Le «problème» anglo-saxon

«Les idées sont issues de processus qui vont par-delà les frontières: plutôt que de les rejeter, participons à leur développement!», propose l'auteur.
Photo: Paul Vasarhelyi Getty Images «Les idées sont issues de processus qui vont par-delà les frontières: plutôt que de les rejeter, participons à leur développement!», propose l'auteur.

On remarque qu’un certain courant nationaliste conservateur semble étiqueter comme « anglophone », « canadien-anglais », « américain » ou « anglo-saxon » plusieurs principes, idées, concepts et mouvements sociaux, politiques et culturels. Ainsi, on appose un qualificatif pour délimiter les frontières de notre communauté. Il s’agit d’une étonnante crispation devant l’élargissement des droits et l’évolution des mœurs, et une dangereuse avenue pour le Québec.

Par exemple, si la reconnaissance des enjeux autochtones progresse au Canada, pourquoi ne devrions-nous pas en faire autant, voire plus ? En quoi les questionnements qu’entraîne la décolonisation seraient-ils un rejet de notre histoire ? Qu’auraient d’incompatible avec la société québécoise les principes d’antiracisme, de pluralisme et de diversité ?

Il faut également reconnaître qu’il n’y a rien de proprement québécois dans cette réaction : c’est le propre d’une droite culturelle, présente un peu partout dans le monde, que ce soit aux États-Unis, avec Trump pour porte-étendard, ou en France. Elle est nostalgique d’une hégémonie et regrette de devoir composer avec de nouvelles réalités. La différence, au Québec, c’est qu’en lui apposant une étiquette culturelle « anglophone » ou « canadienne », on intègre ce discours dans le débat sur l’indépendance, en tentant d’affirmer la primauté historique et l’exclusivité de certains individus dans la communauté québécoise. En résumé, on associe ces réalités au Canada pour s’en dissocier, pour mieux se conforter dans un Québec qui les rejette.

Or, le Québec doit sortir d’une logique simpliste et primaire qui s’oppose automatiquement à tout ce qui peut être associé au Canada. Il y a certains principes moraux qui doivent dépasser les frontières culturelles. Rien ne nous empêche d’adapter à nos réalités certains mouvements et de critiquer certains agissements du Canada, notamment sa certaine hypocrisie par rapport à ces discours et sa répression des demandes autochtones. Et encore, ce n’est pas comme si le Canada ne nous donnait pas matière à critique, ne pensons qu’à sa frustrante obsession pétrolière.

Les « autres »…

Selon les tenants de cette vision conservatrice, les campus universitaires des États-Unis seraient générateurs d’une doxa toute-puissante, une pensée rigoriste de la rectitude, à laquelle nous devrions, comme francophones québécois, résister. On remarquera au passage l’ironie dans le fait que ces mouvements et courants ont été grandement influencés par la théorie française, notamment le travail de Jacques Derrida. Chez nous, l’Université Concordia devient le symbole d’une prétendue « bien-pensance ». Le racisme systémique, les enjeux autochtones, l’émancipation de la diversité sexuelle, ce sont les affaires des « autres »…

Le Québec qu’il nous faut, c’est un Québec d’aujourd’hui : effervescent, bouillonnant d’idées, solidaire de toutes les libérations. Il faut arriver au XXIe siècle : s’il y a un adversaire qui s’oppose au Québec, ce n’est plus l’anglophone, mais tous ceux qui se satisfont du statu quo.

Les idées, les mouvements, on peut très bien les générer chez nous, mais contrairement à ce qui existe pour les fruits et légumes, il n’y a pas d’achat local. Les idées sont issues de processus qui vont par-delà les frontières : plutôt que de les rejeter, participons à leur développement !

À quoi bon avoir fait la Révolution tranquille si c’est pour que les commentateurs et politiciens nous replongent dans la Grande Noirceur ?


 
58 commentaires
  • Jean Lacoursière - Abonné 18 juillet 2020 07 h 31

    Les Québécois « nostalgique d’une hégémonie »... . Sérieux ?

    Monsieur Bernard écrit :

    « Selon les tenants de cette vision conservatrice, les campus universitaires des États-Unis seraient générateurs d’une doxa toute-puissante, une pensée rigoriste de la rectitude, à laquelle nous devrions, comme francophones québécois, résister. »

    Ce n'est pas en tant que « francophones » que nous devons résister, mais en tant qu'êtres humains et peuple civilisé.

