprises d'ici et encore mieux dans les commerces situé dans ma ville, je contribue à réduire la pollution avec ma voiture ou en permettant aux sociétées de transport en commun a réduire la récurrence des trajets, a rencontrer d'autres personnes qui habite mon secteurs, a permettre de développement économique local...

    Au nom de l'économie des métropoles, il faudrait revenir au bureau au lieu de continuer sur un élan qui permet de lutter contre les changements climatiques (oui, ça existe encore... Même si nous n'en parlons plus autant), de distribuer la richesse au sein de nos communautés... C'est décevant cette façon de penser (les bonnes vieilles pantoufles confortable) au lieu d'embrasser ce changement nécessaire et de se réinventer!

  • Gilles Gagné - Abonné 31 octobre 2020 22 h 54

    Madame Vincent vous avez tout-à-fait raison, je partage votre opinion. Ce télétravail finira de détruire tout ce qui reste de solidarité humaine, ça va dans le même sens que le néo-libéralisme préconise: créer la compétitivité et maintenant isoler pour mieux contrôler.

    Décidément cette pandémie fera aussi des victimes collatérales.

  • Simon Grenier - Abonné 1 novembre 2020 06 h 42

    Faudrait peut-être cesser de voir le monde du travail comme une réalité simple et indissécable?

    Quand le trip des espaces ouverts a débuté, toutes les institutions publiques - en période de boom économique - se sont pitchées là-dedans comme dans le dépôt à cash de mononque Picsou - par exemple: des équipes de 50 personnes au CHUM, travaillant principalement au téléphone, avec des interlocuteurs aux petits caractères facétieux ou qui ont tendance à élever la voix pour se venger sur d'autres de leur misère professionnelle quotidienne, regroupés ensemble dans un seul lieu, avec un autre équipe de 50 personnes "téléphoniques". Et aucun mur. 100, 200 personnes à 1,5 m de distance les unes des autres et qui parlent/crient en même temps. Le nombre de fois où j'ai dû dire à un/e collègue de travail au téléphone: "Peux-tu dire aux gens autour de toi de cesser de gueuler?" est éloquent, bien qu'anecdotique.

    Imaginez quand c'est le temps de faire des enquêtes de dépistage de COVID-19... L'ambiance de travail doit être délicieuse.

    C'est la même chose pour le télé-travail (ou n'importe quoi). Ça ne s'applique pas à tous les domaines, ni à toutes les tâches, ni à tous les travailleurs. Comme pour toute chose, il faut tout simplement du jugement.

    Quant à lier la présence au travail avec la préservation d'un statu quo économique local... jugement là-aussi. On peut sauver des McJobs, on peut aussi les remplacer par de meilleurs emplois - qui ne demandent pas plus de scolarité ou d'expérience. Mais dans ce cas, il faut remplacer quelques Tim Hortons et magasins à une piasse par d'autres genres de services ou commerces. Pourquoi pas des "entreprises communautaires et sociales", quin.

    Ça ne prend pas une cote de sécurité du FBI, un réseau de distribution international, 5 ans déficitaires en bourse afin d'étouffer la concurrence ou un char de course (ou un char tout court!) pour livrer du poulet en moins de 40 minutes, quand même.

  • Jonathan Dionne - Inscrit 1 novembre 2020 07 h 56

    Solidarité humaine

    Pour répondre a monsieur Gagné, je ne comprends pas en quoi cela détruit la solidarité humaine que de rediriger ce temps de trajet vers le travail en temps que je peux maintenant investir dans du bénévolat et de l'aide dans ma communauté. Je trouve ce temps tellement mieux investi maintenant que avant... Autant dire que je n'avais pas ce temps auparavant. Ce télétravail me permet d'être aligné avec mes valeurs familiales, d'entraide, de consommation local et environnemental.

    C'est sur que si tu prends cette occasion pour devenir un hermite et ne plus sortir de chez toi en te faisant livrer tout par amazon... Clairement que j'adopte votre point de vue. Mais je doute que cela soit la norme dans notre société puisque nous sommes de nature sociale.

    • Gilles Gagné - Abonné 1 novembre 2020 19 h 04

      La transformation de votre temps de transport en temps de bénévolat vous honore m. Dionne, bravo!. Mon commentaire voulait souligner l'importance des contacts humains et c'est ce que permet cotoyer réellement consoeurs et confrères de travail.