Dépasser la stratégie traditionnelle pour lutter contre le racisme à la Ville de Montréal 

«Près de trente ans après la Déclaration de Montréal contre la discrimination raciale, la métropole doit enfin se doter d’une vision politique claire et convaincante, transposée dans une stratégie qui l’est tout autant», croit l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Près de trente ans après la Déclaration de Montréal contre la discrimination raciale, la métropole doit enfin se doter d’une vision politique claire et convaincante, transposée dans une stratégie qui l’est tout autant», croit l'auteur.

Selon un rapport accablant déposé en juin dernier par l’Office de consultation publique de Montréal, la métropole n’a toujours pas réussi à enrayer le racisme systémique qui prévaut dans ses structures administratives et ses instances politiques. Prenant la balle au bond, la mairesse dévoilait au début du mois d’octobre la création d’un Bureau du commissaire au racisme et aux discriminations systémiques. Cette annonce contribue à mettre à l’ordre du jour une question fondamentale : comment modifier durablement des pratiques organisationnelles jugées désormais inadéquates et inadaptées ? Dans le contexte montréalais, force est de constater que cela dépend surtout de la capacité de l’administration au pouvoir à présenter une vision politique cohérente et une stratégie véritablement ancrée dans une logique de concertation. Cette proposition semble évidente, toutefois mes recherches montrent une inclination parmi les décideurs montréalais en période de crise ou de controverse à opter pour la création de différentes structures qui s’intègrent difficilement dans l’appareil municipal.

Un premier exemple est offert par la mise sur pied en 2016 du Bureau d’intégration des nouveaux arrivants à Montréal (BINAM) par l’administration Coderre. Constituant une réponse à la crise de l’accueil des réfugiés syriens, ce bureau devait entre autres s’attaquer à la discrimination, positionner stratégiquement la métropole en matière d’intégration et la doter d’une expertise administrative. Cependant, la municipalité comptait déjà au moment de la création du BINAM sur les services de sa Division des relations interculturelles. La présentation de ce nouveau bureau par la municipalité a été perçue par plusieurs fonctionnaires comme un désaveu du travail qu’ils avaient réalisé jusqu’à présent. Cela s’est traduit par des démissions et des départs anticipés à la retraite, lesquels ont contribué à une perte de mémoire organisationnelle.

Un second exemple est fourni par la mise en place en 2018 par l’administration Plante de la Table sur la diversité, l’inclusion et la lutte contre les discriminations. Selon plusieurs observateurs, son établissement au lendemain des élections municipales s’explique par la controverse entourant la faible représentativité de la population montréalaise au sein du nouveau comité exécutif, nommé par la mairesse. Regroupant des experts et des personnalités bien en vue, cette table a pour mission l’élaboration de propositions et de recommandations afin d’améliorer la représentativité des instances et des institutions de la métropole. Il demeure trop tôt pour évaluer les retombées réelles des recommandations formulées par celle-ci à la municipalité, notamment en ce qui concerne l’emploi à la Ville de Montréal. Cependant, tout comme dans le scénario précédemment décrit, elle dispose d’un mandat qui rappelle étrangement celui du Conseil interculturel de Montréal, lequel est chargé depuis sa création en 2003, de la préparation d’avis et de mémoires sur des questions d’intérêt pour les communautés ethnoculturelles.

Ces expériences mettent en lumière des situations pour le moins paradoxales liées à la grande politisation d’un dossier délicat comme celui du racisme systémique. Riches en apprentissages, elles permettent de s’interroger sur la stratégie et l’ambition affichées par l’annonce de la mise sur pied d’un bureau sur cet enjeu. Par exemple, des doutes peuvent être exprimés quant à la capacité des quatre ou cinq professionnels qui œuvreront pour ce bureau à modifier substantiellement la culture organisationnelle d’une municipalité comptant plus de 25 000 employés. À ce stade, le volontarisme des décideurs publics ne suffit plus. Près de trente ans après la Déclaration de Montréal contre la discrimination raciale, la métropole doit enfin se doter d’une vision politique claire et convaincante, transposée dans une stratégie qui l’est tout autant.

7 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 20 octobre 2020 09 h 25

    C'est la corruption Sherlock

    Est-ce qu’on pourrait nous lâcher avec cette notion de racisme systémique à Montréal? Lorsqu’on parle de ses structures politiques et administratives, eh bien, on parle du seul et unique service policier, le Service de police de Montréal (SPVM) de Montréal, point à la ligne. Ce dernier avec ces airs racistes et son profilement racial, utilise son pouvoir coercition sans entrave et personne n'est jamais puni. Mais il y a anguille sous roche; il cache surtout sa pondération à la corruption, crime organisé oblige. Pardieu, cette entité institutionnelle est corrompue jusqu’à l’os. Suivez l'argent...

    En passant, l’auteur de cette missive devrait plutôt s'inquiéter de ce qui se passe à l'Université d'Ottawa et de la censure théocratique de nos grands prêtres de la très sainte rectitude politique envers les enseignants.

  • Eric Warren - Abonné 20 octobre 2020 09 h 28

    La discrimination linguistique aussi

    Il ne faut pas oublier les pratiques discriminatoires de 50% des arrondissements de la Ville de Montréal qui ont, pendant des décennies, discriminé à l’embauche les unilingues francophones en exigeant le bilinguisme. Et il ne faut surtout pas oublier aussi les 20% de ces arrondissements qui exigent de leurs employés francophones de s’adresser à leurs collègues en anglais. D’ailleurs, je m’interroge à savoir si ces collègues sont des Canadiens-Anglais de souche ou des anglophones issus des minorités ethniques. Il serait intéressant aussi de vérifier les origines ethniques des postulants bilingues qui ont été embauché aux dépends des postulant francophone unilingue.

  • Paul Gagnon - Inscrit 20 octobre 2020 10 h 54

    Je parie que ce Monsieur Carpentier

    appuie le recteur Frémont! Le recteur de son université.

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 20 octobre 2020 11 h 09

    J'ai habité 10 ans l'Ontario, je dois avouer, sans grand intéret pour la politique Ontarienne, j'y lisais peu l'actualité et je ne m'intéressait pas à leur structure politique, leur défi, ect..
    Je continuais à vivre au Qc dans mon coeur et dans mes intérêts et à lire surtout l'actualité québécoise.
    Et le Québec n'est pas en guerre ni en difficulté, alors j'imagine l'attachement et l'inquiétude des nouveaux arrivants face à leur pays d'origine.

    Est ce un des phénomènes qui puissent aussi expliquer le manque de représentation, il y aurait moin de candidat car moin d'intérêt? Et dans un plus petit bassin, les de souche l'emporterait car plus nombreux.

    Vous dites "rapport accablant", j'en suis, mais j'aurais appréciée quelques chiffres ou exemples.

  • Sylvain Rivest - Abonné 20 octobre 2020 11 h 37

    Un message de la ville reine du racisme systémique du Canada

    On a pas besoin de leçon de moral venant du centre névralgique d'où se propage depuis 150 ans le racisme systémique sur les autochtones, les métis et les canadiens français.

    Votre analyse est biaisée et regorge de sophismes.