    Tiens, voici la première partie d'un documentaire, le cas du collège Evergreen aux USA, montrant une idéologie répandue sur les campus étasuniens :

    https://www.youtube.com/watch?v=FH2WeWgcSMk

    • Cyril Dionne - Abonné 18 juillet 2020 09 h 49

      Bien d'accord avec vous M. Lacoursière.

      Les enjeux autochtones ne progressent pas au Canada à part de certains artifices. La Loi sur les Indiens est intacte et bien enracinée dans la constitution de 1982 de PET. L’apartheid règne en maître sur les réserves. Comme infantilisation des peuples des Premières Nations, difficile de faire mieux.

      Ce mouvement d’antiracisme, de pluralisme et de diversité est dénoncé par tous maintenant. Cette nouvelle gauche tonitruante et très minoritaire veut remettre les religions monothéistes au caractère misogyne et homophobe au sein de la fonction publique et des écoles tout en se prononçant féministe et pro LGBTQia2+. Il faut le faire. Ils font la promotion de la désobéissance civile. En plus, si ce n’était pas assez, ils importent des manifestations venues d’un pays étranger pour protester par dizaine de milliers en pleine pandémie dans une des villes les plus touchées de la planète, Montréal, où on compte 39% des décès au Canada, mais représente seulement 4,7% de la population canadienne.

      Les idées issues d’outre-frontières qui pratiquent la censure et qui sont dénoncées par les grands penseurs de gauche de la planète ne sont pas les bienvenues chez nous. Les gens qui se disent inclusifs, mais rejettent tous les discours qu’ils n’aiment pas, ne sont pas les bienvenus. Les gens qui se disent antiracistes mais catégorisent et cantonnent les gens dans des carcans raciaux ne sont pas les bienvenus puisque la race n'existe pas en biologie. L’eugénisme et le fascisme étaient aussi des idées qui ont voyagé, mais elles ont aussi provoqué le pire cataclysme que l’humanité ait connu.

      Dans ce mouvement d’autoflagellation populaire et volontaire qui veut nous faire porter tous les crimes de l’humanité, les dictatures du monde avancent leurs pions pour conquérir. La Chine et la Russie imposent de plus en plus aux naïfs, leurs valeurs culturelles dissonantes par rapport à la démocratie, aux libertés individuelles et à État de droit.

    • Nadia Alexan - Abonnée 18 juillet 2020 09 h 58

      L'on n'a pas besoin d'adopter toutes les idées farfelues qui nous proviennent des États-Unis pour démontrer notre solidarité avec les mouvements de libération et notre ouverture au XXIe siècle. Il y'a des idées qui sont inacceptables comme le rejet de la laïcité de l'État et l'acceptation des traditions rétrogrades et misogynes telles que le port du voile islamiste au nom d'un nouveau féminisme!
      Nous ne sommes pas les seules à rejeter ces idées ridicules. D'autres intellectuels tels que Jordan Peterson rejettent, eux aussi, le confinement dans le «politically correct». Dernièrement, une lettre de savants, écrivains tels que Chomskey, Salman Rushdie et J.K. Rowling déplorent la censure des idées de la part de la gauche intransigeante.
      Il ne faut pas oublier non plus le «Quebec bashing» éternelle de la part du Canada anglais.

    • Réal Boivin - Inscrit 18 juillet 2020 10 h 22

      Merci de nous rappeller ce documentaire très révélateur des dérives gauchistes qui a conduit à la désintégration de la pensée jusqu'aux abysses de la médiocrité. Depuis les dérives des administrateurs(trices) qui ont conduit l'université devant une commission du congrès, les gouverneurs de plusieurs états définancent les départements des ''sciences sociales'' qui font de l'enseignement idéologiques délirants. Il est à prévoir que nous verrons bientôt la même chose se produire ici et ailleurs lorsque les gouvernements en auront assez des troubles sociaux créés de toute pièce par la gauche régressive. On en voit les débordements dans plusieurs villes occidentales de l'ouest.

    • Françoise Labelle - Abonnée 18 juillet 2020 17 h 51

      M.Lacoursière,

      Relisons le texte: «C’est le propre d’une droite culturelle, présente un peu partout dans le monde, que ce soit aux États-Unis, avec Trump pour porte-étendard, ou en France. Elle est nostalgique d’une hégémonie et regrette de devoir composer avec de nouvelles réalités. »

      Il est question de «droite culturelle» et non des Québécois, n'est-ce pas?

    • Jean Lacoursière - Abonné 18 juillet 2020 19 h 51

      Madame Labelle,

      Oui, j'aurais dû écrire « des » Québécois.

      Maintenant, pensez-vous vraiment que l'affirmation « la droite culturelle québécoise est nostalgique d'une hégémonie » soit fondée ?

      Hégémonie ? Vraiment ?

      Encore une fois, un texte, par les mots et les analogies choisies, est contre-productif et nous divise.

  • Réal Boivin - Inscrit 18 juillet 2020 08 h 01

    Berce du caucase.

    La berce du caucase s'est immisée au Québec et cause un tord énorme à la flore locale. Qui s'y frotte s'y brule! Elle est toxique. Elle n'a pas de frontière. Même chose pour les idéologies anglo-saxonnes. Elles ont envahi les universités en commençant par Concordia. Tout comme la toxicité de la berce du caucase, les idéologies anglo-saxonnes sont toxiques et on se doit de les éradiquer.

    M. Bernard essaie de nous faire croire que le bonheur se trouve dans le pré multiculturaliste, décolonialiste, indégéniste, communautariste et que les autres nations, sauf le Québec, avalent le poison sans mot dire. Rien n'est plus faux! On voit partout dans le monde des nations qui tournent le dos à ces idéologies en observant les dégats sociaux qui se produisent dans les pays qui laissent le poison mental se répendre. Danemark, Pologne, Hongrie, Allemagne, Italie, pour ne nommer que ceux là. Ils perçoivent les nations qui laissent le poison idéologique se répendre comme des nations en déliquescence, en décadence. Ce que les universitaires de Concordia et de l'UQÀM appellent progressisme est en fait une régression de l'humanité. L'humain selon eux et surtout elles, est une page blanche. Il n'a pas d'identité, de genre, de sentiment d'appartenance, de filiation, d'histoire. Il n'est rien. C'est un organisme vivant tel un virus qu'il faut rendre inactif.

    Il y a eu ''occupy wallstreet'', les carrés rouges, les faux écolos de Greta et aujourd'hui Black lives matter comme si la vie des autres n'avaient aucune importance. La pièce de théâtre qui se joue sous nos yeux va disparaître comme les autres lorsque que rideau va tomber.

    • Marc Therrien - Abonné 18 juillet 2020 11 h 25

      C’est Paul Valéry qui disait qu’« aucune nation n'aime à considérer ses malheurs comme ses enfants légitimes ». Si vous savez comme le Québec que le bonheur ne se trouve pas « dans le pré multiculturaliste, décolonialiste, indégéniste, communautariste », j’imagine que vous ne savez pas pour autant où il se trouve. Si jamais vous le saviez, je pourrais comprendre que vous en gardiez le secret afin de protéger ce bonheur de toutes formes de convoitise et d’envie qui peuvent conduire à la violence et à la guerre.

      Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 18 juillet 2020 13 h 30

      M. Boivin, l'auteur de cette missive était un candidat de Québec solidaire dans la circonscription de Gatineau en 2018. Que dire de plus? C'est le même discours multiculturaliste et communautariste qu'on retrouve chez QS.

    • Réal Boivin - Inscrit 18 juillet 2020 14 h 37

      M. Therrien, le bonheur d'une nation vient de la conscience de son existence et de ses propres aspirations. Pas celles qu'on veut lui imposer par des idéologies étrangères. Si vous ne savez pas ça, c'est que vous n'avez pas de conscience.

    • Réal Boivin - Inscrit 18 juillet 2020 15 h 30

      Comme quoi tout s'explique M. Dionne. Demain, la gauche intersectionnelles (noires, autochtones, LGBTs) organise une manifestation contre les violences sexuelles au parc Lafontaine. J'habite en face mais je vais rester chez moi.

    • Marc Therrien - Abonné 19 juillet 2020 10 h 42

      Inspiré de Paul Valéry, je suis au moins conscient du malheur qui a conduit la nation Québec à se nier elle-même deux fois en 1980 et 1995.

      Marc Therrien

  • Jacques Patenaude - Abonné 18 juillet 2020 08 h 32

    La solidarité peut se vivre différemment dans le monde. Mais elle est toujours nécessaire.

    Votre texte est intéressant mais je ne m'y retrouve pas. La décolonisation seraient-elle un rejet de notre histoire?

    Non elle ne devrait pas l'être car nous sommes de la minorité canadienne francophone qu'on le veille ou non. Le projet d'indépendance ne s'est pas matérialisé. Avoir fait la révolution tranquille pour nous replonger dans la grande noirceur moi aussi je ne le veux pas. Et je suis conscient que un tel courant existe au Québec. Je ne suis pas d'accord avec ce courant. La lutte de la révolution tranquille en fut une d'émancipation qui participait aux grandes luttes de décolonisation dans notre contexte à nous. Ce sont de grandes luttes mondiales qui doivent aussi se lire dans le cadre d'une société qui a ses propres particularité ce que je ne retrouve pas dans les analyses qui nous amalgament au colonialisme plutôt qu'aux colonisés. Il est exact que comparés aux autochtones nous avons eu la chance de développer au sein du Canada un appareil d'État qui nous a permis de mieux nous défendre. Mais les traces de notre histoire sont toujours là et ce devrait être une occasion de solidarité avec les peuples qui ont eu moins de chance.

    Ce qui provoque le rejet d'un point de vue comme le vôtre c'est qu'il amalgame tout ceux qui croient à la lutte pour le respect des droits des québécois à l'autodétermination au seul mouvement conservateur- identitaire. Une très large part de ceux qui croient toujours à la nécessité de défendre notre propre cause qui aujourd'hui ne se trouve pas dans vos analyses qui occultent notre réalité au non d'un universalisme désincarné. Le problème est que nous n'avons plus de véhicules pour le dire, assimilés que nous sommes à une « droite culturelle mondiale» par la « gauche culturelle mondialiste ».

  • Léonce Naud - Abonné 18 juillet 2020 08 h 34

    Les Amaricains…

    « Les Amaricains, ils l’ont l’affaire » (Elvis Gratton)

  • Patrice Soucy - Abonné 18 juillet 2020 08 h 36

    Auto-détermination

    L’auto-détermination c’est l’art de se définir soi-même, emprunter et adapter plutôt que tout prendre en bloc. Le Québec refuse de se laisser fondre dans la monoculture continentale anglo-saxonne et l’on peut comprendre que cela dérange. Il n’est pas le refus de la différence. Il est la différence. Il ne peut y avoir de choc culturel quand c’est la même chose partout pareil, une macédoine de petite minorités trop faibles pour s’affirmer ou contester la pensée dominante.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 juillet 2020 12 h 37

      Que c’est bien dit : « Il n’est pas le refus de la différence. Il est la différence. »

      Bravo M. Soucy.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 18 juillet 2020 18 h 44

      Merci M. Soucy, pour cette si belle définition du mot "auto-détermination".

    • Claude Bariteau - Abonné 19 juillet 2020 09 h 38

      L’art de se définir soi-même particularise ce qui bouge au Québec. D’accord avec vous parce que ce qui bouge n'est pas l'affaire d'un groupe ethnoculturel ni d'une culture de droite. Ça ne le fut d’ailleurs jamais sur le territoire associé au Québec dans le Canada.

      Avant la présence d’Européens, il y eut des peuples autochtones en opposition qui firent des ententes. Ce fut ainsi sous les régimes français jusqu'en 1760, britannique de 1760 à 1931 et canadien de 1931 à aujourd'hui, qui fut révisé par le rapatriement de constitution de 1982.

      Sous ces régimes, des arrangements politiques apparurent à la suite de guerres, la plupart déployés dans le cadre d’ordres internationaux.

      Ce qui a cours actuellement au Québec se déploie dans un contexte international en redéfinition depuis la chute du mur de Berlin marqué par l'émergence du pouvoir militaro-économique de la Chine qui cherche à recréer une dynamique de Guerre Froide analogue à celle des ententes après la Deuxième Guerre mondiale.

      Dans un tel contexte, il y a toujours des brassages associés à des groupes auto-définis désireux de changer les arrangements antérieurs. Les mouvements de décolonisation des années 1960 se sont exprimés dans l’univers de la Guerre froide. Il en est de même aujourd’hui.

      Des arrangements au Québec se sont produits après la 2ième Guerre et furent marqués par l’affirmation d’un nouveau pouvoir. Le Canada a voulu stopper son affirmation et s’est redéfini en 1982 indépendamment du Québec. Aujourd’hui, les bénéficiaires du nouveau pouvoir canadien entendent protéger leurs assises en s’inspirant des courants de pensée en cours à l’échelle mondiale.

      S’agissant de l’auto-détermination au Québec, dont l’externe implique son extraction du Canada, elle se définira par de nouveaux arrangements politiques avec pour base une citoyenneté québécoise plutôt qu’un réarrangement politique au sein du Canada modelé pour faire du Québec un petit Canada de minorités subjuguées.